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Rue Nationale : enfin un vrai projet d’hôtel haut de gamme pour loger les riches !

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Après la remise à plat du projet d’aménagement du haut de la rue Nationale, le maire de Tours a bien insisté en conseil municipal sur sa volonté de construire un hôtel cinq étoiles en bord de Loire, afin de « tirer la ville vers le haut ».

Un conseil municipal exceptionnel a eu lieu à l’hôtel de ville ce lundi 4 juin. Après 4h30 de réunion, Christophe Bouchet a confirmé que l’hypothèse actuelle pour le haut de la rue Nationale (« deux bâtiments en haut de la rue dédiés à deux hôtels ») était en pause. Il a expliqué que trop d’éléments n’avaient pas été réfléchis dans ce projet, et a proposé « d’élargir le champ de vision » pour « donner à la ville l’entrée qu’elle mérite ».

Le maire déclarait ensuite :

« Je ne remets pas à priori en cause la totalité de ce qui a été élaboré, je souhaite élargir le cadre, m’assurer avec vous de sa cohérence. [...] N’est-il pas le temps (sic), ensemble, de proposer un projet abouti, élégant, respectant notre tradition ligérienne, sans s’interdire ici une véritable ambition architecturale ? Ne croyez-vous pas que ce projet mérite de se poser quelques instants ? »

Le respect de la tradition couplée à l’ambition, c’était déjà la promesse faite par les promoteurs du projet actuel [1], mais il ne s’agit après tout que d’éléments de langage. La pause du projet « durera quelques semaines, peut-être quelques mois ».

« Enrichir la destination et son attractivité »

Bouchet a ensuite donné la parole à différents intervenants, dont une responsable d’Atout France, l’agence de développement touristique pilotée par l’État. Celle-ci a fait un topo sur l’hôtellerie en France, et a notamment expliqué que le classement des hôtels, c’est-à-dire leur nombre d’étoiles, avait été revu à partir de 2012 pour répondre à la volonté d’internationaliser leur fréquentation ; une catégorie « palace » a notamment été créée pour distinguer les hôtels cinq étoiles les plus exceptionnels [2]. Pour résumer son intervention : les cinq étoiles, c’est formidable (alors que les quatre étoiles c’est un peu nul), ce sont les hôtels les plus à même d’attirer une clientèle internationale (elle représente plus de 50 % de la clientèle de cette catégorie d’hôtels), et d’ailleurs ça tombe bien, il n’y pas d’hôtels cinq étoiles dans le coin. Tout en précisant que le succès de l’installation d’un hôtel haut de gamme dépend des efforts réalisés par la ville pour « créer les conditions positives » :

« On a donné envie à des investisseurs de venir s’installer parce qu’on avait des perspectives positives de flux de voyageurs. »

Mais comme les investisseurs sont sympas, ils créent des hôtels « qui vont enrichir la destination et son attractivité ». Confions-leur directement le siège du maire ! En tous cas, pour l’intervenante d’Atout France, « les questions sur l’opportunité d’un hôtel 5 étoiles [sont] légitimes », d’autant que les bords de Loire constituent un emplacement « premium » (sic). Il pourrait s’agir d’un bâtiment jumeau de la bibliothèque municipale, situé de l’autre côté de la place.

Nicolas Gautreau (groupe Les démocrates, opposition) réclame le démarrage des travaux sur le projet initial (les deux hôtels Hilton et les commerces), puisque les investisseurs sont apparemment tous sur les rangs et que l’architecte des bâtiments de France ne veut pas des aménagements provisoires proposés par la mairie. Bouchet objecte que les recours ne sont pas épurés, et que si Eiffage a proposé de nouveaux investisseurs, ces derniers n’ont pas encore été « qualifiés » par les banques : « Les planètes sont pas en ligne, on voudrait commencer demain que ce serait pas possible ».

Le maire annonce ensuite que le retard sur le calendrier initial du projet entraîne un coût financier annuel de l’ordre de 300 000 euros. 17 millions d’euros ont déjà été investis. Cécile Jonathan (groupe Tours à gauche, opposition) note qu’après avoir discuté de la démolition de près de 400 logements sociaux dans le quartier du Sanitas lors de la précédente délibération, le conseil municipal s’interroge maintenant sur « Où est-ce qu’on va mettre un palace cinq étoiles avec la plus belle vue de la ville ? ».

Loger les premiers de cordée

Jonathan et Denis (également membre du groupe Tours à gauche) demandent successivement au maire ce que vont devenir les projets d’hôtels 3 et 4 étoiles. Mais Bouchet ne répond pas clairement, et semble laisser ouverte la possibilité d’un abandon de ce volet du projet. Ainsi, en référence à sa volonté d’élargir le cadre, il explique : « Il vaut mieux attendre la photographie générale pour voir si ce qu’on avait prévu dans un périmètre plus petit fonctionne dans l’ensemble du périmètre ». En revanche, pour appuyer la pertinence du projet d’hôtel 5 étoiles, il prend l’exemple de la visite de la reine de Norvège à l’occasion de l’inauguration du Centre de création contemporaine, et raconte :

« On n’a pas su loger dans un hôtel la reine de Norvège. Ça veut dire qu’on n’avait pas une hôtellerie de qualité suffisante pour loger un... disons... des personnes qui ont les possibilités de se loger. »

Le même problème se serait récemment posé pour une mécène du CCCOD : « On n’avait pas assez d’hôtels haut de gamme ». C’est vraiment trop triste. Le maire continue :

« L’hôtel 5 étoiles, c’est une opportunité de tirer la destination vers le haut dans le cadre de la stratégie touristique qui a été écrite par la métropole, la stratégie de capitale touristique de Val-de-Loire. »

Et ces flux de touristes fortunés dépenseront chez nous leur argent durement acquis, ce qui profitera à toute la population tourangelle, qui vivra éternellement heureuse, dans la reconnaissance de la largesse de tous ces visiteurs venus de Londres, Paris, etc., et... attendez, y en a encore qui croient à la théorie du ruissellement ? Bouchet explique quand même qu’il s’agirait d’un troisième hôtel, le sujet étant distinct de la question des 3 et 4 étoiles. Mais comme l’avenir de ces deux hôtels n’est toujours pas clair, Texier (groupe Tours à gauche) insiste. Et le maire de répondre (enfin) :

« Si [la construction de] ces bâtiments était pilotée par le groupe Eiffage, c’est une des possibilités que restent à l’intérieur des hôtels 4 et 3 étoiles. »

Dans le discours du maire, l’aboutissement du projet d’Eiffage devient franchement hypothétique. Le feuilleton continue. Heureusement, à terme, la reine de Norvège sera mieux accueillie. Et ça, ça compte.

Illustrations par Images Money (CC BY 2.0) .



Notes

[2On trouve la liste de ces palaces sur le site d’Atout France, qui parle d’une « prestigieuse distinction ».

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