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Passerelle Fournier : une inauguration bon chic bon genre

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Après deux ans de travaux, le gratin tourangeau était là pour inaugurer la nouvelle passerelle reliant les quartiers Velpeau et Sanitas, en l’absence des principales et principaux intéressé·es.

C’était la foule des grands jours à onze heure moins le quart en bas de la nouvelle passerelle Fournier, côté Velpeau. Ils (et elles) y étaient tout·es : des gris, des bleus, des noirs, bref tout la palette des costumes et tailleurs des élu·es et autres directeurs de service des collectivités locales ou de la SNCF. Il y avait bien quelques touristes avec de gros appareils photos (« Mais je suis journaliste, moi, Monsieur ! »), ainsi qu’inévitablement quelques passant·es vu l’heure ! Et plus discrètement près d’une dizaine de membres du collectif des habitant·es du Sanitas et... un drone !

Passerelle Fournier : un symbole pour l’avenir ? Mais quel symbole pour quel avenir ?

Serge Babary l’annonce d’emblée lors de son discours, prononcé côté Sanitas : « Nous construisons trop de murs et pas assez de ponts ». Voilà pour le symbole. La suite, pour le maire de Tours et du président du Conseil Départemental, ce serait une « passerelle ferroviaire » entre Saint-Pierre-des-Corps et Tours : une vision technique sinon technicienne du quotidien (métro, boulot, dodo) où les habitant·es du Sanitas aux prises avec un projet tentaculaire de rénovation urbaine n’existent pas...

Du côté de l’opposition, Jean-Patrick Gille indique que « C’est la réalisation la plus importante qui aura émané de la concertation locale, des Conseils de la Vie Locale », sans un mot pour les habitant·es qui ont subi pendant des mois de bruyants travaux de nuit, sans parler des tremblements dus aux engins et des phares surpuissants pour éclairer le chantier. « Il fallait faire ça de nuit pour ne pas déranger nos amis de la SNCF, déjà que de nuit, ils nous demandent un peu d’argent... » a poursuivi le député de la 1ère circonscription.

L’occasion était belle de faire la place aux revendications des associations de locataires et des habitant·es du Sanitas concernant le projet de renouvellement urbain qui vise le quartier, mais Gille s’est contenté d’une discrète allusion : « La concertation, ça prend du temps »...

S’il n’y avait que très peu de Tourangelles et Tourangeaux ce vendredi, ce n’était pas dû qu’à l’heure du début de l’inauguration, qui a eu lieu sous un soleil de plomb. C’était surtout qu’elle n’était pas pour eux, du moins pour une partie des concerné·es : qui au Sanitas se rendrait de bon cœur à cette sauterie BCBG quand son immeuble va être démoli ou que son quartier va être profondément « renouvelé » sans son avis ? Pour le symbole, la disposition de plusieurs tropéziennes en plus de la mise en scène champêtre du buffet, réalisé par un traiteur haut de gamme, sont à la fois d’une violence terrible pour les locataires qui vont être expulsé·es et une possible préfiguration de ce que doit devenir le quartier. A moins que le « dispositif » de cette inauguration ne soit l’illustration de la déconnexion des élu·es avec la réalité : le revenu médian annuel au Sanitas est de 7 300 euros !

Des associations tourangelles d’usagers aussi mécontentes

Concernant l’infrastructure en elle-même, un communiqué de presse commun de six associations [1] dénonce « une infrastructure inadaptée par manque de vision et d’ambition » :

« En choisissant de construire les rampes d’accès au minimum des normes d’accès aux personnes à mobilité réduite (PMR), nos décideurs ont condamné la nouvelle passerelle Fournier à redevenir principalement une passerelle pour piétons valides alors qu’ils avaient une opportunité historique de créer une liaison multimodale véritablement accessible à tous entre deux quartiers. » détaille le texte commun avant de préciser « Il y avait deux choix possibles : le choix d’une passerelle du futur répondant aux besoins de mobilité et de praticité de notre quotidien ou le choix d’une passerelle construite avec pour seule exigence de traverser la voie ferrée. Nous regrettons que la décision se soit portée sur le deuxième choix, sans doute pour des raisons budgétaires, mais sans penser qu’un équipement de cette nature était réalisé pour durer un siècle, comme la passerelle précédente. »

Et de conclure en ramenant JP Gilles à la réalité :

« Il serait hautement souhaitable que, pour les réalisations à venir, les usagers (personnes à mobilité réduite, personnes en situation de handicap, piétons et cyclistes) et leurs représentants soient associés à la définition et à la conception des projets. »

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Notes

[1Association des Paralysés de France (APF 37), l’assocation Valentin Haüy, l’Association pour le Développement du Transport Collectif en Touraine, Rue de l’Avenir, le Collectif Cycliste 37, Roulement à Bill

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