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Le meurtre d’une femme déguisé en « drame conjugal » par La Nouvelle République

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Lundi 19 février, un habitant de Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher) a tué sa femme de deux coups de couteau. L’article du quotidien local qui en rend compte évoque un « drame familial » et un « drame conjugal ». Des expressions qui minimisent les faits.

C’est une formule qui banalise les crimes machistes, mais qui revient souvent dans les titres de presse. Le collectif Prenons la une, qui lutte « pour une juste représentation des femmes dans les médias », conseille d’ailleurs aux journaliste d’en bannir l’usage :

« Bannir les termes « crime passionnel » ou « drame familial ». Ils minimisent l’acte de l’agresseur en le considérant comme emporté par l’amour et la passion. Si ces termes sont employés par les avocats de la défense ou la police, le journaliste doit les employer entre guillemets et les présenter comme un argument d’une des deux parties. En tant que journaliste, nous privilégions les termes de « meurtre conjugal », ou « meurtre par le partenaire intime ». » [1]

Malgré ces recommandations, La Nouvelle République a de nouveau employé ce type de formule pour parler du meurtre qui s’est produit le 19 février 2018 dans la commune de Lamotte-Beuvron. Sous le titre « Drame conjugal à Lamotte-Beuvron », on peut lire :

« Un drame familial s’est produit ce lundi midi à Lamotte-Beuvron. Une femme de 88 ans a été tuée de deux coups de couteau portés au cœur. »

L’emploi du mot « drame » pour qualifier un crime, associé aux qualificatifs « conjugal » ou « familial », minimise l’acte et le renvoie à la sphère privée. Pourtant, les meurtres de femmes par leur partenaire ou leur ex-partenaire sont un phénomène massif : en 2016, on relevait 123 affaires de ce type ; en 2017, la journaliste Titiou Lecoq en a relevé « au moins 110 » [2].

On retrouve l’expression « drame familial » dans de nombreux articles publiés par La Nouvelle République. Parfois, elle est employée par les gendarmes (Il tue son ex-promise et met fin à ses jours) ; parfois, c’est le procureur qui l’emploie (Un agriculteur, sa femme et ses trois enfants retrouvés morts) ; dans d’autres cas, c’est bien une expression employée librement par la rédaction (Il tue sa femme et se retranche avec un fusil).

Comme le notait le site Acrimed dans un article daté du 12 février 2018 :

« Les cas de violences sexuelles et de féminicides émergeant dans l’actualité [sont] abordés comme des faits divers et déformés selon des biais langagiers trop bien connus. La permanence de ces travers (...) montre la résistance des clichés sexistes au sein des rédactions. »


P.-S.

Voir aussi le blog Les mots tuent, compilation d’articles pour dénoncer le traitement journalistique des violences faites aux femmes.


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