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Mai 68 en Touraine : cinquième semaine, retour à la normale

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Retour sur les événements des mois de mai et juin 1968 en Touraine. A partir du 10 juin, le mouvement de contestation s’éteint : bientôt il ne reste plus qu’une poignée d’entreprises en grève. Les tensions restent cependant fortes en Touraine, en particulier à Saint-Pierre-des-Corps.

Lundi 10 juin

Alors que le retour à la normale prend de plus en plus d’ampleur chez les travailleurs, à Tours il n’y a toujours pas de cours dans le Secondaire et le Supérieur : seul au lycée Balzac les grévistes sont minoritaires. La reprise est cependant totale dans le Primaire, même s’il faut encore retrouver le rythme. Dans le secteur privé, les établissements Cadoux, en grève depuis le 20 mai, maintiennent la pression, idem chez BDS. A Forclum, des négociations sont en cours.

Si la grève générale semble belle et bien morte, la lutte continue, et la NR écrit :

Après une période d’accalmie, de nombreux affichages et inscriptions sont de nouveaux effectuées, tant sur la voie publique sur les immeubles publics ou privés. (…) C’est pourquoi la Municipalité fait appel à la sagesse des dirigeants des organisations politiques, syndicales (…) pour mettre fin à ces agissements préjudiciables.

Dans le reste de la région, l’ambiguïté est de mise : à Blois s’il y a une reprise chez Paul Hug ; Air-Equipement, Rolo-Diesel et l’imprimerie Del Dice sont toujours en arrêt. Dans la Cher, même chose : reprise chez Michelin mais maintien chez Nord-Aviation, Maître-Sport et les établissement Permis. Logique identique dans le Loiret où la grève est maintenue chez Plice Leclanché. Si la reprise est quasi complète, il reste malgré tout une minorité de travailleurs qui sont toujours en grève.

Mardi 11 juin

Alors que la plus grosse partie des grévistes a repris le chemin du travail, l’Union Départementale de la CGT « appelle les travailleurs qui poursuivent la lutte à resserrer leur unité et demande avec force à ceux qui sont rentrés victorieux d’organiser massivement la solidarité matérielle et financière pour les aider à vaincre rapidement ». Fin de la grève chez Hutchinson.

Ce mardi, de nombreuses réunions ont lieu entre parents d’élèves et professeurs grévistes, notamment au lycée Descartes. Le foyer de l’Olympia est investi par les comités d’action lycées.

Mercredi 12 juin

A Tours, c’en est fini de la grève chez BDF et à la SIMAT : les propositions patronales sont acceptées. Idem chez Forclum, la dernière entreprise du bâtiment en grève. Aucun changement en revanche chez Cadoux où les locaux sont de nouveaux occupés. Par solidarité, une heure de débrayage est actée dans toutes les entreprises privées de Tours. Dans le même temps, les lycées rouvrent leurs portes.

Dans la région, cela se durcit dans la Sarthe : grand meeting chez Renault (3 000 ouvriers présents) pendant que les ouvriers des établissements Carel et Fouché votent de nouveau la grève et l’occupation des locaux. Et si les ouvriers de chez Schneider reprennent le travail, de nombreux débrayages ont lieu suite aux événements de Sochaux et de Meulan. Au Mans, une manifestation silencieuse de lycéens regroupe 350 jeunes qui finissent par faire un sit-in devant la préfecture. Dans le Loir-et-Cher, à l’appel de la CGT et de la CFDT, les ouvriers de la plupart des entreprises importantes du département ont cessé le travail entre 15h et 16h (activité suspendue de manière quasi générale) en soutien aux travailleurs toujours en grève. Dans le Loiret, nouveaux affrontements entre les étudiants de Poitiers et les forces de l’ordre, suite à l’interdiction des manifestations et des associations par le préfet.

Jeudi 13 juin

Signe de la grande nervosité et des tensions qui règnent encore dans la région, cet épisode qui s’est déroulé à Saint-Pierre-des-Corps. Plusieurs militants proches du mouvement de Royer ont voulu coller des affiches et distribuer le journal L’Espoir, journal pro-maire, à Saint-Pierre-des-Corps. A 10h05, un militant communiste les remarque. S’ensuit ce récit raconté par les apprentis-colleurs :

Quelques minutes plus tard, (…) trois voitures apparaissaient (…). Poursuite (…). Nous étions arrêtés aux abords d’un carrefour (…) lorsqu’une Simca 1000 beige arriva et freina brutalement (…). Quatre hommes en sortirent armés de barres de manches, de pioches, de manivelles (…) et frappent les voitures. Quatre autres véhicules arrivent. (…) Ceux qui n’ont pas regagné leurs voitures sont frappés, blessés (…) pare-brise cassés, carrosseries enfoncées, lunettes pulvérisées (…). Deux des nôtres sont pourchassés sur la levée de la Loire (…) une troisième équipe sera rouée de coups (…) un de nos compagnons sera amené à la mairie de Saint-Pierre puis libéré.

A cette occasion, le conseiller municipal Goguet restera plus d’une semaine au lit dans l’impossibilité de mettre un pied à terre.

Il faut dire que rien n’est terminé. A Tours, les ouvriers des Établissements Cadoux entament leur 23e jour de grève. Des piquets de grève ont été décidés depuis mardi alors qu’un quart des effectifs souhaitait reprendre le travail :

« Il ne s’agit pas de rechercher un acte d’héroïsme à rester pratiquement seul dans la lutte pour la région tourangelle (…) mais déjà la solidarité s’organise chez ceux qui ont obtenu satisfaction et ont repris le travail, pour venir en aide à ceux que l’intransigeance des patrons ont conduit à poursuivre la grève. »

Dans le reste de la région, la dernière usine en grève dans l’Indre, les pompes Guinard, vient de voir ses grévistes voter pour une reprise le lundi 17 qui suit. Les 800 grévistes ont fini par obtenir gain de cause. Dans la Sarthe, les salariés de l’entreprise Schneider (2 200 personnes) reprennent le travail à une faible majorité de voix, comme aux établissements Carel et Fouché où l’occupation et la grève sont arrêtées. Il ne reste plus guère que Air-Equipement et Rolo-Diesel (une reprise semble avoir été décidée pour mardi 18 juin) à Blois, Jaeger-AMA à Vendôme, Delattre-Levivier à Saint-Laurent-des-Eaux pour être toujours arrêtées.

Vendredi 14 juin

Les reprises continuent toujours, dans le Loiret. Après la défection de Malichaud, il reste deux établissements en grève : l’usine Renault de Saint-Jean-de-la-Ruelle et celle de la SFCM, toutes deux en attente d’informations venant de la capitale. Attente identique au Mans à la régie Renault. Les établissements du tabac de Sarthe ont décidé la reprise du travail, à l’instar des ouvriers de Nord-Aviation qui reprendront le chemin de l’atelier lundi 17. A Tours, le directeur de Cadoux rencontre les salariés.

Samedi et dimanche 15 et 16 juin

Les discussions entre le directeur de Cadoux et les salariés n’ont toujours rien donné. Sur les 800 ouvriers, ils sont encore 600 à voter la poursuite de la grève. Le comité de grève d’affirmer : « les employés et cadres désireux de reprendre le travail ne cherchent manifestement pas la solution de force même si celle-ci peut se justifier au nom de la liberté du travail ». Le même comité dénonce par ailleurs une « pression sur le personnel sous la forme d’une lettre adressée à tous les foyers ». Il faudra attendre le vendredi 21 juin pour que la grève s’arrête chez Cadoux, et avec elle, les luttes entreprises en ce joli mois de mai 1968.



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