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Acte 20 des Gilets jaunes : à Tours, « un déferlement de violence gratuite »

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Compte rendu de la manifestation des Gilets jaunes du 30 mars établi par le collectif Steet Medics de Touraine, qui dénonce « un déferlement de violence gratuite et crasse de la part des forces de l’ordre ».

Manifestation plutôt tranquille au départ de la place Velpeau, bon enfant avec des banderoles pleines de revendications, un cortège rouge et noir... La manif avance gentiment sans aucun débordement, de la place Jean Jaurès aux Halles en passant par la rue des Tanneurs jusqu’à arriver place Anatole France où un cordon de gendarmes mobiles (GM) très calmes nous attend. Cependant ce n’est pas le trajet prévu et la voiture sono se retrouve isolée et est donc interpellée et dirigée vers le commissariat, ses occupants arrêtés... Le cortège repart direction les Halles où le mot passe concernant l’arrestation des camarades de la voiture.

Le cortège décide de se diriger vers le commissariat où un dispositif policier important nous attend. La tension est palpable, le face à face dure un petit quart d’heure avant que le cortège ne reprenne sa route… La manif continue gentiment, rue Palissy, boulevard Heurteloup en direction de la place Jean Jaurès et là… ça commence.

Plusieurs camions de la CDI [1] nous suivaient dans chacun de nos déplacements sans heurts jusqu’à l’arrivée vers 17h en bas de la rue Nationale où le dispositif policier a fait une boulette et n’avait pas couvert l’entrée de cette rue commerçante (nid des grosses enseignes, Galerie Lafayette, Pimkie, Fnac…).

Une rangée de CDI s’organise à la va-vite, rejointe par le reste de la compagnie ainsi que par la BAC et des CRS. Les sommations sont faites et les grenades lacrymogènes partent, le lance-grenade multi-coups Penn Arms tire deux fois sa capacité (2x6 coups) au même moment, les GM arrivent du boulevard Béranger au niveau de la Poste et des CRS les rejoignent du côté de l’avenue Grammont et tirent plusieurs grenades lacrymogènes à 100 mètres au lanceur Cougar… À ce moment-là plusieurs personnes sont prises en charge notamment pour des détresses respiratoires dues au gaz lacrymogène. Beaucoup de lavages oculaires et de prises en charge de personnes paniquées.

« Rentrez les gosses, on va charger ! »

Suite à ça le cortège part en manif sauvage, à 100 personnes maximum, sur la rue Colbert, avec une équipe de CRS (ou CDI ?) derrière. La manif laisse cette équipe devant la bibliothèque et repart place Anatole France faire face au cordon de GM. Nouvelle séparation en deux, l’équipe de CDI nous suit à nouveau en direction du Vieux Tours…

Les CDI chargent la manif sauvage jusqu’à la place Plumereau où le mouvement de foule renverse du monde. Les équipes Street Medics essayent de sécuriser des enfants et leurs parents mais certains commerçants refusent l’accès à leurs établissements, tandis que les flics hurlent « Rentrez les gosses, on va charger ! ».

Isolé, le reste de cortège se retrouve et repart direction place Jean Jaurès pour ensuite retourner sur l’avenue Grammont. La manif essuie une salve de grenades lacrymogènes MP3, MP7 et CM6. Une Street Medic est touchée au pied par un de ces tirs, mais a pu s’en tirer sans trop de problème.

« Bande de petites merdes, on va vous éclater »

Les manifestant-es se mettent à courir pour échapper au gaz. Les CRS, CDI et BAC commencent à courser à pied, pour finalement remonter dans les véhicules pour entreprendre une véritable chasse à l’homme. Les flics arrivés à hauteur des manifestant-es, tout le monde se disperse dans les rues direction le Palais des Sports, et là ce sont les interpellations qui commencent… Pour notre part nous (Street Medics) avons été épargné-es mais la majeure partie des manifestant-es n’a pas eu cette chance…

Les manifestant-es mains levées reçoivent des coups de matraques, coups de boucliers et coups de pieds au sol. Pour les plus isolé-es, c’est coups de gazeuse en plein visage et dans la bouche… Les termes employés — rapportés par les différentes victimes — sont tout aussi choquants :

« Vous avez voulu jouer, on va jouer » ; « On n’est pas là pour vous interpeller mais pour vous défoncer » ; « Bande de petites merdes, on va vous éclater » ; « On n’attend qu’une seule chose c’est de pouvoir tirer à balles réelles et vous trouer le crâne. »

Encore des dérives autoritaires crasses, des violences physiques et verbales dans un but d’intimidation, d’instauration d’un climat de terreur. Au total 17 camarades sont placé-es en garde-à-vue, sans compter le conducteur et son passager de la voiture sono de la manif qui ont été relâchés en fin d’après-midi. Certain-es ressortiront le lendemain en début d’après-midi (4-5 semble-t-il), et les dernières seulement le lundi dans l’après-midi…

Plusieurs personnes interpellé-es sont transporté-es à l’hôpital durant la garde-à-vue. Au moins deux ont plus de 10 points de sutures…

Nous attendons toujours quelques témoignages et confirmations pour étayer nos bilans. Tout ce que nous pouvons dire c’est que la répression était disproportionnée, que les forces de l’ordre sont à bout de nerfs et à la limite du contrôlable. L’interdiction de la manif’ par la préfète ne saurait justifier un tel déferlement de violence gratuite et crasse de la part des forces de l’ordre. Manifester est un droit, l’interdiction de manifester est une entrave aux libertés.

Images glanées sur https://larueourien.tumblr.com/



Notes

[1Les Compagnies Départementales d’Intervention (CDI) sont des services opérationnels départementaux de la police nationale. Leur mission principale consiste à maintenir et à rétablir l’ordre public. Pour distinguer les différentes unités de maintien de l’ordre, voir cet article de Copwatch.

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