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Santé en prison : entretien avec un ancien médecin d’un centre de détention

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Les 13 et 14 novembre, l’Association des professionnels de santé exerçant en prison organise un congrès à Tours. L’occasion de parler de médecine carcérale avec le Docteur Glop, médecin généraliste qui a exercé pendant trois ans en centre de détention.

Dans quel type d’établissement exerçais-tu ?

Je travaillais dans un centre de détention pour hommes. Les détenus étaient jugés et avaient des peines de durées variables. Dans le centre de détention, ils peuvent déambuler, aller à l’école, à l’atelier, en promenade, à la bibliothèque... Ils sont enfermés à partir de 17h30 pour la nuit. Mon établissement se situait en pleine campagne (et en plein désert médical).

Dans un rapport du Groupe National Concertation Prison [1], il est indiqué qu’une fois en prison, la santé des personnes détenues se détériore. Comment l’expliques-tu ?

La santé des détenus se détériore car il y a déjà un stress inhérent à être enfermé, qui plus est enfermé avec d’autres personnes... C’est anxiogène ce nouveau milieu. Il faut découvrir les règles du jeu. Et hélas, c’est souvent la loi du plus fort qui règne, du plus violent... Ce stress d’être incarcéré perturbe le sommeil, l’état de vigilance, l’alimentation. Et à cela s’ajoute la consommation de tabac, et autres substances illicites qui circulent en prison...

Dans mon établissement, les médecins étaient en sous-effectif. Avant que je démissionne, les délais d’attente pour un rendez-vous médical étaient de deux mois. Nous avions des vacations de psychiatres et de psychologues, mais pas assez de locaux pour nous organiser de façon optimale. En raison des restrictions budgétaires, les travaux nécessaires n’étaient pas réalisés.

Quelles sont les principales difficultés que rencontrent les détenus pour bénéficier de soins à la hauteur de leurs besoins ? Les moyens humains et budgétaires sont-ils à la hauteur ?

Il n’y a pas assez de personnels soignants au sein de la prison, et il n’y avait pas assez de toubibs spécialisés dans l’hôpital situé à proximité du centre de détention où j’exerçais. Pas assez d’argent aussi de la part de l’administration pénitentiaire. Lorsqu’un détenu doit se rendre à une consultation à l’hôpital (pour un scanner, une IRM, un rendez-vous avec un cardiologue, etc.), il faut organiser le trajet du patient incarcéré avec l’administration pénitentiaire et l’hôpital. Or, l’administration pénitentiaire ne fournissait qu’un seul fourgon pour assurer ces extractions médicales. Du coup, si une urgence médicale survenait dans la journée et nécessitait un transport en fourgon vers le service des urgences de l’hôpital, les « extractions programmées » vers l’hôpital sautaient, et il fallait les reprogrammer... Mais comme l‘offre de soins dans le coin était pourrie, il fallait compter un nouveau délai de plusieurs mois pour obtenir un autre rendez-vous.

Il faut savoir aussi que la population carcérale est une population en plus mauvaise santé que la population générale, avant d’être incarcérée. Car on incarcère des gens précaires, des toxico, de vrais fous psychiatriques...

La population carcérale vieillit. Quelles sont les difficultés que cela entraîne ?

J’ai été très peu confronté à cette problématique. Les personnes âgées détenues dans l’établissement où j’exerçais étaient valides. Mon plus vieux patient avait 75 ans et était en forme, mais quelques personnes en fauteuil roulant nécessitaient des cellules adaptées.

Néanmoins, une population qui vieillit devient polypathologique [2], ce qui rend le problème des déserts médicaux et des prisons construites au milieu de ces déserts d’autant plus criant.

Quel bilan tires-tu de ton expérience de médecin en prison ?

J’ai passé trois ans en tant que médecin généraliste dans ce centre de détention. La prise en charge des patients s’est avérée complexe, en raison du type de patients (ce sont des durs) et des contraintes multiples de l’administration pénitentiaire. Pour un début de carrière de médecin, je me suis forgé une sacré expérience. Mais y rester plus longtemps m’aurait aliéné — alors que je ne faisais qu’y travailler. Imaginez les gars qui y sont pour des années...



Notes

[2C’est-à-dire qu’elle souffre de plusieurs pathologies.

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