Grève du personnel de neurochirurgie au CHU de Tours : lettre ouverte à la Ministre

En grève depuis le 28 décembre, le personnel de neurochirurgie du CHU de Tours alerte sur les conditions de travail au sein du service. Conditions de travail détériorées qui ne peuvent que porter préjudice non seulement aux personnels de santé mais aussi aux usagers. Lettre ouverte à Madame la Ministre des Affaires sociales et de la Santé.

Madame la Ministre,

Nous avons souhaité vous interpeler, via ce courrier, sur une situation qui pour nous, soignantes et soignants du CHRU de Tours, touche « notre cœur de métier ».

Tout d’abord, commençons par un récapitulatif de la situation. Un plan de restructuration : le Copermo (comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins) a été signé par votre prédécesseur courant avril 2017. Ce plan prévoit la fermeture de près de 350 lits d’hospitalisation et la suppression de 400 postes de soignants dont 30 de médecins.

Aujourd’hui, le service de neurochirurgie de l’hôpital de Tours (28 lits d’hospitalisation complète et 8 lits d’hospitalisation de semaine) subit une réduction capacitaire avec la fermeture de son unité d’hospitalisation de semaine et conjointement l’ouverture de 2 lits d’hospitalisation complète. Parallèlement à cette fermeture de lits, la direction a décidé de supprimer 12 postes de soignants (infirmiers, aides soignants et agents hospitaliers confondus). En résumé les effectifs attribués au nouveau service d’hospitalisation complète pour 30 lits seront moindre que pour les 28 lits antérieurs.

Cette restructuration a fait l’objet de nombreuses rencontres avec notre direction, basées essentiellement sur la suppression de ces postes et les conditions de travail qu’elle allait engendrer pour les personnels. Malheureusement, les seuls groupes de travail proposés par notre hiérarchie portaient uniquement sur nos futures fiches de poste et non sur une réelle négociation. En résumé notre seule prérogative était de décider par nous-mêmes : comment nous allions pouvoir travailler « encore » plus avec « encore » moins de personnel. Dans ce but, une expertise a été sollicitée et effectuée en novembre dernier. Malgré les recommandations du cabinet d’expert mandaté portant sur l’incohérence entre les effectifs futurs et la charge de travail, sur les difficultés et le risque inhérent de glissement de tâches, la direction a décidé de faire adopter son projet sans en modifier une ligne.

Aujourd’hui, les soignants et soignantes du service de neurochirurgie (équipes de jour et de nuit) sont en grève. Nous souhaitons via ce mouvement, alerter sur nos futures conditions de travail qui vont aller à l’encontre de la déontologie qui nous a été enseignée lors de nos différents cursus de formation. On nous a appris à prendre en soin un patient dans sa globalité (physique, psychologique et sociale). On nous demande également de former les futurs soignants.

Mais justement demain, pour notre plus grand désarroi, nous ne serons plus en capacité d’effectuer ces missions correctement. Car le manque d’effectif chronique, les diminutions annoncées vont nous obliger à ne plus « soigner » correctement et dignement nos patients. Ils feront aussi que les élèves supposés venir se former au sein de nos services seront réduits à de la main d’œuvre supplémentaire. Et en jouant sur notre dévouement, le plus inquiétant voire angoissant pour nous soignants, c’est que l’on va nous obliger, faute de temps, faute de personnel suffisant, faute de reconnaissance, à cautionner la déshumanisation annoncée de l’hôpital public.

Qu’adviendra-t-il de tous ces soignants que l’on aura menés à bout, usés, brisés et devenus incapables de continuer d’exercer un beau métier qu’ils ont pourtant choisis tout en en connaissant les sacrifices implicites (confrontation à la douleur, à la déchéance, à la mort…). Certains ont déjà choisi d’abandonner …

Le malaise soignant n’est pas un mythe, il est bien réel. Il gonfle chaque jour un peu plus. Peut-être même deviendra-il, comble de l’ironie, question de santé publique quand demain dans ce pays où on s’inquiète d’une désertification des soins, en plus des médecins il n’y aura plus d’infirmiers, d’aides soignants, d’agents hospitaliers pour nos concitoyens.

Les politiques de vos prédécesseurs ont eu pour objectifs de vouloir rendre rentable l’hôpital public, ils en ont fait des entreprises. A votre tour de vouloir moderniser l’hôpital de demain avec le virage ambulatoire, cette décision s’applique déjà sur le terrain en supprimant et sacrifiant les personnels hospitaliers. Alors pour finir, madame la ministre, après avoir entendu votre déclaration quant à la nécessité de ne plus réduire les effectifs soignants, nous vous demandons également des actes en cohérence avec vos propos et nous vous sollicitons pour un rendez-vous.

Nous sommes en grève depuis le 28 décembre 2017, nos revendications sont les suivantes :

• Concernant les effectifs infirmiers : pour les équipes de jour, 3 postes matin et soir + un poste de coupure la semaine, 2 postes matin et soir + un poste de coupure le weekend, pour l’équipe de nuit 2 postes 7 jours sur 7 et le recrutement d’un ETP IDE de nuit pour assurer la prise des congés annuels.

• Concernant les effectifs AS : 5 postes le matin et 4 l’après-midi, 7 jours sur 7 pour l’équipe de jour, 2 postes 7 jours sur 7 pour l’équipe de nuit.

•Concernant l’équipe ASH : le recrutement d’un poste supplémentaire.

•Amélioration des conditions de travail, respect de la planification des congés annuels, journées de formation continue, et autres absences.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre très haute considération.

Le personnel de neurochirurgie mobilisé soutenu par les syndicats CGT et SUD

P.-S.

Un rassemblement de soutien aux grévistes est organisé le samedi 13 janvier place Jean Jaurès à Tours entre 14h et 16h.