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Mairie de Tours : l’étrange déclaration d’intérêts de Christophe Bouchet

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Avant d’être élu maire de Tours le 17 octobre dernier, Christophe Bouchet était adjoint chargé du tourisme et du rayonnement de la ville. A ce titre, il a dû remplir une déclaration d’intérêts. Oublis, incohérences... À la lecture de ce document, on a l’impression qu’il s’y est pris avec une certaine légèreté.

Depuis 2013, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) est chargée de recevoir, contrôler et publier les déclarations de situation patrimoniale et les déclarations d’intérêts de certains élus. La déclaration d’intérêts recense l’ensemble des activités, des fonctions, des mandats et des participations du déclarant au cours des cinq années qui précèdent son élection, et a pour objet la prévention des conflits d’intérêts. C’est ce document que Christophe Bouchet a dû remplir après avoir été nommé adjoint au maire de Tours suite aux élections municipales de 2014. Bizarrement, sa déclaration d’intérêts date de février 2016, soit deux ans après son élection, alors que ce document doit normalement être rempli « dans les deux mois suivant la date de l’élection ou de la nomination ».

La déclaration d’intérêts de Christophe Bouchet peut être consultée en cliquant ici.

Christophe Bouchet, chômeur de luxe et consultant fantôme

Dans sa déclaration, la partie relative aux « activités professionnelles ayant donné lieu à rémunération ou gratification exercées au cours des cinq dernières années » est très courte. On peut lire : « De 02/2011 à 03/2014 chômage/Pôle Emploi ». L’inscription est accompagnée d’un commentaire : « Au chômage à partir de février 2011 mais l’indemnisation a débuté en fin d’année (...) ». C’est le montant de son indemnisation qui accroche le regard : 6 000 euros nets mensuels. Pas mal, quand on sait que seuls 6 % des chômeurs perçoivent plus de 1 500 euros d’indemnité par mois et que la moitié d’entre eux touchent moins de 500 euros.

Ces droits au chômage, Bouchet les tire de son précédent poste de directeur général de la société Sportfive, une entreprise du groupe Lagardère. Un poste a priori plutôt bien payé... et qui, curieusement, n’est pas mentionné dans la déclaration d’intérêts ! Arrivé chez Sportfive en 2007, Christophe Bouchet y reste jusqu’en 2011, trois ans avant la date de son élection à la mairie de Tours. Or, la Haute autorité demande bien que soient présentées toutes les activités professionnelles exercées « au jour de l’élection ou de la nomination et dans les cinq années précédentes » — soit depuis 2009 dans le cas de Bouchet [1]. Sûrement un oubli.

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Extrait de la déclaration d’intérêts de M. Christophe Bouchet

Autre curiosité : les activités de consultant du nouveau maire. Dans la biographie publiée sur son site web et datée du 20 février 2012, on pouvait lire :

« Je suis aujourd’hui consultant en Stratégie et Marketing avec ma petite structure, souple et efficace au service des Ligues, Fédérations et clubs. » [2]

Pourtant, dans sa déclaration à la HATVP, au titre des « activités de consultant exercées à la date de l’élection ou de la nomination et au cours des cinq dernières années », on trouve la mention « Néant »...

Cette activité de consultant (qui ne l’empêchait pas de percevoir des indemnités chômage entre 2011 et 2014), Christophe Bouchet la menait au sein de la SAS Goald, créée en 2006. Cette société est évoquée, dans sa déclaration d’intérêt, au titre des « participations financières directes dans le capital d’une société à la date de l’élection ou de la nomination », mais il est indiqué que la participation financière de l’élu, qui est pourtant actionnaire à 90 %, s’élève à 0 euro. En commentaire, on peut lire « évaluation jamais effectuée mais proche de zéro à date ». On en viendrait presque à penser que M. Bouchet exerçait ses activités de consultant à titre bénévole, si l’entreprise Goald n’affichait pas un chiffre d’affaires de 318 000 euros pour 2009 et de 130 000 euros en 2011.

On peut aussi citer l’entreprise Easi Marketing, dont Christophe Bouchet est toujours « Chief Executive Officer » d’après son profil LinkedIn. Il n’est pas non plus fait état de cette activité dans sa déclaration.

