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Le conseil départemental trie les mineurs en danger selon leur nationalité

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Depuis plusieurs mois, le président du conseil départemental d’Indre-et-Loire oppose mineurs de nationalité française et mineurs étrangers isolés, opérant une distinction inadmissible au sein d’une population fragilisée.

Des adolescents sortis de leurs foyers dans la précipitation. Le mercredi 21 février, Monsieur Paumier, président Les Républicains du conseil départemental, s’est rendu à la fondation Verdier, l’une des associations qui prend en charge les enfants et adolescents en difficulté en Indre-et-Loire, pour demander que les mineurs en danger d’origine étrangère qui y résident quittent leur lieu de vie. La même consigne a été donnée à deux autres structures qui relèvent de la protection de l’enfance, l’IDEF et l’ADSE. Tous les jeunes visés par la mesure ont dû quitter leurs foyers dans des délais extrêmement courts. Ils doivent être installés dans des appartement loués par le biais d’une collaboration entre l’association Jeunesse et Habitat et l’Entr’Aide Ouvrière.

Au sein des structures de protection de l’enfance, on s’inquiète des futures conditions d’accueil de ces jeunes que la collectivité veut regrouper, et qui risquent de se retrouver dans des lieux qui ne prennent plus en compte leur minorité. « Ils vont se retrouver à six dans des appartements de deux pièces », dénonce une travailleuse sociale, qui s’inquiète de leurs conditions de prise en charge et de l’accompagnement qui pourra leur être proposé :

« On craint de voir se développer des CADA [1] pour mineurs ».

Au sein des maisons d’enfants à caractère social (MECS) dans lesquelles ils étaient hébergées, ces jeunes pâtissaient déjà d’une prise en charge « au rabais ». En raison des baisses d’effectifs et de la complexité des situations des différents jeunes accueillis, les travailleurs sociaux n’avaient pas les moyens de prendre correctement en charge ces enfants, à la fois en termes de soutien et pour les démarches spécifiques à leur statut. Leur situation risque d’empirer.

Le conseil départemental est responsable de la protection des enfants en danger. Mais au sein de cette population, une distinction est opérée entre enfants de nationalité française et ceux qu’on appelait auparavant des « mineurs isolés étrangers ». Depuis quelques temps, un glissement sémantique a été réalisé : les autorités parlent désormais de « mineurs non accompagnés », afin d’éloigner l’idée que ces jeunes seraient en danger, et mieux justifier les carences en matière de prise en charge.

Très souvent, la minorité de ces jeunes est mise en doute par les autorités, qui les laissent à la rue sur la base d’un examen arbitraire. Et la situation est avant tout appréhendée comme une « charge financière » par le président du conseil départemental, comme en témoigne la lettre qu’il a adressé au premier ministre le 7 février dernier. Dans ce courrier, Jean-Gérard Paumier oppose clairement les mineurs en fonction de leur nationalité, et fait porter la responsabilité des problèmes de prise en charge de l’enfance en danger sur les mineurs étrangers. On peut y lire :

« L’afflux continu des MNA en Indre-et-Loire déstabilise le travail au quotidien des services de l’ASE, tout en saturant nos capacités d’accueil des mineurs que nous devons placer suite à des décisions de justice. »

Les mineurs deviennent des acronymes, et le président de la collectivité défend la préférence nationale.

Illustration tirée du film La tragédie du miel amer sur la lutte des mineurs isolés à Toulouse.



Notes

[1Centres d’accueil pour demandeurs d’asile.

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