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« En finir avec la violence d’État » : les vœux de la famille d’Angelo Garand

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Neuf mois après le meurtre d’Angelo par l’antenne du GIGN de Joué-lès-Tours, sa sœur Aurélie et sa famille sont toujours aussi combatifs et toujours aussi solidaires des victimes des violences policières : la solidarité est une arme !

Ce 30 décembre, nous voilà 9 mois après la mort d’Angelo. Sans qu’on s’en rende compte, l’hiver s’est installé pour de bon, 2017 touche à sa fin, et le monde s’apprête à fêter le premier jour de l’an qui vient. Le 30 mars de cette funeste année qui s’achève, notre proche Angelo Garand a été tué de 7 balles dans le torse par deux gendarmes de l’antenne du GIGN de Tours. Chaque 30 du mois, notre famille revit cruellement le cauchemar de cette journée, et ressent le besoin de rappeler ce qui s’est passé, ainsi que notre détermination à tout faire pour que la justice parvienne à le prouver, pour que tout le monde le sache. C’est encore plus vrai en ces temps de fêtes familiales, d’espoirs et de vœux partagés pour de meilleurs lendemains, en souvenir aussi des êtres chers qui sont partis et qui n’en vivront plus rien. En 2018 comme après, ce sera encore et toujours pour nous ce combat à continuer, à la mémoire d’Angelo et de toutes les victimes de la violence abusive des forces de l’ordre. Nous le devons à nos enfants et à tous les enfants, à qui nous souhaitons un monde plus juste, égalitaire et solidaire.

Des vœux pour que la Justice soit faite et que la Vérité soit dite

Angelo était un Voyageur de 37 ans. Il avait trois enfants, âgés de 12, 17 et 19 ans. À 22 ans, il avait été condamné à de la prison ferme pour conduite sans permis et bagarre, basculant ainsi dans l’inextricable engrenage carcéral, d’où la réinsertion devient mission quasi-impossible. Une vie de prisonnier, avec toutes ces fins d’années passées en cellule, loin des siens. En septembre 2016, alors qu’il était incarcéré pour vol à la terrible prison de Vivonne, près de Poitiers, Angelo avait obtenu une seule journée de permission de sortie familiale, afin de venir nous voir près de Blois. Puis au lieu de regagner la prison, il n’avait pas résisté à la tentation de rester auprès de nous, en famille. Il savait bien qu’un jour il serait repris, que sa peine serait alourdie, mais jamais il n’aurait pensé trouver ainsi la mort. 6 mois plus tard, le 30 mars dernier, Angelo est venu chez nos parents à Seur, pour partager un repas. Vers 13 heures, un commando de l’antenne du GIGN de Tours a surgi pour l’interpeller. Angelo s’est alors réfugié dans une petite remise à sa portée. Les gendarmes ont brutalement mis à terre et en joue les proches présents sur les lieux, pendant la fouille du terrain familial. Ils allaient repartir bredouilles quand un léger bruit s’est fait entendre dans la petite remise où Angelo se cachait. Cinq hommes du commando s’y sont précipités et aussitôt, sans sommation, des tirs ont été entendus par nos proches horrifiés, immobilisés tout près.

Nous contestons formellement la thèse de la légitime défense, privilégiée par le procureur de Blois. La volonté d’interpeller Angelo ne nécessitait ni l’usage des armes à feu, ni l’envoi de ce commando disproportionné. Nous nous sommes très vite constitués parties civiles grâce au collectif « Urgence notre police assassine » qui nous a conseillé sur les premières démarches à accomplir. C’est ainsi qu’un mois et dix jours après, nous avons pu accéder au dossier et y apprendre combien de balles ont été tirées sur Angelo, et par qui.

Le 25 septembre, la juge d’instruction chargée de l’information judiciaire s’est déplacée à Seur chez nos parents, pour examiner notamment la remise où Angelo a été abattu. Puis elle a auditionné les deux gendarmes auteurs des tirs mortels. Dans la soirée, alors que le procureur souhaitait les placer sous le statut de témoins assistés, la juge a décidé de les mettre en examen pour « violences volontaires avec armes ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». De cette première importante avancée, nous avons pris acte. Avec espoir car cette décision marque une prise en compte de nos témoignages et des éléments factuels du dossier. Avec prudence aussi car nous savons combien longues et difficiles sont ces procédures qui mettent en cause des gendarmes ou policiers ayant mortellement abusé de la force dont ils sont dépositaires au nom de l’État. Toutes les familles des victimes le savent, tout le monde devrait le savoir.

