Contre la répression, conseils et recommandations pour les manifs

Quand on sort pour une manif, une action, ou autre, sachons où nous mettons les pieds. Face à la police, face à la justice... réduisons les risques !

Précautions avant la manif
 
Conseils généraux
 
- Ne pas venir seul.e., si possible venir en plus grand groupe et fixer un rencard d’après-manif pour voir si tout le monde va bien et même témoigner.
 
- Éviter tout ce qui est objets personnels sur vous (agenda, carnets...) ou tout ce qui pourrait vous être préjudiciable (couteau, boulette de shit...).
 
- Avoir le nom d’un avocat noté sur soi (sur Tours, nous avons Maître Hardy, par exemple, 02 47 64 19 39).
 
Protections et tenues
 
- Un foulard peut servir à se couvrir le visage comme à éviter les gaz (rappelons que la dissimulation du visage est condamnable [1], c’est donc un bon compromis pour éviter cagoule et autres).
 
- En cas de charges ou mouvements des flics, il est important de ne pas voir ses mouvements freinés, cela implique des chaussures et des vêtements appropriés. Préférez les manches longues et les fibres synthétiques (des vêtements de rechange peuvent être utile et complique les tâches d’identification). Évitez tout ce qui est facilement identifiable (veste bariolée ultra-voyante...), comme toutes les crèmes (en cas de gaz lacrymogène, les particules toxiques s’incrustent moins quand la peau est moins grasse). Il s’agit d’avoir le moins possible de signes extérieurs distinctifs. Cela sape le travail d’identification policier.
 
- Le port de protections spécifiques (lunettes de plongée, masques...) peut vous valoir d’être incriminé d’attroupement en vue d’un mouvement armé : attention à ne pas les conserver et à vous en débarrasser si besoin.
 
- Dans un sac-à-dos : avoir de l’eau et quelque chose à grignoter. De l’argent liquide est un plus. Une pièce d’identité peut être utile. Une trousse de secours avec sérum phy, citrons, compresses, antalgiques, voire Maalox, est conseillée.
 
- L’utilisation/le port de feux de bengale et fumigènes peut vous valoir d’être incriminés pour port d’explosifs, attention à ne pas les conserver sur vous en cas de barrage et fouilles policières.
Pendant la manif
 
Conseils généraux
 
- Rester mobile et attentif.ve à « l’environnement » (il s’agit d’éviter de servir de cible au maximum [2]) ; de la même manière : rester toujours attentif.ve aux autres manifestant.es : l’entraide est essentielle (il est souvent possible de récupérer un camarade quand il est en train de se faire arrêter).
 
- La première arme de la police c’est la peur. Sirènes, fusées, grenades assourdissantes et intimidations orales sont surtout des techniques de dissuasion. Face à cela, essayer de rester le plus calme possible, même dans les mouvements de foule ; éviter de crier ou de courir inutilement (cela augmente le stress collectif). Ne pas céder à la panique... La peur est naturelle mais on peut apprendre à la canaliser (chanter ensemble, crier des slogans...).
 
- Une charge de police dépasse rarement 50 m donc il est inutile de courir plus loin ; il vaut mieux marcher groupé.e.s et éviter de laisser des personnes isolées derrière le groupe. La BAC est là pour interpeller : ils agissent en roue libre avant de se replier derrière les lignes de CRS/GM, rester groupé.e.s face à elle, former des chaînes si nécessaire, c’est un bon moyen d’éviter les arrestations.
 
- Ne prenez pas de selfies (évitez d’ailleurs d’utiliser votre téléphone pour les photos [3], ne communiquez rien qui puisse être retenu contre vous par sms ou appels), pas de vidéos sur periscope, ne publiez rien qui puisse vous incriminer ou incriminer d’autres manifestants [4]. Si vous voulez publier quelque chose : flouter les visages, pensez à effacer les métadonnées (EXIF) inclues dans vos photos.
 
- Ne dites rien en manifestation qui puisse nuire à un tiers ou à vous-mêmes : un certain nombre de policiers en civil sont susceptibles d’être présents.
 
