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Au Sanitas, le promoteur immobilier fait disparaître les populations noires et arabes

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Le panneau d’affichage qui montre à quoi ressemblera l’immeuble de bureaux en cours de construction dans ce quartier prioritaire de Tours ne présente que des personnes blanches. A l’opposée de la réalité sociale actuelle du quartier.

L’image s’étale sur un panneau énorme qui tourne le dos aux immeubles HLM du quartier. Dans le jargon on appelle ça une « perspective photoréaliste ». Elle offre une vision du futur imaginé par les urbanistes, les élus et les architectes. L’ancienne chaufferie du Sanitas, rasée en 2016, y a laissé place à un immeuble blanc et gris qui s’élève sur trois étages, et qui accueillera 3 000 m² de bureaux. Ce projet immobilier s’inscrit dans le vaste plan de renouvellement urbain qui vise le secteur.

Ce qui frappe, quand on examine en détail l’image, ce sont les personnages qui y figurent. On en voit une vingtaine, parmi lesquels quelques enfants. Tous sont blancs. Plusieurs hommes portent une veste et une cravate. L’un d’eux a le portable vissé à l’oreille et l’autre main négligemment enfoncée dans la poche. On est face à de jeunes cadres dynamiques. On voit aussi une femme portant une chemise en flanelle et des bottines en cuir, une autre portant une jupe de tailleur noire qui téléphone depuis une salle de réunion, une dernière qui porte un short à motifs et un chapeau qui lui confèrent un look de blogueuse mode. Ils semblent tous appartenir à la classe moyenne.

Comme le remarquait le chercheur Alex Schafran, qui a observé une soixantaine d’images du même type, notamment en banlieue parisienne :

« Il est frappant de constater que les personnes figurant dans ces représentations du futur ne ressemblent en rien aux personnes vivant en réalité sur ces territoires. [...] [Les rendus] dépeignent une image systématiquement plus blanche et typiquement plus bourgeoise que la réalité du quartier. » [1]

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Le Sanitas est un quartier pauvre, où vivent de nombreuses populations immigrées. Une habitante du quartier décrivait ainsi la diversité des personnes vivant dans son immeuble, situé à quelques dizaines de mètres seulement du bâtiment en construction : « Il y a des Marocains, des Algériens, des Tunisiens, des Gabonais, des Béninois, des Chinois, des Français... Il y a de tout. Il y a des employés, des agents de la SNCF, des chômeurs, des retraités.... » [2]. Or, cette diversité est totalement absente de la représentation imaginée par les promoteurs.

Le travail mené par Schafran le montre : cette représentation du Sanitas, débarrassé de ses populations non-blanches et pauvres, n’a rien d’exceptionnel. D’autres quartiers aux caractéristiques similaires font l’objet de telles opérations de blanchiment. Les promoteurs effacent du paysage les populations réelles de ces quartiers, qui sont systématiquement la cible d’un discours dépréciatif et auxquelles on associe toutes formes de pathologies sociales (chômage, délinquance, etc.). En procédant ainsi, ils donnent à voir ce qu’ils estiment être la « bonne » ville et le « bon » citoyen [3], et participent à changer l’image du quartier dans lequel ils mènent leurs opérations immobilières. Il s’agit aussi de rendre désirable ce quartier aux yeux des nouveaux habitants que les élus locaux et les promoteurs souhaitent attirer. La pensée raciste qui sous-tend la démarche est ici très claire : ceux que l’on veut attirer sont blancs, et il convient donc de les rassurer en leur montrant d’autres blancs qui présentent un profil similaire. Tant pis pour les discours de circonstance sur la mixité.

Couplé à la volonté affirmée de changer le nom du quartier, qui s’est récemment matérialisée dans le changement de nom de la station de tram Sanitas, ce panneau d’affichage vient confirmer le mépris des acteurs du projet de renouvellement urbain à l’égard des habitants.



Notes

[1Lire La France rêvée des promoteurs sur le site Métropolitiques.

[3Voir la contribution de Theresa Enright dans l’article de Métropolitiques précité.

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