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Violences policières à Limoges : « Un policier continue à me donner des grands coups de matraque sur le crâne »

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De nombreuses villes françaises ont été le théâtre de violences policières le 1er décembre dernier. À Limoges, les flics ont fait preuve d’une violence inouïe. Témoignage d’une manifestante.

J’écris cette lettre pour témoigner des faits datant du samedi 1er décembre qui n’ont pas été relayés par les médias à la hauteur de leur importance. Ce soir-là un seuil de violence policière a été franchi à Limoges, ville où les manifestations se déroulent généralement dans le calme.

Nous sommes le matin de ce samedi 1er décembre, je prends part à la manifestation organisée par la CGT pour la défense des droits des travailleurs précaires et des chômeurs, tout se déroule dans le calme. Arrive l’après-midi, je rejoins en centre-ville l’appel à manifester des gilets jaunes. C’est pertinent pour moi de participer aux deux manifestations, ça permet de faire du lien entre les causes. Je ne porte pas de gilet jaune, je n’ai pas de voiture donc de toute façon je n’en ai pas. Le cortège marche jusqu’au tribunal où est organisée une parodie d’un procès du président actuel.

Peu convaincue par cet exercice, une partie des participants propose de partir au commissariat afin de demander la libération de quatre gilets jaunes arrêtés le matin même lors d’actions sur l’autoroute. On se regroupe devant l’entrée du commissariat. Il y a des prises de paroles au micro, de la musique, des chants et des danses. Des policiers en civil se mêlent au nombre des manifestants, ils portent des gilets jaunes et font semblant de participer à la manifestation. Un peu après le passage des motards et quelques départs dus à la pluie, quelqu’un prend le micro et propose d’aller devant l’entrée du parking parce qu’aucune communication n’a encore pu être établie avec les forces de l’ordre présentes à l’entrée.

En arrivant devant l’entrée du parking, surprise ! Derrière les grilles, une vingtaine de policiers avec casques et boucliers sont déjà en position. On reste alors derrière la barrière automatique, à 25 mètres des grilles du commissariat qui mesurent bien 3 mètres de haut. Deux gilets jaunes, qui nous serviront dorénavant d’intermédiaires, vont à la rencontre des forces de l’ordre pour entamer une discussion avec eux. Il en ressort un contrat : si on s’éloigne vers le parc pendant un quart d’heure, ils font sortir les gilets jaune. On y croit moyennement mais on recule, on traverse la rue et on s’assoit sur la clôture du parc pour attendre, en discutant tranquillement. On se situe maintenant à environ 60 mètres des policiers.

Au bout d’un quart d’heure, un gilet jaune sort. On applaudit et on va à sa rencontre, pour lui parler et savoir comment il va. Puis, on retourne près de la clôture pour attendre la libération des suivants. Au fil de l’après-midi, des manifestants sont partis, on n’est plus qu’une trentaine à attendre. On discute, on partage des biscuits à la fraise. Une personne en état d’ébriété traverse la rue, elle ne fait pas partie de notre mouvement mais comme nous venons d’établir une distance symbolique à respecter, deux d’entre nous la rattrapent et la ramènent gentiment du côté du parc. Un quart d’heure plus tard, un deuxième gilet jaune sort du commissariat. On va à sa rencontre, sur le trottoir de l’autre côté de la rue. On est à 50 mètres des grilles derrières lesquelles les forces de l’ordre sont toujours en position.

Brusquement, par l’intermédiaire de M., un des deux intermédiaires, le commissaire nous adresse un message ou plutôt une menace : « Maintenant vous dégagez ou on vous dégage. ».
Rapidement, des discussions s’engagent parmi les manifestants présents pour savoir comment réagir. S’assoir et lever les mains pacifiquement ? Ne pas bouger, rester groupé ? Moins de deux minutes plus tard, avant même qu’on ait pu prendre une décision commune, une bonne douzaine d’hommes habillés en noir nous attaquent : rangers, gilets de protections et cagoules, une matraque dans une main, une bombe lacrymogène dans l’autre. Une belle démonstration de tendresse.

M. se positionne entre les deux groupes, mains en l’air pour signifier notre absence de violence et calmer les tensions. Mais ils ne sont pas sortis pour discuter. Plusieurs d’entre eux le poursuivent jusque dans le parc Victor Thuillat et une fois mis à terre, ils le rouent de coups de matraques jusqu’à ce l’un dise « C’est bon, on l’a assez tabassé. ».

Moi, je suis sur le trottoir avec un ami, à 50 mètres des grilles. On est aux premières loges. On n’a pas le temps de comprendre la situation qu’on est déjà attaqués. Ils nous gazent, mon ami tombe au sol, étendu sur le dos, les points vitaux exposés. Il semble inconscient, j’essaie de le traîner par le col du manteau pour nous éloigner mais je n’y arrive pas. Un policier, debout au-dessus de moi, continue à nous vider du gaz sur la tête et à me donner des grands coups de matraque sur le dos et sur le crâne. Je n’ai rien pour me protéger le visage, je n’arrive plus à respirer. J’entends une gilet jaune me rejoindre et me dire « Pars, je m’occupe de lui. ». Je m’éloigne, je respire mieux. Je me retourne et vois mon ami toujours étendu sur le sol, tout seul. Je ne peux pas le laisser là, je fais demi-tour pour le rejoindre. Au passage, je reçois encore quelques coups de matraque, cette fois dans les jambes. Mon ami se relève, on court, le plus vite qu’on peut. Je ne réussis pas à courir assez vite, je reçois une nouvelle vague de gaz et d’autres coups de matraques.

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Illustration : Serge klk



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