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Femmes en lutte, le combat n’est pas fini

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Un rapport de l’Oxfam, publié le 17 décembre, évoque la ségrégation professionnelle que subissent les femmes. L’étude montre qu’une part importante des travailleurs pauvres sont des femmes. La dégradation de leurs conditions de travail n’est pas récente, la loi Travail, déjà, avait accéléré ce processus.

Dans son nouveau rapport « Pauvreté au travail : les femmes en première ligne », Oxfam alerte sur la situation des femmes qui cumulent activité(s) professionnelle(s) et pauvreté.

Pourtant dès 2017, Emmanuel Macron l’avait promis. Il serait « personnellement attentif » à l’égalité hommes-femmes, définie comme « grande cause » de son quinquennat. Les priorités sont multiples : emploi et égalité professionnelle, lutte contre la précarité et les violences faites aux femmes, parité dans les sphères politique, économique et sociale. Si le secrétariat dédié à l’égalité femmes-hommes a une page internet dédiée, le site du gouvernement n’évoque plus cette grande cause nationale [1].

Selon le rapport de l’Oxfam, entre 2006 et 2017, la part de femmes en activité professionnelle et pauvres est passée de 5,6 % à 7,3 %. Les mères de famille monoparentale sont particulièrement touchées par ce phénomène : parmi celles qui travaillent, plus d’un quart vivent sous le seuil de pauvreté, soit un million de femmes. Elles occupent 55 % des emplois à bas salaires et 63 % des emplois non qualifiés, alors même qu’elles ont un meilleur niveau d’éducation que les hommes. Entre 2000 et 2015, les maladies professionnelles reconnues ont augmenté de 155 % chez les femmes, contre 80 % chez les hommes. Les femmes prennent leur retraite en moyenne un an plus tard que les hommes, et avec une pension inférieure de 42 %.

Ces chiffres confirment donc une réalité bien présente chez nombre de travailleuses, et contribuent à faire germer la colère. La loi Travail, contre laquelle s’étaient déjà battues des femmes, a accentué leur précarité.

Les médias semblent parfois s’étonner en ce moment de la présence des femmes dans les cortèges, sur les rond-points, remarquant qu’elles font partie intégrante [2] du mouvement des gilets jaunes. Et pourtant, les femmes ont toujours été présentes dans les luttes. L’historienne Mathilde Larrère rappelle dans un entretien récent la présence des femmes lors des mouvements révolutionnaires du XIXème siècle :

Ceux qui combattent avec un fusil sont très majoritairement masculins, parce qu’on ne donne pas de fusil aux femmes. En revanche, si ce sont les hommes qui se trouvent au sommet des barricades, les femmes sont à l’arrière pour charger les fusils et s’occuper des blessés. Elles sont aussi dans les immeubles des deux côtés de la barricade pour lancer sur les forces de l’ordre des objets contondants. Mais comme il y a une vision du combat qui le réduit à la prise d’armes, on ne voit pas le rôle occupé par les femmes.

Les hommes sont sur les barricades, mais les femmes derrière leur tendent les pavés à jeter. D’ailleurs jamais n’est évoqué la figure de la « casseuse », notamment parce qu’on continue à ne pas accepter et surtout à ne pas comprendre qu’une femme puisse recourir à la violence.

Pourtant face aux violences réelles et symboliques que les femmes subissent, il va falloir prendre en compte leur présence et leurs revendications. Elles sont là, et elles ne s’effaceront pas.


P.-S.

Rapport de l’Oxfam résumé ici.


Notes

[1Comme on peut le constater sur la page d’accueil du site des actions du gouvernement.

[2Des manifestations de femmes gilets jaunes sont d’ailleurs prévues le dimanche 6 janvier dans plusieurs villes de France, dont Tours.

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