Fortune immobilière

Autre participation au capital d’une société : une société civile de construction vente (SCCV) dont le nom est masqué. Encore une fois, l’évaluation de la participation financière s’élève à 0 euro. Ici, on peut lire en commentaire : « Valeur pas déterminable à date. Immeuble en construction ». Bien sûr, ce commentaire fait sourire : on n’image pas que M. Bouchet se soit lancé dans la construction d’un immeuble en vue de le vendre sans avoir procédé à une estimation des bénéfices qu’il était possible d’en tirer. Mais on n’en saura pas plus ici.

En revanche, cette information est intéressante dans la mesure où elle éclaire une phrase parue dans le quotidien local La Nouvelle République en date du 21 octobre dernier. A propos de la relation entre le nouveau maire de Tours et le président de la métropole, Philippe Briand, on pouvait lire :

« Les deux hommes se retrouvent aussi sur le même terrain professionnel, celui de l’immobilier, dont ils tirent une partie de leur fortune. »

Si le montant et la provenance de la fortune personnelle de Philippe Briand sont connues, on n’imaginait pas que Christophe Bouchet évoluait sur le même terrain. Sa biographie n’en fait pas mention, et sa déclaration d’intérêt est quasi muette sur le sujet. Outre la SCCV apparemment sans valeur précédemment évoquée, il n’est question que de ses participations dans deux SCI qui correspondent aux résidences principales et secondaires du couple Bouchet. Or, ces participations ne donnent pas une idée fiable de la valeur de ces résidences : pour la résidence principale du couple, la participation de M. Bouchet dans la SCI est évaluée à 400 000 euros, ce qui fait sourire vu la taille et l’emplacement de la propriété en question — la demeure est située près de la Tranchée, sur le coteau de la Loire.

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1 380 mètres carrés, une modeste opération

Ce que l’on sait, c’est que Christophe Bouchet a réalisé une grosse opération immobilière avant les élections municipales de 2014 : il a fait construire vingt-et-un logements « au cœur d’un parc boisé classé », c’est-à-dire en bordure de sa propriété. Le permis de construire avait été déposé en octobre 2011. Modeste, il déclarait alors à un journaliste de La Nouvelle République qu’il s’agissait d’une opération « de faible ampleur » [3]...

Du foot et des bagnoles

Dernier oubli notable : au titre des « participations aux organes dirigeants d’un organisme public ou privé ou d’une société à la date de l’élection ou de la nomination ou lors des cinq dernières années », Christophe Bouchet néglige de préciser qu’il a été vice-président du Tours Football Club entre janvier 2009 et novembre 2011. Or, il expliquait lui-même sur son site avoir quitté ses fonctions « pour de nombreuses raisons mais surtout pour ne pas être soupçonné de conflits d’intérêts dans mon parcours politique ». Dommage, dans ce cas, d’oublier cette information dans une déclaration qui vise justement à identifier les conflits d’intérêts.

Enfin, depuis son élection Christophe Bouchet a étendu ses activités à un autre secteur : la voiture électrique. Sur LinkedIn, il se présente comme « associé-fondateur » de Ma Dinghy, une entreprise qui créé des « véhicules ludiques électriques » et veut « réconcilier l’amour de la belle carrosserie et du rouler collection avec les enjeux écologiques ». L’entreprise ayant été fondée en 2016, il est normal qu’elle n’apparaisse pas dans la déclaration d’intérêts de M. Bouchet. Mais cet investissement est à garder en tête, à l’heure où les collectivités locales multiplient les déploiements de bornes de recharge pour véhicules électriques et hybrides rechargeables.


P.-S.

MAJ du 06/11 : le document de la HATVP ne semble plus disponible, vous pouvez néanmoins y avoir accès en cliquant sur « info document » ci-dessous.


Notes

[1Les règles sont rappelées dans le guide du déclarant de la HATVP. L’absence de déclaration ou les omissions et fausses déclarations entraînent une action publique et est puni d’une peine pouvant atteindre trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

[2Le site christophebouchet.fr renvoie désormais vers le site officiel de la ville de Tours, mais le contenu reste disponible en cache.

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