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Noyer les communistes corpopétrussiens pour sauver les bourgeois tourangeaux ?

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La Loire est en général considérée comme le fleuve le plus sauvage d’Europe de l’Ouest. Un fleuve mal canalisé [1], au débit impressionnant et aux crues ravageuses… Justement, pour éviter que ces crues ne ravagent tout sur leur passage, les villes mettent en place des dispositifs techniques, digues plus ou moins complexes et modulables. En cas de crue majeure, Tours pourrait sortir une botte secrète : s’isoler de Saint-Pierre-des-Corps pour laisser cette dernière assumer l’essentiel des dégâts.

Des batardeaux pour séparer Tours et Saint-Pierre

En cas de crue, des barrières peuvent être installées rapidement entre Tours et Saint-Pierre-des-Corps pour protéger la première en orientant les eaux vers la seconde. Ces barrières sont ce que l’on nomme des batardeaux. Techniquement, il faut glisser des planches dans des rainures métalliques et entasser des sacs de sable derrière ces planches pour assurer l’étanchéité. Les rainures métalliques sont parfaitement visibles au Point Zéro et lorsque l’autoroute enjambe l’avenue Jean Bonin (on peut s’en rendre compte sur Google map en-dessous et au-dessus de l’autoroute). Ce système technique est rendu possible par la digue de l’autoroute A10. Celle-ci n’étant traversable qu’en quatre points, il suffit donc de combler ces passages pour la rendre hermétique. En cas de crue, c’est le préfet qui arbitrera et décidera d’activer, ou non, le dispositif.

Même si l’Aquavit précise que l’autoroute pourrait céder en cas de très forte crue (comme, par exemple, celle qui eut lieu en 1856), cette fermeture entraînerait l’inondation de Saint-Pierre-des-Corps, qui est davantage exposée que Tours puisque située en amont sur le cours de la Loire et globalement à une plus faible altitude. Ainsi, Tours serait protégée des eaux contenues en terres communistes. Il faut dire que 100 % du territoire de Saint-Pierre-des-Corps est en zone inondable, alors qu’à Tours seuls le vieux centre, les coteaux de la Loire et du Cher, les quartiers des Rives du Cher, des Fontaines et des Deux Lions sont hors de la zone à risques [2].

Certes, Saint-Pierre-des-Corps est protégée, mais par des digues empierrées dont l’âge et l’état peuvent inquiéter. Certains observateurs émettent des doutes sur le fait qu’elles soient capables de résister à une forte montée des eaux. Ces doutes sont d’ailleurs partagés par la mairie en la personne de Véronique Cérélis, qui y est chargée de l’urbanisme [3].

Saint-Pierre-des-Corps, zone de moindre enjeu

Du point de vue technique, c’est une solution classique et qui a fait ses preuves ailleurs. En effet, on considère que la meilleure façon de limiter les dégâts d’une crue n’est pas les digues mais l’inondation de zones de moindres enjeux. On pourrait même rétorquer que cette technique protège aussi Saint-Pierre d’une crue venant de Tours… mais ce ne sera pas le cas, car les quartiers centre-est de Tours (Blanqui et Velpeau) sont à une altitude plus élevée que Saint-Pierre-des-Corps. Le dispositif est donc bien là pour protéger Tours, en partant du principe que Saint-Pierre-des-Corps est une zone de moindre enjeu…

Outre le fait que cela illustre d’une manière caricaturale les rapports complexes qu’entretiennent les deux municipalités, l’emploi d’une telle stratégie est rendu possible par le fait que les crues de la Loire sont lentes, la montée des eaux pouvant s’étaler sur plusieurs jours — contrairement aux inondations du Sud de la France (dans le Gard par exemple) où des crues de plusieurs mètres de haut peuvent apparaître soudainement. Dans le cas de la Loire, comme par exemple dans le cas de la Seine, l’évacuation humaine est envisageable lorsque l’on voit arriver la crue, et l’enjeu principal est alors la protection des biens. On peut alors se demander ce que considérer Saint-Pierre-des-Corps comme une zone de moindre enjeu signifie. Quid des terminaux SNCF, mais surtout de la raffinerie ou du dépôt pétrolier de la ville ? Qui peut imaginer que, comme dans le cas du nuage de Tchernobyl, les inévitables pollutions engendrées par une crue majeure s’arrêteraient à la frontière ?

Qu’en disent les responsables de la mairie corpopétrussienne ? Interrogée sur le sujet par Anthony Fillet en octobre 2012, la chargée de l’urbanisme à la mairie de Saint-Pierre-des-Corps déclarait dans un style tout diplomatique que « c’est un sujet sensible, à la limite de la polémique. En tout cas délicat. Disons que Tours est un peu mieux protégé que Saint-Pierre-des-Corps, avec notamment des digues plus solides. Maintenant, c’est vrai que si une grave inondation arrivait, les grandes portes à l’entrée de Tours pourraient être fermées. La décision reviendrait au préfet. Mais celui-ci nous a récemment assuré que Saint-Pierre-des-Corps ne serait jamais sacrifié pour protéger Tours  ». Nous voilà donc rassurés… nul ne sacrifiera les communistes pour sauver les bourgeois !



Notes

[1Un fleuve mal canalisé mais qui a bien failli l’être à grand coup de barrages. Voir à ce sujet : Le combat du fleuve sauvage, 2013, film de 26’ coproduit par TGA et France Télévisions avec le soutien du CNC.

[2Voir à ce sujet l’article de l’Aquavit et le post sur le PPRI sur le blog Du TrASh et DeS bAiSerS.

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