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Portraits de militants tourangeaux : Charles Bétesta

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Parce que nous ne devons pas oublier celles et ceux qui se sont battus pour la cause ouvrière et contre l’oppression, série de portraits de militants tourangeaux. Anarchistes, syndicalistes, socialistes, ils ont lutté pour une société meilleure, plus juste et égalitaire.

Charles BETESTA, né (?) à (?) ; mort le (?) ; habitant à Tours, rue des bouquets (1909) ; en concubinage ; boulanger, charpentier, maçon ; militant anarchiste d’Indre-et-Loire.

Sa première apparition à Tours date du 11 octobre 1900 où il préside le bureau lors de la conférence de Louise Michel au Théâtre Français. A ce moment-là, les rapports le présentent comme en lien avec les anarchistes de Tours.

Il devient, plus tard, secrétaire du sous-comité de la grève générale de Tours, en 1903. L’année suivante il adhère à l’Association Internationale Antimilitariste de Ferdinand Nieuwenhuis.

Cette même année, il est candidat malheureux au secrétariat de la Bourse du Travail, poste qui sera finalement dévolu à Coignard, avec sa voix. Plus tard on le retrouve secrétaire du syndicat des ouvriers boulangers, et fondateur, à Tours, du détachement local de la fédération des locataires. A cette occasion il intervient au Conseil municipal afin de demander l’assainissement des locaux ouvriers depuis Sainte-Anne jusqu’à Saint-Pierre-des-Corps. Les forces de police le décrivent alors comme « un libertaire intransigeant et sujet peu recommandable ».

Parallèlement à ces démarches, on le trouve à chaque causerie populaire pour apporter la contradiction.

En 1907 les forces de police le considèrent comme le principal chef du groupe anarchiste de Tours, disant de lui qu’il est un « libertaire intransigeant », mais parlant « avec une réelle éloquence ».

On le retrouve en 1908 à la Fédération des Travailleurs du Bâtiment, participant, entre autre, à la grève initiée par celle-ci en 1910, à Tours. Entre temps il participe aux différentes tentatives d’universités populaires, et notamment à celle lancée par Victor Coissac à travers l’Union Populaire (UP), en 1909, dont il est l’un des tous premiers membres. A cette occasion nous pouvons lire dans un des bulletins de l’UP :

Bétesta expose son idéal, qui est celui de plusieurs de ses camarades à lui. Il préconise la prise au tas [1]. Dans la société future qu’il rêve, la monnaie sera supprimé ; on travaillera sans chefs, sans maîtres, à la besogne qu’on préfèrera ; on ne sera pas payé ; mais il suffira d’aller, la journée finie, à la maison commune, demander un certificat de travail, non échangeable, qui donnera droit ensuite à consommer selon ses besoins.

Cette même année il organise plusieurs manifestations avec Mottard pour protester contre le sort réservé à l’anarchiste espagnol Francisco Ferrer ; à cette occasion ; il accueille Georges Yvetot.

En 1911, il est le secrétaire du Comité de Défense Sociale de Tours, comité qui cherche à venir en aide à Rousset dans l’affaire Aernoult [2]. L’année suivante, il en appelle à « la fin des bagnes et des conseils de guerre ». Il organise alors plusieurs manifestations, comme celle du 11 février 1912 où 60 ou 70 manifestants vont manifester devant La Dépêche pour ses « articles mensongers », et devant la Marie et la Préfecture pour « flétrir les bagnes  ».

En juillet 1913 il fait partie des quelques compagnons qui seront perquisitionnés par la police suite à la propagande anti-militariste initiée à l’échelle nationale et locale ; puis, peu à peu, nous perdons sa trace. La dernière mention de ce militant réside dans le compte rendu d’une réunion du Cercle d’Étude des Coopérateurs fin 1913.

Durant tout son temps à Tours, Bétesta n’aura ménagé ni ses efforts ni ses mots aux conférences, aux réunions, aux campagnes, aux manifestations, et toujours sous l’égide des libertaires.


P.-S.

Sources : Archives Départementales d’Indre-et-Loire, séries 1M et 4M ; Archives Municipales de Tours.


Notes

[1Il s’agit ici d’une conception économique imaginé par Kropotkine dans son livre La Conquête du pain (1892) : « Prise au tas pour ce qui se trouve en abondance ; rationnement pour ce qui se trouve en quantité limitée ». Pour plus d’infos, lire cette page wikipedia.

[2Soldat dans une compagnie disciplinaire, Albert Louis Aernoult avait été tué par un gradé. A propos de cette affaire, lire Biribi ou la passion d’Aernoult sur Article 11.

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