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Renouvellement urbain au Sanitas : une concertation en trompe-l’œil

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Les opérations de renouvellement urbain doivent normalement faire l’objet d’une « co-construction » avec les habitants. Mais ça n’est pas le cas à Tours, comme le montre le projet qui vise le Sanitas.

La loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014, dont découle le Nouveau programme national de renouvellement urbain, a prévu la création de conseils citoyens, censés participer à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des contrats de ville, et être associés aux projets de renouvellement urbain. Ces conseils, issus d’une revendication de militants des quartiers populaires, peinent pourtant à assurer ces rôles face à la mauvaise volonté des élus locaux et aux enjeux économiques du renouvellement urbain.

Convaincre les habitants de la pertinence des scénarios élaborés sans eux

Comme l’explique un acteur associatif local, ces conseils peuvent fonctionner si le binôme constitué d’un-e délégué-e du préfet et d’un-e représentant-e de la municipalité est convaincu de l’intérêt de cette forme de démocratie participative. Ce n’est pas le cas à Tours. La réticence de la mairie était palpable dès la mise en place des conseils citoyens dans les quartiers, puisque aucun effort de communication en direction des habitants n’avait été organisé.

D’après un observateur, aux yeux des élus, le conseil citoyen du Sanitas n’est qu’« une caution "démocratie participative" », qui ne sert qu’à avaliser des décisions prises en amont. Très peu d’informations sont données aux membres du conseil, qui sont souvent mis devant le fait accompli. Ce qui n’empêche pas la mairie de communiquer sur le fait qu’une vraie concertation est menée au sein de l’instance, comme lors du conseil municipal du 6 février.

La ville de Tours assure pourtant « vouloir aller plus loin et permettre aux habitants de s’exprimer et de participer à l’élaboration du projet ». En lien avec le cabinet d’urbanisme Archétude, qui a mis au point le projet présenté dans cet article, des « ateliers urbains » ont donc été organisés fin janvier et début février, avec de nouvelles sessions prévues en avril-mai. Ces ateliers étaient organisés en journée, à des horaires incompatibles avec les contraintes de nombreux habitants.

Sur le papier, il s’agissait d’élaborer « un diagnostic partagé », alors qu’un diagnostic du quartier a déjà été dressé et inscrit noir sur blanc dans le contrat de ville. En fait, il s’agit surtout de convaincre les habitants de la pertinence des scénarios élaborés par les élus, le bailleur et l’urbaniste, quitte à les associer à la marge à la conception des espaces publics. La vision d’ensemble « (diversification résidentielle » du quartier, démolition-reconstruction de bâtiments, etc.) n’entre pas dans le champ de la discussion [1].

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Démolition de la chaufferie du Sanitas

Pas de salle des fêtes, mais un nouveau centre d’affaires

La démolition de la chaufferie du Sanitas n’a fait l’objet d’aucune concertation. Au moment des dernières élections municipales, la transformation du bâtiment désaffecté en salle de concert et salle des fêtes avait été évoquée par l’ancien maire, mais c’est un projet de « centre d’affaires de quartier » qui l’a emporté. Ce projet, lauréat d’un appel à projets lancé en février 2015 par la Caisse des dépôts et l’ANRU, répond mieux aux objectifs de la politique de renouvellement urbain, qui vise notamment à « développer la mixité fonctionnelle du quartier » et à « développer l’activité économique au profit des habitants des quartiers prioritaires » (par exemple en « donnant envie d’entreprendre »). 3 000 mètres carrés de bureaux vont ainsi être construits au pied de la nouvelle passerelle reliant le Sanitas au quartier Velpeau, juste à côté de la pépinière d’entreprises et ses espaces de co-working.

Le projet de destruction de l’immeuble situé du 2 au 17 place Saint-Paul est tout aussi exemplaire des limites des processus de concertation : la décision politique a déjà été prise, cet élément n’entre plus donc plus dans le champ de la discussion avec les habitants. Et une fois les commerces détruits, il faudra bien les réinstaller quelque part, même si les commerçants actuellement en place ne devraient pas être prioritaires pour la location des nouveaux espaces. Ces nouveaux espaces, leur emplacement a déjà été réfléchi : ils pourraient être implantés dans le secteur Hallebardier, à la place des bâtiments universitaires désaffectés. Le plan élaboré par les urbanistes et les élus, loin du regard des habitants, est parfaitement cohérent. L’espace laissé à la population pour intervenir sur son avenir, son quartier et ses conditions d’existence paraît limité.



Notes

[1Pour voir à quoi peuvent ressembler ces exercices de concertation, voir le film Déconcertation, disponible sur la plateforme Vimeo, qui met en scène les interactions entre habitants et « experts ».

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