- Ne colportez pas des informations non vérifiées, les rumeurs peuvent occasionner des mouvements de panique et des conséquences graves.
 
Si utilisation de gaz
 
- Observez bien le cordon de flics, il est souvent possible d’anticiper l’usage de lacrymos : tenues et comportement. Sachez qu’ils sont dans l’obligation de procéder à des sommations avant d’attaquer, dans les faits ce n’est que rarement le cas. Soyez donc attentifs !
 
- Les lacrymos sont souvent très localisées, il suffit de se décaler de quelques mètres pour les éviter.
 
- Les lacrymos collent à la peau et aux tissus, il faut donc éviter de se toucher les yeux et les lèvres avec des mains ou des vêtements contaminés.
 
- Les gaz agissent plus facilement avec l’effort et la panique : restez calmes et ne courrez que s’il y a charge policière à moins de 50m de vous.
 
- Pour vous protéger des gaz, couvrez vous la bouche avec un foulard imbibé d’eau citronnée et respirez calmement et prévoyez du liquide physiologique pour laver les yeux.
 
- Ne ramassez pas les palets de gaz à mains nues, ils peuvent occasionner des brûlures sévères.
 
- Ne ramassez jamais le corps d’une grenade : il peut s’agir d’une grenade à effet explosif.
 
- Lavez vous au savon en rentrant et mettez vos vêtements au lavage : les gazs ont une persistance de 45 jours et sont résistants à l’eau seule.
 
En cas de tirs de flashballs
 
- En cas d’usage des flashballs, se tenir hors des lignes de vue, les portées sont de 30 à 150 m (pour vous donner une idée, 150m, c’est la longueur d’est en ouest de la place Jean-Jo).
En cas d’arrestations
 
Conseils généraux
 
- Si vous êtes témoin ou proche d’une personne interpellée, rapprochez-vous des organisateurs de la manif ou de l’équipe légale (si présente) pour signaler l’arrestation en décrivant la personne arrêtée, l’heure et le lieu de son arrestation. En cas de violences policières, prenez des images. Rappelons le courriel de la collectif anti-répression de Tours : antirep37@riseup.net
 
- Si on est arrêté.e, se signaler aux témoins, et éviter les insultes et les coups : l’« outrage [5] et rébellion [6] » est l’arme judiciaire préférée des flics pour charger un dossier. Rappelons, en outre, que la police filme ses interventions avec de petites caméras d’action depuis quelques temps. Ces vidéos peuvent servir à attester d’insultes contre un flic ou de gestes de rebellions. Si vous êtes arrêtés par la BAC, notez bien s’ils avaient ou non leurs brassards (ce n’est pas toujours le cas).
 
- Il faut savoir que tout ce que vous direz lors d’une audition sera utilisé ensuite par un juge pour vous condamner. La loi n’oblige qu’à donner ses noms, date de naissance et adresse. Une des techniques policières employées est de vous inciter à reconnaître ce qui vous est reproché pour sortir plus vite de garde à vue. Accepter est un mauvais calcul. Lorsqu’on vous interroge, ne dites rien ou répondez par « je n’ai rien à déclarer », c’est votre droit et on ne peut pas vous pénaliser pour ça : c’est au juge qu’il appartient d’établir votre culpabilité.
 
- Attention, les flics manipulent souvent les Procès-Verbaux, il faut bien les relire avant d’éventuellement les signer (le mieux restant de ne rien signer). Il est quasi impossible de revenir, lors d’un procès, sur des déclarations faites au cours d’une garde à vue.
 
- La durée maximale d’un contrôle d’identité est de 4 h ; une garde-à-vue peut durer 24 h, prolongeables jusqu’à 48 h.
 
En cas de Garde-à-Vue
 
- Un manuel de survie en GAV existe à cette adresse.
 
- Depuis la réforme de la GAV en 2011, il est possible d’exiger la présence d’un avocat dès le début de la GAV et pendant les interrogatoires ; il a 2 h pour arriver. Dans les faits, les flics peuvent insister pour commencer sans lui, sous prétexte qu’il n’est pas joignable, et débuter une audition. Ne pas céder sur ce point. Rester vigilant.e même en présence d’un avocat : un avocat peu soucieux de la situation vous conseillera peut-être de tout dire, ou de donner votre ADN… Demander à voir un médecin (si cette demande n’est pas satisfaite il y a vice de procédure... et ça fait toujours du bien de rencontrer des gens).
 
