#ToursTech : « Tous unis pour la croissance de nos start-ups »

Même si la candidature de la ville de Tours à l’obtention d’un label « French Tech » a échoué, il y a encore beaucoup à dire de cette initiative et de ses suites. Petit voyage dans le dédale numérique local.

Vous l’ignoriez peut-être, mais vous vivez dans un « creuset technologique fertile », une « métropole numérique », « riche de jeunes entreprises très innovantes ». Ce sont ces jeunes entreprises, accompagnées par les collectivités et tout un tas d’institutions, qui ont voulu « faire de l’agglomération tourangelle une métropole French Tech ».

La French Tech, c’est une initiative lancée par le gouvernement, ça désigne « l’univers des start-ups françaises installées en France ou à l’étranger (...) qui s’engagent pour la croissance et le rayonnement international des jeunes pousses. » Avec ce label, il est question de donner « une image positive des start-ups françaises et de la France », pour « [faciliter] le business et [attirer] les investisseurs et les médias ». Une grande cause nationale, donc, qui a été déclinée à l’échelon de l’agglomération tourangelle sous l’égide du maire de Tours, Serge Babary, et de Wilfried Schwartz, vice-président de l’agglo délégué aux technologies de l’information. Avec pour mot d’ordre : « Tous unis pour la croissance de nos start-ups ».

Au-delà de la visibilité que la « French Tech » confèrerait aux initiatives labellisées, l’idée était d’obtenir l’ouverture d’un fonds d’investissement de 200 millions d’euros, géré par la banque publique d’investissement, pour accompagner le développement « d’accélérateurs de startups ».

« Je soutiens #ToursTech »

La candidature de Tours a fait partie de la deuxième vague de labellisation, et a notamment été portée par Thibault Coulon, adjoint au maire de Tours délégué notamment aux technologies du numérique. C’est autour de sa personne qu’est née une superbe mobilisation, avec un lancement en fanfare à l’occasion du salon Made in Touraine. Certains étaient #ToursTech comme d’autres étaient « Charlie » quelques semaines plus tôt : ostensiblement, passionnément, dans un engagement total. Les communications d’entreprises, les signatures d’e-mails, les revers de vestes des techno-enthousiastes s’ornaient de logos et badges divers, chacun ayant à cœur de témoigner de son plein investissement.

L’esprit de l’initiative French Tech tel que présenté sur le site officiel

Malgré ces efforts de communication, on a quand même le sentiment que la sauce n’a pas vraiment pris. D’après le site officiel de Tours Tech, le territoire concerné par la candidature — qui n’est pas déterminé, et dont on ne comprend pas trop s’il s’agit de l’agglo, du département, ou d’un espace taillé pour l’occasion — comprendrait 505 « entreprises tech » (sans qu’il soit indiqué à quoi ça correspond ; si j’utilise une messagerie web, suis-je une entreprise tech ?). Or, seules 120 entreprises toutes catégories confondues ont soutenu la candidature de la ville. Clairement, une bonne partie des entreprises qualifiées de « tech » n’en avaient pas grand chose à faire.

Le constat est encore pire à l’étape suivante : quand Tours et Orléans ont décidé d’unir leurs forces au sein d’une candidature unique « French Tech Loire Valley » (sic), on est passés à 3 400 « entreprises tech » (périmètre non défini), pour 300 entreprises « engagées pour #TechLoireValley ».

« La Loire Valley se positionne comme un Industry Lab »

Coulon l’avait annoncé lors du conseil municipal du 7 avril 2015 :

« Nous positionnerons aussi Tours comme une terre d’adoption numérique. On sait que notre territoire est souvent choisi (Moneo, McDo, Linky) par des tas d’entreprises qui ont testé ici leurs produits. (...) Nous voulons que les entreprises viennent innover en Touraine, en trouvant les compétences et les infrastructures qui leur permettront de réussir leurs projets d’innovation. »

Apparemment, l’adjoint au maire est ravi de faire office de cobaye. Signalons quand même que Monéo s’est cassé la gueule [1], et que les compteurs Linky sont loin de faire l’unanimité, y compris dans le département. Quant aux bornes de commandes chez MacDonald’s, on laissera chacun juger de la pertinence de cet exemple en termes de progrès et d’innovation... Cela n’a que peu d’importance aux yeux des promoteurs de #ToursTech : l’important, c’est d’innover, de « faire », qu’importent les débouchés, les impacts ou les conséquences. La formule « Tous unis pour la croissance de nos start-up » reflète bien cet esprit : on promet un soutien sans condition, sans s’interroger sur ce que produisent ces entreprises, ou sur la manière dont elles le font. Le tout au nom de l’emploi (hypothétique) et du rayonnement (hypnotique).

