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« Rien ne justifiait cette explosion de violence de la police »

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Compilation de témoignages suite à la manifestation du 1 décembre 2018. Cette manifestation s’est caractérisée par un déchaînement de violences de la part des flics, qui ont fait de nombreuses victimes.

« J’ai cru devenir sourde »

J’étais à la manif des gilets jaunes cet après-midi, à Tours, prévue à 14h. Arrivée à 14h15, il y avait déjà les lacrymo, puis, rapidement, les premiers blessés aux jambes (puis des blessés très graves). Je suis outrée de voir les communiqués relayés par la presse. Il n’y a pas eu d’affrontements à Tours. Juste des policiers qui bombardaient la foule.

Ma copine de Sud Santé a vu le gars qui a ramassé le projectile envoyé par les forces de l’ordre, et elle a vu sa main exploser. 4 heures d’ambiance de guerre : calme puis brouillards des fumées des lacrymo, explosions répétées qui te bouffent les tympans (j’ai cru devenir sourde)..., les familles avec enfant, et poussettes, pris dans les gaz...

J’ai été étonnée par le calme des manifestants, qui revenaient sur la place Jean Jaurès dès que les fumées se dissipaient. Je suis partie vers 18h, je n’ai pas vu de vitrines brisées, et personne autour de moi n’a vu de casseurs. Les personnes qui ont vu ça sont encore plus en colère.


« Rien ne justifiait cette explosion de violence de la police »

Je ne sais pas ce que diront les médias, et je ne cherche même pas à le savoir. Nous étions un millier à Tours à 14h, au pied de la gare, dans une ambiance détendue, nous avons marché en chantant la Marseillaise et des slogans "Macron démission", ou "rendez-nous l’ISF". Nous sommes arrivés vers 14h15 Place Jean Jaurès et sans aucune raison valable, l’ensemble du cortège, femmes, jeunes, moins jeunes, gilets jaunes ou simples citoyens, ont été la cible de tirs de grenades lacrymo, immédiatement et sans sommation. Le vent chassant rapidement la fumée agressive, la place se vidait et se remplissait toutes les 10 mn, la foule obstinée, mais toujours pacifique, à chaque fois chassée par des tirs de plus en plus fournis.

La charge violente d’une rangée de policiers a éparpillé du monde et nous avons rebroussé chemin pour revenir par des rues adjacentes. La rue Nationale chantait la carmagnole et scandait "Policiers avec nous !" mais l’heure n’était pas encore à la fraternité. De nouveaux tirs dans la rue Nationale provoquaient des courses paniques parmi les gens abasourdis par la réponse disproportionnée face à leur mobilisation pacifique. J’entends d’ici, les grenades qui continuent à exploser toutes les 2 mn. On parle d’une main arrachée, d’un père de famille, d’une femme grièvement blessée. Je ne connais pas le nombre exact de victimes mais il sera lourd. Beaucoup trop lourd et d’une injustice flagrante. Rien ne justifiait cette explosion de violence venue je vous l’affirme de la part de la police et sans que rien n’a été mis en danger, sans qu’aucune menace soit réelle ni pour les gens, ni pour les manifestants, ni pour le mobilier urbain, ni pour aucune vitrine ou quoi que ce soit.


« C’est de la médecine de guerre »

Tours. Samedi 1er décembre. Bar du Palais. 15h30. Surprise par une salve de grenades lacrymogènes et assourdissantes et de tirs de flashball, la foule se disperse en courant pour tenter d’éviter les blessures. Parmi nous, certains malchanceux sont touchés.

Accompagnés d’un ou deux camarades le plus souvent, ils se précipitent malgré la douleur de la blessure, dans un bar improvisé en poste de premier secours. Le patron ouvre ses portes, pris de panique lui aussi. Sur place, quelques pompiers s’organisent au mieux, dans l’improvisation totale, dépassés par des circonstances hors du commun : du jamais vu à Tours.

Dehors, la décoration de Noël illumine la place et des couples, des adolescents, des familles s’affairent à leurs achats du samedi ou se promènent en ville. Pendant ce temps, les blessés attendent les secours qui tardent à venir… puis d’autres se faufilent dans le bar-infirmerie, blessés eux aussi, à leur tour.

