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Fermeture du Bercail : « Pour faire appliquer la loi, on a dû se mettre hors la loi ! »

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Pendant près de cinquante jours, le collectif Résistance 37 a réquisitionné des locaux diocésains dans le nord de Tours, pour héberger une soixantaine de personnes et contraindre les pouvoirs publics à respecter leurs obligations.

Répondant chaque soir aux situations d’urgence de personnes à la rue, dont des familles et des mineurs, que l’État et le Département n’étaient pas en mesure de traiter, le Collectif Résistance 37 [1] a pendant 48 jours été conduit à réquisitionner l’église désaffectée et inoccupée de Saint-Libert à Tours Nord. Depuis le 6 avril 2018, dix familles avec enfants sans hébergement, refusées par le 115, et dix huit mineurs non accompagnés (MNA) à la rue, soit au total soixante-trois personnes étaient logées et nourries au « Bercail » ; cinquante MNA y ont dormi au moins une nuit.

Des négociations commencées depuis le 14 avril entre la direction départementale de la cohésion sociale, la préfecture et Résistance 37 ont abouti le 24 mai à la fermeture du lieu et à la restitution des clés au diocèse (propriétaire des lieux). Celui-ci, après avoir exercé une pression constante sans jamais proposer aucun soutien aux habitants du « Bercail », en a repris le contrôle faisant prudemment et immédiatement changer les serrures.

Des solutions d’hébergement pour tous !

Tout le monde bénéficie désormais d’un hébergement à Tours, Joué-lès-Tours, Saint-Pierre-des-Corps ou à Chinon. Quatre familles demandeuses d’asiles sont désormais logées, comme la loi le demande. Une famille va être régularisée, du fait d’une situation médicale particulière. Trois familles vont être « dédublinées », du fait de conditions de vulnérabilité reconnues et pourront donc déposer une demande d’asile en France. Un célibataire ayant le statut de réfugié est accueilli en CAO.

Une famille, un couple et un célibataire sont « mis à l’abri » (repas du soir, nuit, petit-déjeuner) en hébergement d’urgence puisque l’analyse par la préfecture de leur situation administrative n’a pas été reconnue comme permettant la « dédublinisation ». On compte également entre 15 et 18 mineurs dont les dossiers sont en attente d’examen par le Département.

Une occupation des locaux dans la sérénité et la solidarité

Les militants du collectif Résistance 37 ont été continuellement présents sur les lieux, jour et nuit, de manière à soutenir les résidents dans l’organisation de la vie de tous les jours. Cela a été rendu possible grâce à une grande solidarité manifestée par des voisins, des gens du quartier, des bénévoles venus de Tours et d’ailleurs.
Malgré une pression régulière exercée par les forces de l’ordre (Commission de sécurité de la ville, coupures d’électricité…) et des menaces fascistes de trois individus, tout le monde est resté serein et soudé.

Les vastes locaux libres (grande salle à manger, toilettes, douche, jardin pour les enfants ) ont permis de loger dans des conditions acceptables les familles et les jeunes. Une grande quantité de matériel (jouets divers, bicyclettes, frigidaires, matelas, vêtements, etc…) a été apportée par des donateurs spontanément solidaires de l’action menée et la contribution quotidienne de la « Table de Jeanne Marie » pour couvrir les besoins alimentaires a été particulièrement précieuse… Des liens très importants se sont créés entre les familles, pourtant de cultures et de langues différentes, renforcés aussi par la présence d’interprètes bénévoles. Les adultes, adolescents et enfants ont su cultiver une solidarité et une complicité sans faille.

Une sortie dans la dignité et la confiance

Ce jeudi 24 mai, vers 10h, des membres de la DDCS, dont le directeur et son adjointe, des personnes de la Préfecture (service des étrangers) et des interprètes, soit environ huit personnes, sont venues pour prendre en charge et accompagner en voiture les personnes et leurs bagages jusqu’aux hébergements prévus. Les nombreuses négociations avaient permis d’établir un climat de confiance avec les représentants de l’État : il n’y a eu besoin d’aucune présence policière.

Une émotion partagée

Ce même jour, de nombreux militants et bénévoles, membres des associations et personnes qui ont accompagné les familles ont tenu à être là pour dire au revoir à tous. Les départs se sont faits dans la sérénité pour certains, avec beaucoup d’appréhension pour d’autres quant à l’avenir incertain, mais avec une grande émotion : de nombreuses « embrassades » entre résidents venus des quatre coins du monde, des témoignages d’amitié, des remerciements à l’adresse des bénévoles ou des membres de l’administration présents.

Un combat qui continue !

Si les négociations ont permis une sortie sereine du Bercail, le collectif Résistance 37 ne se satisfait pas du sort réservé à une jeunesse à la merci des dangers que l’on connait de l’errance et reste sur ses gardes dans la perspective des luttes à venir. En ce qui concerne les Mineurs Non Accompagnés en particulier, relevant du champ de compétences du Conseil Départemental, la question est bien loin d’être réglée : comment se satisfaire en effet d’un accueil temporaire 18h-9h laissant de jeunes gens livrés à eux-mêmes toute la journée ? Le Conseil Départemental 37 ne prend toujours pas ses responsabilités et continue à ne pas appliquer la loi, non seulement en refusant d’évaluer les MNA qui arrivent mais aussi de les mettre à l’abri.

Résistance 37 sort grandi de la lutte du Bercail : ce n’est qu’un début !



Notes

[1Collectif crée en décembre 2017 et composé de Chrétiens Migrants, Utopia 56, RESF 37, Collectif Solidaires des migrants de Saint-Pierre-des-Corps, Collectif Albert Thomas et Sud Rail.

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