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Le député Daniel Labaronne veut virer les vegans des écoles

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Dans une question écrite adressée au ministère de l’Éducation nationale, le député de la 2ème circonscription d’Indre-et-Loire accuse l’association L214 de faire du « prosélytisme » dans les établissements scolaires.

« Pas touche à la bidoche ! » C’est, en résumé, le sens de la question adressée par Daniel Labaronne au gouvernement le 6 novembre 2018. Il s’y offusque de la présence dans des établissements scolaires de documents pédagogiques et d’intervenants de l’association L214, et réclame que la médiation scientifique portant sur la consommation alimentaire soit plutôt assurée par l’INRA, qui bosse main dans la main avec l’agro-industrie.

L’association L214 s’est faite connaître du grand public au cours des dernières années en diffusant des vidéos tournées dans des abattoirs. Ces images, comme celles filmées récemment dans un abattoir de l’Indre certifié bio, montrent la cruauté des pratiques de l’industrie de la viande. A l’abattoir du Boischaut, l’association a constaté « de nombreuses violations de la loi encadrant les conditions de mise à mort des animaux » [1]. L’association milite pour « l’arrêt de la consommation des animaux et des autres pratiques qui leur nuisent » ; elle « encourage les consommateurs à adopter une attitude d’achat responsable, au mieux en se passant de produits d’origine animale, au minimum en réduisant leur consommation de tels produits et en refusant ceux issus des élevages intensifs ».

Plus d’un milliard d’euros de dépenses publicitaires en faveur de la viande

C’est apparemment le sens de leur action dans les écoles, qui semble tant déranger le député En Marche. Après avoir défendu le glyphosate, le voilà qui défend l’élevage. S’appuyant sur le programme national nutrition santé (PNSS), qui recommande la consommation de viande, de poisson ou d’œufs une à deux fois par jour, Labaronne s’inquiète de l’impact des démarches de sensibilisation menées par L214, qui pourraient « conduire à des comportements inverses à ceux recommandés par le PNNS ». Comme si une animation pédagogique menée par une asso dans un collège ou un lycée faisait le poids face au matraque publicitaire et au lobbying de l’industrie de la barbaque.

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Fiche conseil tirée du site gouvernemental mangerbouger.fr

Quotidiennement, les enfants et les adolescents sont bombardés de messages les encourageant à bouffer du bœuf ou du poulet industriel dans les fast-foods, quand ce ne sont pas les industriels qui communiquent directement sur les vertus de la viande. Une enquête réalisée par le service statistique du ministère de l’Agriculture montre qu’en 2002, les entreprises alimentaires ont engagé plus d’un milliard d’euros de dépenses publicitaires pour faire la promotion de produits à base de viande [2]. Sans compter que l’écrasante majorité des cantines scolaires servent de la viande à tous les repas.

Considérant que la qualification de prosélyte peut être retenue pour certains documents proposés, il l’interroge sur la compatibilité d’une présence de documents et d’intervenants de l’association L214 dans des établissements scolaires au regard du principe de neutralité de l’enseignement public.
Extrait de la question écrite de Daniel Labaronne au ministère de l’Éducation nationale

Au demeurant, les visuels présentés par l’association, disponibles sur son site, ne font que rappeler certaines évidences bien documentées : ils présentent les méfaits produits par l’élevage en termes de bien-être animal, de pollution des sols, de déforestation. Ils rappellent aussi l’ampleur de cette pratique : en France, 3 millions d’animaux sont abattus chaque jour.

On le sent, la question de Labaronne va dans le même sens que celle posée à propos du glyphosate : il s’agit de caresser les lobbys dans le sens du poil. D’ailleurs, dans le cadre de la discussion de la loi sur l’agriculture et l’alimentation [3], le député s’est opposé à une dizaine d’amendements visant à mieux encadrer les pratiques des éleveurs et des abattoirs. Vous reprendrez bien un peu de blanquette ?



Notes

[2Préparations industrielles à base de viande : 843 millions d’euros ; production de viandes de volaille : 204 millions d’euros ; production de viandes de boucherie : 121 millions d’euros. Source : La publicité des industries agroalimentaires.

[3Le« projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable » a été adopté par l’Assemblée nationale le 2 octobre 2018.

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