« Une oreille là-bas » ; « La main arrachée, c’est où ? » ; « Que vous arrive-t-il monsieur ? » ; « Asseyez-vous »… Des corps allongés par terre ou sur un fauteuil attendent une prise en charge… Patients, les blessés tentent de maîtriser la douleur. « Il a mal, monsieur, pouvez-vous le soulager ? » En vain.

« C’est de la médecine de guerre » lance un pompier désœuvré, abasourdi par le carnage, retenant une colère difficile à dissimuler. Un champ de bataille au milieu de la ville : ils sont devenus fous.


« Dégage ! »

« Dégage ! ». Il est bientôt 20h. Après une énième charge des flics à Jean-Jo, je me suis retranché dans les rues adjacentes à l’avenue Grammont. Au croisement de la rue d’Entraigues, une partie de la BAC a pris position. Comme je ne « dégage » pas assez vite, les flics me tirent dessus. Plus loin dans la rue, une jeune fille est assise sur un mur. Elle est entourée par quatre personnes. Elle craque. Elle aussi s’est faite toucher ; puis avec les gaz accumulés, la respiration est difficile. Au même moment un couple s’aventure dans la rue : ils y habitent. La nana est enceinte. Deux personnes avec des boucliers en panneaux stop leur déconseillent de tenter leur chance.

Un peu moins de deux heures plus tôt j’étais rue de Bordeaux, après la charge des flics pour faire évacuer la place Jean Jo. Il y avait là une cinquantaine de personnes, dont une grande partie de gilets jaunes. Les flics restés au niveau de la place balançaient des grenades par-dessus les toits pour nous déloger. Les boutiques avaient tiré leurs volets. Certaines personnes arrivaient encore à s’abriter dans des magasins, malgré la présence de gaz à l’intérieur. Entre deux jets de lacrymos, les entrées des commerces étaient utilisées pour zigzaguer dans la rue, afin d’éviter les tirs de LBD des flics — qui s’étaient postés au coin de la rue.

Pendant qu’une partie des personnes, avec qui je suis, se rend à la gare, je rejoins le groupe resté avenue Grammont. L’ambiance est détonnante. Gilets jaunes, jeunes, moins jeunes, il y a encore un peu moins d’une centaine de personnes présentes. Et ça crie beaucoup. Surtout des « Macron démission ». Le face-à-face continue avec les flics, et nous sommes repoussés jusqu’à la rue Origet. Là, le conteneur à verre qui se trouve face à la pharmacie de l’Avenue est retourné et vidé. Il est ensuite utilisé comme bouclier, et tout le monde se met à courir en direction des flics, qui reculent d’une centaine de mètres.

Les flics en armure sont désormais stationnés en ligne place Jean Jaurès, devant les abri-bus. Des groupes sont en manœuvre tout autour. Nouvelle charge. Je finis par passer devant un groupe de baqueux râlant à cause des gaz. « Dégage ! ». Il est bientôt 20h, la nuit commence à se faire sentir, il est temps de rentrer. Je contourne le dispositif policier en passant rue Sébastopol. Je fais malgré tout un petit détour rue Nationale pour voir ce qu’il en est. Les municipaux sont déjà en train de tout nettoyer. Il ne faudrait pas gâcher les fêtes de noël.


« Des détonations toutes les 10-15mn »

J’ai participé à la première manif de novembre. Malheureusement suite à une opération je n’ai pu participer à celle de samedi. J’habite à Tours nord pas très loin du boulevard du Maréchal Juin, j’étais chez moi à suivre à la télé ce qui se passait à Paris lorsque d’un seul coup j’ai entendu de gros bruits. La télévision marchait, fenêtres fermées, je me suis demandée ce qui se passait. Comme ça continuait j’ai ouvert ma fenêtre et me suis rendue compte que c’était les bruits des tirs des CRS place Jean Jaurès, j’avais vraiment du mal à y croire !!! Des détonations toutes les 10-15mn, je me suis demandée si je rêvais. Vous rendez-vous compte que l’on entendait ça de TOURS Nord. J’en tremblais, je pensais aux pauvres personnes qui y étaient. Je serai à celle de samedi prochain même si ces scènes de "guerre" me font très peur. HONTEUX, INADMISSIBLE.

Photo : Quentin Woloch.


P.-S.

Vous pouvez nous envoyer vos témoignages à l’adresse contact@larotative.info


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