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Renouvellement urbain : comment la ville veut transformer le Sanitas (et ses habitants)

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Le Sanitas fait partie des 200 quartiers visés par le programme national de renouvellement urbain, qui doit « transformer les quartiers en difficulté pour les rendre attractifs ». Mais le projet, qui changerait radicalement l’allure du quartier, laisse la population actuelle sur la touche.

Quelques gamins jouent au ballon au fond de l’allée de Moncontour, entre le grillage de l’école maternelle Marie Curie, fermée pour les vacances, et l’immeuble de dix étages à la façade défraîchie. Leurs parents viennent de recevoir un courrier leur annonçant que la démolition de leurs logements était envisagée. A terme, l’école pourrait également disparaître. Le tout au nom de la mixité sociale.

Le Sanitas, situé au sud du centre-ville de Tours, fait partie des 200 quartiers d’intérêt national visés par le « Nouveau programme national de renouvellement urbain » (NPNRU) sur la période 2014-2024, qui cible les quartiers qui présentent « les dysfonctionnements les plus graves » [1]. De fait, le Sanitas est le quartier le plus pauvre de l’agglomération. Officiellement, ce programme vise à « transformer les quartiers en difficulté pour les rendre attractifs et améliorer la vie au quotidien » de leurs habitants. Quitte à rendre le quartier inhabitable pour ceux qui y vivent actuellement.

A ce stade, d’après les élus, aucun projet ne serait encore définitif. Lors du conseil municipal de Tours du 6 février, l’adjointe au logement Alexandra Schalk-Petitot assurait ainsi qu’il n’y avait que des ébauches de projets, qui devaient être confirmées par l’État au mois de juin. Des études sont encore en cours. C’est ce qui justifierait le peu d’informations diffusées par la mairie. Pourtant, un certain nombre de décisions ont déjà été actées, et des projets très aboutis ont été mis au point.

Ce que l’on sait du programme de renouvellement

L’immeuble situé du 2 au 17 place Saint-Paul, derrière la station Total, va être détruit. Les commerçants installés au rez-de-chaussée ont été informés. Tours Habitat, unique bailleur social du quartier, aurait déjà provisionné les fonds destinés à les indemniser. Le principal argument invoqué concerne la sécurité. Dans les colonnes de La Nouvelle République (31/10/16), le gérant de la station service Total déclarait : « On est mis au pied du mur, sans aucune concertation. » Dans l’esprit du cabinet d’urbanisme qui a déjà planché sur un projet de renouvellement urbain, cet immeuble pourrait être remplacé par 25 logements collectifs et 17 logements individuels (soit un immeuble de 25 appartements et 17 maisons).

Au Sanitas, l’agglomération veut en effet « engager une politique de diversification résidentielle ». Concrètement, cela signifie que les autorités veulent réduire la part de logements sociaux dans le quartier, à la fois via la vente du parc HLM et le développement d’une offre de logements privés. Dans les « dispositifs opérationnels » annexés au contrat de ville de l’agglomération tourangelle, on lit clairement que les autorités espèrent ainsi favoriser « l’arrivée de nouveaux habitants (familles et jeunes actifs) » et « enrayer la paupérisation du quartier » [2].

Il s’agit donc de déployer différents mécanismes pour attirer au Sanitas une population plus aisée que celle qui y réside actuellement. Parmi les mécanismes à disposition, le contrat de ville cite en premier lieu la démolition-reconstruction. Au nom de la mixité sociale, et pour réduire le niveau de pauvreté enregistré dans le quartier, les autorités ont trouvé comme solution de faire disparaître les immeubles accueillant des populations pauvres pour construire à la place des logements privés destinés à une clientèle plus haut de gamme. Les habitants actuels seraient relogés dans des quartiers périphériques. Ce projet constitue une occasion en or de valoriser un quartier situé en centre-ville, à quelques minutes à pied de la gare, bien desservi par les transports en commun.

