16 février 1937 : Quand l’aile gauche du parti socialiste critiquait l’action du gouvernement Blum

Le 16 février 1937, le journal Le Populaire publie une motion de la Gauche Révolutionnaire présentée au Conseil national du parti socialiste. Léon Blum est alors au pouvoir depuis près de 10 mois, à la tête d’une coalition rassemblant le parti socialiste Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO), le Parti Communiste Français, et les radicaux.

La Gauche Révolutionnaire est une tendance dirigée par Marceau Pivert, qui réunit alors les militants les plus à gauche de la SFIO. La motion qu’elle présente au Conseil national du parti socialiste ne recueille que 702 mandats, contre 4 642 pour la motion opposée. Son contenu n’en est pas moins intéressant, au regard de la politique menée par le gouvernement socialiste actuel.

Le Conseil national du parti socialiste S.F.I.O. ayant à examiner l’action du gouvernement et du parti depuis juin 1936, enregistre les importants avantages sociaux obtenus par l’action combinée du prolétariat en grève et du gouvernement de Front populaire à direction socialiste, ainsi que l’adoption de nombreuses lois favorables aux masses populaires (Banque de France, Office du blé, etc.).

Constate avec regret que, sous la pression des forces capitalistes, s’exprimant par la censure du Sénat, les combinaisons des chefs radicaux, le sabotage patronal, la fuite des capitaux, etc.,

1. La politique initiale de lutte contre les oligarchies financières s’est peu à peu tempérée, puis transformée en une politique ménageant les intérêts capitalistes ;

2. L’action directe du prolétariat, saluée par le Congrès de Huyghens, a été freinée puis désavouée publiquement au nom d’une « paix sociale » constamment violée par les puissances capitalistes, rappelle que, selon la formule saisissante de Léon Blum « il sera toujours impossible à la classe ouvrière de dissocier d’une façon complète son action directe de classe de son action politique et d’arrêter ou de freiner complètement l’une par la raison que l’on constate un progrès de l’autre » (Congrès de Huyghens, 31 mai 1936).

Le Congrès rend hommage au dévouement et à la bonne volonté du chef du gouvernement. Mais il considère comme dangereux pour les intérêts matériels et moraux des travailleurs et l’avenir du socialisme, une politique caractérisée notamment :
— par la campagne contre les occupations d’usine ;
— par la mollesse de la répression contre les ligues ;
— par l’effacement de l’Assemblée issue du suffrage populaire devant le Sénat conservateur ;
— par la recherche de la confiance des possédants (discours de Vincent Auriol du 16 décembre à la presse), ce qui ne peut qu’entraîner le relèvement des profits capitalistes (discours de Spinasse à l’UTS) ;
— par la nomination des représentants les plus marqués des trusts aux postes de confiance de l’Etat (Rueff, Baumgartner, Coutrot) ;
— par les milliards dissipés dans le gouffre des armements ;
— par les appels répétés à l’union devant le péril extérieur, et les scandaleuses journées du 16 octobre (défense passive) et du 11 novembre (union sacrée).

Le Congrès national s’étonne de la carence persistante de la C.A.P. [1] devant tous ces abandons. Et affirme que le moment est venu pour le parti socialiste d’entamer une campagne énergique pour la nationalisation des principaux trusts et des assurances, pour le contrôle ouvrier sur la production, pour le maintien et le développement du niveau de vie acquis après les grèves de juin, seul moyen d’abattre définitivement le fascisme et d’assurer aux travailleurs la paix, le pain, la liberté.

Le Congrès national demande à nos délégués au gouvernement de ne pas transiger sur la mise en œuvre de ce programme par crainte d’être renversés, car, dans cette hypothèse, la voie serait ouverte à un gouvernement de Front populaire de combat, expression de la volonté réelle des masses, et s’appuyant directement sur elles.

Le rôle essentiel du parti est de préparer les masses à de telles perspectives d’action. C’est pourquoi le Congrès, persuadé que si le parti n’adoptait pas l’orientation ainsi définie, il irait à bref délai à une véritable banqueroute, créant les conditions de la victoire du fascisme.

Le Congrès fédéral demande que les libertés démocratiques et syndicales soient accordées d’urgence aux peuples des colonies, protectorats et mandats.

Notes

[1La C.A.P. était la Commission administrative permanente de la SFIO.


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