- Vous pouvez refuser le prélèvement de votre ADN mais vous risquez alors une condamnation [7].
 
- Lorsque la garde à vue est prolongée à 48 h, il s’ensuivra :
a) une convocation remise par la police pour un procès ultérieur
b) une comparution devant le procureur de la République en vue d’une convocation ultérieure à un procès (vous pouvez être retenus jusqu’à 20 h au dépôt en attente de comparution)
c) une comparution immédiate devant le juge, suivie d’une condamnation dans la foulée.
 
- Refusez la comparution immédiate car les condamnations sont en moyenne plus lourdes (et cela vous laissera le temps de préparer votre défense). Vous devez alors fournir des garanties de représentation (information qui prouvent que vous ne risquez pas de ne pas vous présenter à votre jugement : attestation de travail, formation, logement...), autrement vous encourez le risque d’une détention préventive (quelques semaines). D’où l’importance aussi de préparer un dossier solide lorsque vos ami.es sont arrêté.es pour confirmer les garanties de représentation. Il y a, malgré tout, peu de chances que cela se produise.
 
En cas de procès
 
Rappelons-le encore : un procès n’est pas un moment où la justice va être rendue. Dans le cadre des mouvements, la justice est là pour briser et condamner tout ce qui sort du rang, les éléments les plus déterminés de la mobilisation. Il est donc inimaginable que la justice relaxe des interpellés quand bien même les policiers mentent et quand bien même les preuves sont très minces – les relaxes sont ultra-rares pour ne pas dire inexistants. La justice n’instruit pas à charge et à décharge mais pour « casser du manifestant ». Il faut donc envisager le temps du procès, comme le temps où une institution va tenter d’écraser un individu extrait du mouvement.
 
Tout cela pour dire qu’il n’est pas tactique d’être sincère devant les magistrats. On est sincère avec ses amis, les gens qu’on estime, pas avec des gens dont la fonction est de vous faire payer votre engagement dans un mouvement [8].
Après la manifestation
 
- Les fins de manifs sont les moments privilégiés des arrestations : ne restez ou ne partez pas seuls.
 
- Changer ses vêtements si nécessaire, éviter de rentrer seul.e chez soi. S’assurer que tout le monde a pu rentrer.
 
- C’est souvent bien de trouver un moment pour discuter de la manif et de nos ressentis, et pour s’organiser pour la prochaine !
 
- Il est utile aux adhérents de syndicats ou aux militants de collectifs de faire un compte rendu de ce qu’ils ont vu ou subis dans leur organisation. Cela permet d’accumuler collectivement l’expérience.
 
- N’oubliez pas d’envoyer un compte-rendu à La Rotative !

P.-S.

Conseil tiré d’un article sur Paris-Lutte, puis retravaillé pour La Rotative.

Il existe aussi des guides du manifestant à la fois proposés par la CGT, mais aussi par le syndicat de la magistrature.

Notes

[1La peine encourue est une amende de 1 500 euros. Dans les faits on est rarement arrêté pour cette seule raison, mais cela peut être une circonstance aggravante dans un certain nombre de cas.

[2Ce site donne la localisation d’un certain nombre de caméras de surveillance installées à Tours, mais il n’est pas exhaustif.

[3Nombre de perquisitions à Nantes et ailleurs visent à récupérer appareils photos, cartes sim ou sd... Tout ce qui pourrait permettre d’identifier une ou des personnes, voire de monter un dossier.

[4La seule présence dans une manifestation non autorisée peut vous valoir d’être poursuivi pour "attroupement" si intervention des forces de l’ordre, ce qui est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.

[5Insultes reçues par les policiers dans l’exercice de leurs fonctions

[6C’est lorsque vous vous êtes débattu pendant l’arrestation ou si vous avez fait des gestes "inquiétants" pour les policiers.

[7Depuis Sarkozy, c’est un délit passible d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.