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Réfugiés et demandeurs d’asile en Touraine : les conditions d’accueil se dégradent encore

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Expulsions et mises à la rue, transferts brutaux vers d’autres centres d’accueil, maltraitance des résidents, souffrance des personnels : on observe une très nette dégradation des conditions de vie dans les CAO de l’agglomération de Tours. Le centre de Grandmont pourrait être remplacé par un véritable centre de tri et d’expulsion des réfugiés.

L’inquiétude est palpable parmi les résidents des Centres d’accueil et d’orientation (CAO) de Tours (situé à Grandmont) et de Saint-Pierre-des-Corps, et en particulier pour ceux qui sont sous le joug de la procédure Dublin. La plupart des résidents, déjà dans l’attente de réponse des différents organismes qui traitent leur demande d’asile, doivent faire face aujourd’hui à un quotidien qui se durcit et surtout à une incertitude totale et entretenue sur leur situation matérielle immédiate. L’Etat, bien servi par les organismes sociaux d’accompagnement des migrants, a clairement annoncé l’accélération du traitement des procédures d’asile, et entretient de fait une politique de déstabilisation et de maltraitance vis-à-vis de personnes particulièrement fragiles.

Gestion de flux, déportation et brutalisation

Annonces de départs immédiats, transits de quelques jours seulement dans les CAO, transferts de centre d’accueil en centre d’accueil, quand il ne s’agit pas carrément d’expulsions et de mises à la rue, en plein hiver, voici le quotidien que vivent actuellement un certain nombre de demandeurs d’asile des CAO de Touraine.

La trentaine de résidents présents à Grandmont, la soixantaine à Saint-Pierre-des-Corps, subissent de plein fouet ce que l’on peut appeler une véritable gestion de flux mise en place par l’Etat. Face à l’arrivée de nouveaux réfugiés et la fermeture progressive du CAO de Grandmont, il faut pour ADOMA (organisme qui gère pour le compte de l’Etat les CAO sur la Touraine) trouver des places à tout prix, toutes les semaines.

Pour ADOMA, les solutions sont simples : faire jouer à plein le rôle « d’orientation » des CAO, orientation forcée si il le faut. Aujourd’hui le mouvement de redéploiement s’accélère pour atteindre une dizaine de cas par semaine. Les personnes concernées sont prévenues quasiment le jour pour le lendemain, doivent abandonner brutalement le peu de sociabilité qu’elles ont pu tisser, et se retrouvent encore une fois devant des fonctionnements nouveaux, avec des personnes nouvelles. Les plus chanceux obtiennent une place en CADA, quand ils ont obtenu le droit d’asile, voire un logement. D’autres sont envoyés en PRADHA, véritable centres de rétention et antichambres de l’expulsion.

Et si cela ne suffit pas, toutes les opportunités sont bonnes pour permettre la libération de places. Ainsi, plusieurs réfugiés se sont vus signifier leur exclusion du CAO de Saint-Pierre-des-Corps sous différents prétextes. D’après la direction d’ADOMA, ils enfreignent un règlement intérieur que la plupart d’entre eux a bien du mal à comprendre, tout comme les avertissements et mises en demeure qu’ils reçoivent par voie postale et qu’ils sont tout simplement parfois incapables de lire. Sous couvert de légalisme, de respect de règles de vie communes, on assiste à une véritable maltraitance institutionnelle, qui se solde par des mises à la rue.

Certains réfugiés sont en grande détresse et présentent des troubles psychologiques graves.

Amplification de la politique d’expulsion : du CAO au CAES

Et la situation risque bien de s’empirer pour les réfugiés qui vont arriver en Touraine. Tout laisse penser en effet que le CAO de Grandmont, dont le nombre de résidents diminue régulièrement, devrait être remplacé par un Centre d’accueil et d’évaluation de situation administrative (CAES). Annoncées fin juillet par le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, ces structures ont été conçues dans une logique de triage et d’accélération des flux.

Ainsi ces centres ont vocation à être des sites de passage, pour quelques jours seulement. Ils se révèlent être de véritables guichets uniques de l’accueil des réfugiés, pour le pire, surtout. Si, sur le papier, ils entendent être un lieu d’accueil « dans des conditions dignes », ils seront d’abord un lieu où se fera une évaluation « accélérée », sous huit jours, de chaque situation administrative. S’y trouveront conjointement les services de la préfecture, de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) et de l’opérateur (ici ADOMA)
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Pour l’Etat l’objectif est de permettre une orientation immédiate des réfugiés en fonction de leur situation : en CAO pour ceux dont les dossiers sont en attente de traitement, en CADA pour ceux qui ont obtenu le droit d’asile, ou en centre de rétention avant expulsion — renvoi immédiat vers leur pays d’origine pour les déboutés, ou vers leur pays d’arrivée dans l’Union européenne pour les « dublinés ». Ces CAES actent clairement la décision de l’Etat de renforcer les renvois massifs vers les pays d’origine, aussi bien pour les déboutés du droit d’asile que pour les exilés « dublinés ».

Sous prétexte d’assurer une gestion « efficace » de la question migratoire, l’Etat mène et amplifie une véritable politique de maltraitance. Pendant ce temps-là, sur le terrain, dans les CAO, pour les réfugiés qui y résident, comme d’ailleurs aussi pour les travailleurs sociaux largement débordés et au fonctions bien délicates, la vie essaie de continuer. De plus en plus difficilement...



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