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Notre-Dame-des-Landes : « Que la zad conserve une radicalité qui ne soit pas que de façade »

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Dans une lettre aux soutiens du mouvement contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, des habitants rappellent que si « la zad n’a rien a voir avec l’image de camp retranché de dangereux décérébrés véhiculée par les médias (...), la vie sur la zone n’est pas non plus une carte postale de gentil.les néo rural.aux en goguette ». Extraits.

Durant l’année qui vient de s’écouler, les relations entre les différentes composantes du mouvement contre l’aéroport et au sein des occupant-es ne se sont pas simplifiées. L’heure était plutôt à la crispation, sur fond d’incompréhensions mutuelles et/ou de désaccords politiques. Certain.es continuent néanmoins à maintenir et créer des ponts entre ces réalités qui se frottent et se heurtent. C’est plus que compliqué, et en même temps passionnant. On ne l’échangerait pour rien au monde avec une vie bien rangée. Mais ça nous pose beaucoup de questions qu’on aimerait partager, et c’est difficile de raconter tout ça sans rentrer dans les détails. Même si ces frottements ne sont pas nouveaux, la perspective de l’abandon de l’aéroport, que semble ouvrir le rapport de la médiation, met une pression supplémentaire autour de ces embrouilles. Pourtant, l’enjeu de penser ensemble l’avenir de la zone reste fondamental pour beaucoup.

La zad n’a donc rien a voir avec l’image de camp retranché de dangereux décérébrés, véhiculée par les médias afin d’occulter le fond politique de ce qui est inventé ici au quotidien. Pour autant, la vie sur la zone n’est pas non plus une carte postale de gentil.les néo rural.aux en goguette. Comme partout, il y a des conflits d’usages, des embrouilles, des dérapages. Mais ici, nous tentons de régler ces questions collectivement, sans recours à des flics, à des juges, des matons ou des psys. Nous y mettons beaucoup d’énergie parce que nous croyons que c’est possible. Ce que certain-es appellent « zone de non-droit » est pour nous une zone où nos fonctionnements sont pensés, discutés, questionnés quotidiennement, et soumis à l’épreuve des différentes réalités. C’est leur loi qui punit les pauvres et protège les riches, leur loi qui met hors-la-loi, réprime la solidarité, les personnes sans-papiers, l’habitat libre et tant d’autres. Ce qu’ils appellent « non-droit », nous l’appelons « hors-normes ».

N’en déplaise à ceux qui veulent nous aménager en zone pacifiée de commerce équitable, nous souhaitons continuer à produire et/ou vivre, hors cadre et hors normes. Nous voulons aussi continuer à inventer d’autres manières de partager et d’échanger en dehors du seul lien marchand, pour être moins dépendant.es de l’état et du marché, mais aussi pour nos voisin.e.s et pour soutenir d’autres luttes. Nous désirons aussi continuer à définir nos propres règles et gérer nos conflits. On n’a pas de réponse prémâchée sur comment vivre autrement dans ce monde, sur les contradictions qui nous traversent, et les compromis qu’on est prêt.es ou pas à accepter.

Nous voulons prendre soin ensemble des espaces communs (routes, espaces boisés, prairies, lieux de réunion...) ; travailler à renforcer les liens de confiance qui nous unissent déjà à nos voisin.e.s, et à déconstruire les préjugés et les fantasmes qui nous séparent de beaucoup d’entre elleux (notamment via l’organisation d’info-tours dans les bourgs alentour, la participation à la dynamisation du bourg voisin...). Pour autant, nous ne voulons pas d’une zad où seul.e.s pourraient rester celleux qui présenteraient bien devant les journalistes, accepteraient de prendre un statut légal ou pourraient/voudraient bien payer des factures. En d’autres termes celles et ceux qui ne feraient pas tâche sur la photo de famille. Nous voulons que la zad reste diverse et surprenante, qu’y cohabitent des gens aux pratiques variées, parce qu’attaché-es à des idées politiques différentes. Nous avons défendu cette zone ensemble, nous continuerons à l’habiter ensemble.

Lire l’intégralité du texte sur le site zad.nadir.org : Lettre aux comités locaux, aux soutiens du mouvements, et à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le mouvement contre l’aéroport et son monde

Illustration par ValK.



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