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Chronique d’une année scolaire : joyeux Noël chère professeure des écoles !

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En réponse au mouvement social en cours dans le pays depuis deux mois, le président annonce des mesures sociales et salariales. Joyeux Noël, donc ! Enfin pas pour les femmes enseignant dans le premier degré.

Les fonctionnaires représentent 23% des travailleurs et travailleuses du pays. Réparties entre la fonction publique territoriale, hospitalière et d’État, 5,7 millions de personnes travaillent pour l’État. Macron, de fait, est un des grands employeurs du pays. Il a pourtant omis de se prendre en compte, en tant que tel, lors de son discours présentant les mesures visant à calmer le jeu dans le pays.

Et pourtant, il ne m’a pas oubliée, moi, la femme, qui travaille, qui s’occupe des enfants. Ah, le discours est beau, les trémolos dans la voix pour évoquer la figure de la mère courage. Dans le primaire, là où j’enseigne, les femmes représentent 82% des professeurs. Dans mon école, nous sommes 10 enseignants, 9 femmes et 1 homme. Alors, quand Macron évoque cette figure de la femme laborieuse, je peux la visualiser. Macron l’évoque mais ne s’en préoccupe guère.

Début 2018, la compensation de la hausse de la CSG n’a pas concerné les professeurs des écoles. Elle a été mise en œuvre pour la fonction publique territoriale et hospitalière. En cette fin d’année, les retraités gagnant moins de 2 000 euros en seront exemptés, les professeurs des écoles gagnant moins de 2000 euros, soit 6 femmes sur 9 dans mon école, n’en seront pas exemptées.

Le gouvernement va « demander à tous les employeurs qui le peuvent de verser une prime de fin d’année à leurs employés », cette dernière sera défiscalisée. Mon employeur n’envisage pas de me verser une prime, pourtant il le pourrait.

L’unique solution consisterait à adopter ce célèbre adage sarkoziste : « travailler plus pour gagner plus », car les heures supplémentaires seront versées sans impôts ni charges dès 2019. En tant que professeur des écoles aucune heure supplémentaire n’est possible. Donc même si mon rêve était de bosser plus pour améliorer ma capacité à consommer, je ne le pourrai pas. De plus, cet aménagement provoque chez moi des crispations. Les heures supplémentaires c’est ce qui empêche la création d’emplois, c’est aussi ce qui détériore les conditions de travail de chacun et chacune. En proposer comme pis-aller à une hausse du pouvoir d’achat, c’est continuer à creuser les écarts existants et refuser la création d’emplois nécessaire à la baisse réelle du chômage.

Quelques jours après son discours misérabiliste sur les femmes au labeur, je vais donc continuer à gagner 1600 euros, à payer impôts et taxes, et pardonner à mon patron son absence d’effort pour m’octroyer une prime de Noël.
Ah si, je vais aussi perdre un peu plus d’argent, parce que vendredi 14 décembre j’étais en grève. J’étais dans la rue. Peut-être m’a-t-il vue du haut de son piédestal ? J’en doute.

Deca



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