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Tours Nord : le commissariat intimide des témoins de violences policières

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La police adore la vidéosurveillance, mais n’apprécie guère que l’on filme ses propres violences. L’auteure d’une vidéo sur une intervention policière qui a mal tourné le 6 décembre a été convoquée au commissariat, ainsi que deux autres jeunes femmes qui se trouvaient à ses côtés.

La censure, c’est parfois simple comme un coup de fil. L’auteure d’une vidéo montrant des violences policières l’a supprimée après un appel la convoquant au commissariat de Tours. Sur place, elle est menacée de poursuites sous un prétexte bidon. Elle avait filmé l’intervention policière particulièrement violente qui a eu lieu le 6 décembre dans le quartier du Beffroi. Ce jour-là, une intervention de police à proximité de l’arrêt de tram Beffroi dégénère. Vexés de n’avoir pu interpeller un homme qui roulait à scooter, les policiers s’en prennent d’abord à un groupe de jeunes installés à côté du laboratoire d’analyses médicales, avant de brutaliser une famille. Menaces, insultes à caractère raciste et sexiste, coups...

Cette habitante du quartier enregistre une partie de la scène depuis une fenêtre. Publiée sur Facebook, la vidéo est visionnée plusieurs milliers de fois. Elle montre notamment un policier porter un coup de pied dans le haut du corps d’un homme plaqué au sol.

Fin décembre, les policiers convoquent par téléphone l’auteure de la vidéo ; paniquée, elle décide de la supprimer. Au commissariat, elle apprend qu’elle fait l’objet d’une plainte des flics, sans qu’elle ait connaissance du motif précis. A priori il s’agirait de poursuites pour injure ou outrage. On entend en effet, à un moment de la vidéo, l’exclamation « fils de pute » , prononcée par l’une des femmes qui, tout en filmant de loin différentes scènes, s’indignent du comportement des policiers.

Difficile dès lors de déterminer lequel serait la cible de l’« injure » — pour autant qu’on puisse estimer qu’il s’agit d’une injure : la formule ne semble pas destinée à atteindre un policier, mais relève plutôt du commentaire prononcé sous le coup de l’émotion provoquée par la scène. Par contre, il doit être assez facile d’identifier le policier qui lance « Bande d’enculés, va » en se retournant vers un homme qu’il vient juste de frapper aux jambes, au début de l’enregistrement.

Les policiers semblent en réalité ne pas apprécier que leurs pratiques soient exposées aux yeux de tous. Après l’auteure de la vidéo, c’est au tour des deux autres jeunes femmes présentes lors de l’enregistrement d’être convoquées au poste. L’une d’elle a même eu la surprise de voir débarquer les flics chez elle un matin. Ces convocations, dont la nouvelle a rapidement circulé dans le quartier, témoignent clairement d’une volonté d’intimider celles et ceux qui sont témoins de violences policières. D’ailleurs, il n’est pas rare que les policiers menacent verbalement les personnes qui filment leurs interventions. Pour couronner le tout, le commissariat de Tours avait refusé dans un premier temps d’enregistrer les plaintes des habitants contre les policiers impliqués dans les violences.

Depuis le 6 décembre, le quartier du Beffroi a fait l’objet d’une violente campagne politico-médiatique : l’adjoint à la sécurité de la Ville de Tours et certains journaux, comme La Nouvelle République et La Tribune de Tours, ont conjugué leurs efforts pour dépeindre cette zone comme un ghetto mal famé et dangereux, où une bande de jeunes sèmerait la terreur en toute impunité... De quoi légitimer a posteriori la violence des policiers qui y interviennent.

Intervention policière à Tours Nord from la rotative on Vimeo.



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