Mame, un lieu « totem »

C’est le site de l’ancienne imprimerie Mame qui a été choisi pour faire office de « lieu totem » pour la candidature Tours Tech. Un « lieu magique » aux yeux de Thibault Coulon, qui pourra notamment accueillir un « Fab lab » et un « Living lab ». Et où l’on pourra organiser un « BarCamp », un « Startup Weekend », un « Coding Goûter », ou un « Hacking Monday ». Dire qu’il fut un temps où on se contentait d’y imprimer des livres...

Capture d’écran du compte officel de Tours Tech sur Twitter. Enfin, du "official account".

Le site Mame vient d’être racheté par Tour(s) Plus à la Société d’équipement de Touraine (SET), qui était chargée de sa reconversion, pour un coût de 9 millions d’euros. L’école des Beaux-Arts s’y est installée, reste à faire venir les entreprises du numérique qui donneront au site son identité de « véritable poumon de l’économie numérique locale ». Et pour cela, Thibault Coulon cherche à faire dégager les ouvriers de Michelin qui y trainent encore dans le cadre des ateliers de transition professionnelle mis en place suite à la suppression de 700 postes dans l’usine de Joué-lès-Tours. Certes, la SET présente Mame comme « un site d’échanges (..) et de rencontres entre tous les publics », mais il ne faudrait pas exagérer. C’est pas les types de Michelin qui vont nous faire entrer dans la modernité ; ils représenteraient plutôt un passé gênant à faire disparaître.

Vers l’infini et Las Vegas

Les prochaines étapes pour Tours, qui s’est vu refuser le label French Tech fin juin ? Coulon s’en est ouvert au site Info-Tours, sur lequel on peut lire :

« On va notamment faire le point sur le fonds d’investissement qui devrait être opérationnel au premier trimestre 2016 » annonce Thibaut Coulon. Pour rappel, l’objectif est de réunir jusqu’à 20 millions d’euros qui serviront à prendre des participations dans des start ups. Les collectivités locales (Tours, Orléans et la région) mettront chacune 2 millions d’euros, le reste sera financé par des banques (3 sont intéressées) et la Banque Publique d’Investissement. « Tout ça ne coûtera rien au contribuable. Il s’agit d’avances sur capital que l’on espère bien récupérer avec des plus-values » ajoute Thibaut Coulon, même s’il sait bien que certaines sommes investies ne permettront pas forcément aux entreprises de décoller. Mais celles qui réussiront vraiment devraient permettre d’éponger les échecs.

Pour consoler les start-ups locales d’être privées d’accès à la super-cagnotte de 200 millions d’euros, les villes de Tours et Orléans vont donc en constituer une nouvelle. Et les deux millions d’euros que Tours s’apprête apparemment à mettre dans cette cagnotte destinée à financer des entreprises privées seront à garder en tête lors des prochaines complaintes du maire concernant les finances de la commune.

L’autre grand projet de Coulon, c’est d’être présent au Consumer Electronics Show qui se déroule chaque année à Las Vegas, avec un pavillon French Tech Loire Valley. Dans cette perspective, la Chambre de commerce et d’industrie de Touraine organisait ce mardi 6 octobre un événement avec au programme « Comment réseauter : Meilleures Pratiques » ou « Comment se présenter, et présenter son entreprise en "30 minutes elevator pitch" in English ! ». Bien sûr, la participation au salon n’est pas gratuite. Outre les billets d’avion et nuits d’hôtel, comptez au moins 4 000 dollars pour un espace nu de 9 m², 30 000 dollars une fois cet espace correctement aménagé. Mais ça c’est pour les petits joueurs : en 2014, un observateur estimait le coût du stand Parrot à 1 million de dollars. De quoi faire réfléchir les Tourangeaux de Drone Contrast.