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Le « plan de référence » du cabinet Archétude. En pointillé, les bâtiments détruits. En violet et en blanc, les nouveaux bâtiments. Cliquer pour zoomer.

Dans le plan établi par le cabinet Archétude, l’immeuble de la place Saint-Paul n’est pas le seul dont la destruction est envisagée. Voilà ce qu’on y trouve :

  • Secteur Marie-Curie : démolition de 239 logements (le R+10 [bâtiment de 10 étages] et le U de l’allée de Cheverny), construction de 100 logements privés. Dans l’hypothèse où l’école Marie-Curie serait relocalisée ailleurs, 18 maisons de ville pourraient aussi être réalisées.
  • Secteur Hallebardier : démolition du restaurant universitaire, des anciens locaux du CROUS et d’une partie de la barre le long de l’allée Thierry-d’Argenlieu (33 logements). Construction de 136 logements + commerces + bureaux, sachant qu’on s’orienterait vers un déplacement du supermarché de la place Neuve, ainsi que du marché de la place Saint-Paul. Les équipements sportifs (escrime et boxe) initialement prévus iraient place Neuve.
  • Secteur Saint-Paul : construction de 17 maisons à l’emplacement actuel du marché, création d’un passage vers l’avenue Saint-Lazare à travers la longue barre en R+4 (-10 logements). Démolition de la barre accueillant le centre-commercial n°2 (au sud de la station-service) (-48 logements), et construction de 25 collectifs et 17 individuels.
  • Secteur Christophe Colomb : démolition de l’immeuble PSR de 93 logements, et de quelques maisons achetées par Tours Habitat rue Jules Guesde. Construction de 92 collectifs et 12 intermédiaires.
  • Secteur Claude Bernard  : la surface du groupe scolaire serait réduite, permettant la construction de 22 logements intermédiaires et individuels.

Le nombre de logements resterait au final quasiment stable, mais les nouveaux logements construits seraient essentiellement destinés au secteur privé.

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« Un nouveau visage pour les quartiers ». Tiré d’un document officiel.

Un ton rassurant mais des décisions déjà actées

A ce stade, les urbanistes d’Archétude, comme les élus, se veulent rassurants : il ne s’agit que d’un projet, qui n’a pas été validé par l’Agence Nationale pour le Renouvellement Urbain (Anru), et qui doit donner lieu à une concertation avec les habitants. L’accord de l’Anru, qui est une agence d’État, est indispensable pour que les collectivités obtiennent les financements nécessaires à la réalisation de ces opérations de renouvellement urbain. Et pour obtenir cet accord de l’Anru, le recours à la démolition est fortement encouragé.

Certains habitants du secteur Marie Curie ont reçu au début du mois de février un courrier de Tours Habitat. Ce courrier annonçait :

« Dès 2015, un travail préalable de réflexion a été initié, avec un cabinet d’architectes urbanistes, afin d’imaginer "quel pourrait être votre quartier demain ?" Parmi les propositions émises, la démolition de certains immeubles, situés du 2 au 17 place Saint Paul, du 2 au 8 allée de Cheverny, 1 et 3 allée de la Béchellerie et du 1 au 5 allée de Moncontour, a été évoquée. (…) A ce jour, les différentes propositions ne sont pas arrêtées. »

Malgré le ton rassurant du courrier, le bailleur a déjà été autorisé à ne pas relouer les appartements libérés par les locataires, en prévision de leur destruction. Les immeubles des allées de Cheverny et de la Béchellerie avaient pourtant bénéficié d’un ravalement de façade en 2015. Certains habitants, inquiets de leurs options de relogement, se sont vus annoncer par Tours Habitat qu’ils pourraient être relogés dans des quartiers périphériques de l’agglomération. Dans le hall d’un de ces immeubles, une affiche de la Confédération syndicale des familles proclame : « Oui à la rénovation ou réhabilitation, non à la démolition ».



Notes

[2Le contrat de ville et son annexe peuvent être téléchargés sur le site de l’agglomération.

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