Des vœux pour que l’égalité devienne réelle

Comme tous les pauvres et les discriminés, nous savons aussi que malgré la devise de ce pays, nous n’y sommes pas réellement traités à égalité par ses institutions, ses forces de l’ordre, sa justice. Avant qu’Angelo ne soit mis à mort par des gendarmes faute d’avoir réintégré sa cellule, il était condamné à vivre sans liberté. Il nous tient à cœur d’inviter l’ensemble de la population à interroger ce contexte, cet engrenage pénal et carcéral dont Angelo n’a pu sortir vivant : qui met-on en prison, pourquoi, dans quelles conditions, avec quelles perspectives de réinsertion, quelles conséquences pour les détenus, leurs familles, et finalement, pour toute la société ? C’est pourquoi avec notre comité de soutien, nous avons choisi de proposer fin février une soirée-débat à Blois sur ce thème. En attendant de revenir plus en détails sur cet événement, nous formons des vœux pour que face à la justice et à la police, l’égalité devienne réelle, sans peines perdues, ni vies sacrifiées.

Des vœux pour un élan toujours plus large de solidarité

Chaque mois notre collectif « Justice pour Angelo » se réunit à Blois pour travailler à élargir le soutien local, sensibiliser, informer la population, rappeler que la mort d’Angelo n’est pas un cas isolé : en moyenne 15 personnes meurent chaque année entre les mains des forces de l’ordre, sans aucune nécessité ni proportionnalité dans la violence exercée au nom de l’État. Nous formons des vœux pour que cela cesse. Voici 9 mois que nous avons rejoint toutes les familles de victimes dans ce combat pour la Vérité et la Justice, unis par le sort injuste fait à nos défunts. Et quand côte-à-côte nous marchons pour l’un, nous marchons pour tous. C’est ainsi que le 2 décembre dernier, invités par son comité de soutien, nous avons marché à Rennes aux côtés d’Awa, la sœur de Babacar Gueye, tué par la BAC de 5 balles dans le thorax, alors que c’étaient les pompiers qui avaient été appelés au chevet de ce jeune homme en détresse, qui ne s’en prenait qu’à lui-même.

Et c’est ainsi que nous avons ces jours-ci une pensée particulière pour la famille de Wissam El Yamni, violemment interpellé par la police à Clermont-Ferrand une nuit comme celle qui vient, du 31 décembre 2011 au 1er janvier 2012. Wissam est décédé après 9 jours de coma. Sa maman et le comité Justice et Vérité pour Wissam étaient présents à nos côtés le 30 septembre dernier, pour notre Marche de commémoration 6 mois après la mort d’Angelo. Ce jour-là, la Maman de Wissam a rappelé ce que toutes nos familles vivent : « Vous savez pourquoi on n’a pas la paix ? Parce-qu’on n’a pas la justice ». Nous vivons la même chose et en cette période de fêtes mais aussi de douleurs ravivées, nos pensées vont vers ceux et les familles de ceux qui sont partis, comme Wissam, Babacar, Angelo et bien trop d’autres, victimes d’une violence abusive exercée au nom de l’Etat par des forces de l’ordre qui ne savent garder la paix. En cette fin d’année nous pensons aussi à celles et ceux qui, comme Angelo tant de fois, vivent ces heures en prison, souvent pour bien peu, dans des conditions indignes, sans espoir de réhabilitation.

Nous formons des vœux pour que se renforcent et s’élargissent toujours plus nos solidarités, entre nos familles de victimes en lutte, et avec toutes les personnes et organisations qui se sentent concernées, qui refusent de laisser ces injustices perdurer dans notre société. Merci à toutes celles, tous ceux qui sont déjà-là ou qui viendront, merci à l’artiste Kkrist Mirror qui nous offre sa vision, son portrait d’Angelo.

La famille Garand et ses soutiens, le 30 décembre 2017



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