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À l’opéra de Tours, un spectacle jeune public accusé de véhiculer des représentations sexistes

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La mise en scène d’un « ballet pour enfants » de Claude Debussy présenté à Tours a interpellé un spectateur, qui y a vu une représentation rétrograde des femmes : habillées de rose ou réduites au rang d’objet.

Du 15 au 17 novembre, dans le cadre de la programmation jeune public, l’opéra de Tours a proposé « La boîte à joujoux », pièce écrite par Debussy et mise en scène par la compagnie « Musique et toile ». Le spectacle est présenté en ces termes dans le catalogue de l’Opéra :

Un spectacle qui mêle musique, danse, théâtre masqué et jeu de marionnette, pour nous raconter cette histoire de jouets qui prennent vie, tombent amoureux, se disputent et se réconcilient…

Un spectateur qui a emmené sa fille de cinq ans voir le spectacle nous a livré le témoignage suivant :

Voici ce que ma fille et moi avons vu : un spectacle où les femmes ne parlent pas car l’une est la pianiste (intégralement vêtue de rose), et l’autre est une poupée (oui, un objet !), alors que les deux autres personnages de jouets (soldat — vêtu de bleu — et polichinelle), masculins, sont incarnés par des acteurs et sont doués de parole et/ou de capacité de mouvement et/ou de volonté. Durant tout le spectacle, cette poupée n’est jamais rien d’autre que l’objet de désir et de convoitise des deux autres personnages masculins qui se battent physiquement pour la gagner. Elle est (et n’est que) la récompense qu’on sauve, pour qui on construit une maison et qu’on épouse, tout cela sans jamais lui demander son avis.

Il poursuit son courrier (adressé à la mairie de Tours et à l’opéra) en qualifiant le spectacle de « rétrograde, navrant et finalement assez nauséabond » :

« Je suis par ailleurs très gêné de l’avoir infligé à ma fille au vu des valeurs d’épanouissement et de respect de soi que j’essaie de lui transmettre (...). Il me semble aussi qu’il y a des missions d’ordre public concernant la parité et les stéréotypes de genre, et je suis scandalisé d’avoir dû subir une telle idéologie dans un établissement culturel public. Il me semble par ailleurs que des séances "scolaires" ont contribué à répandre cette normalisation de l’inéquité, ce qui me semble proprement inacceptable. »

Cette interpellation concernant les séances scolaires semble d’autant plus appropriée que le ministère de l’Éducation nationale prétend lutter contre les stéréotypes sexistes, mais à tendance à se vautrer quand il s’agit de mettre en œuvre ce qu’il professe. Emmener les élèves voir une œuvre dans laquelle deux hommes se battent pour une femme réduite au rang d’objet semble peu compatible avec la politique éducative promue, qui vise à ce que « progressivement, les stéréotypes s’estompent et que d’autres modèles de comportement se construisent sans discrimination sexiste ni violence ». A moins de doter les jeunes spectateurs d’un solide appareil critique.

Pour défendre ce choix de programmation, la chargée de communication de l’opéra s’est retranchée derrière « l’œuvre et son contexte ». Argument qui n’a pas convaincu le spectateur :

« J’imagine qu’en parlant de contexte, vous évoquez le contexte historique. Imaginez un théâtre qui programmerait un spectacle raciste ou homophobe au simple argument de la "cohérence avec l’œuvre et son contexte" ?! Les temps changent, les mœurs bougent, la place des femmes évolue (et c’est heureux !), et c’est le rôle de l’art et du théâtre de soutenir cette évolution et d’accompagner la société dans ces mutations. »

Cette critique permet de rappeler que dans le domaine culturel, la France demeure un creuset d’inégalités de genre. Seuls 9 % des établissements de spectacle vivant sont dirigés par des femmes, et l’Opéra de Tours n’en fait pas partie. Selon l’Observatoire 2018 de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture, les inégalités en défaveur des femmes persistent « notamment en termes de rémunération, d’accès aux postes de responsabilité, aux moyens de production et de consécration artistique ».

Que La boîte à joujoux soit une pièce patrimoniale n’est pas une excuse pour que sa diffusion ne soit pas interrogée, tant par le public que par les responsables de la programmation.



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