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Journal en chantier

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Retour sur les longues journées d’un travail répétitif. Brouette et pioche, la levée de terre, une vie en construction.

Lundi 13 novembre

Au travail, l’instrument bouscule la foule.
Ombres en jachère.
Le bruit féconde le vent en pure perte.
Dire non, c’est tarir le lait — Et souffle le flux des os !
Ici, pour commencer, la roche a percée ;
Le sac de ciment, l’échelle.
Nous sommes hors de portée. Pas moyen de voler.
Où irons-nous dans l’abandon, en rêvant notre colère ?

Mercredi 15 novembre

Le rêve est sans emploi
à quoi bon
Tous les copains s’y retrouvent
Les autres aussi
Même un beau jour l’un d’eux
prendra ma place

Et comme on s’occupe
moins des gens que des chiffres
à quoi bon

Jeudi 16 novembre

Mes mains ne portent plus.
La chair a quelque chose du coquillage
quand on l’oublie.

Qui écoute ?

Même jour

L’urgence est silence.

Le jour a jaillit,
N’y-a-t-il rien de plus beau,
N’y-a-t-il rien de plus vrai ?

Dehors, il faut retrouver les hommes.
Le bruit de la radio cadre mal avec leurs pas.

Poulie et sacs. Repas. Où regarder ?

Ici, le sable et l’enclume,
la craie et l’absence.

Vendredi 17 novembre

Patrons ! Patrons-trottoirs !
Patrons des bouches gonflées des oreilles en morceaux des dos bosselés
Patrons-ciment
Patrons de viandes de terre et de mortier
Patrons semblables aux autres patrons
Patrons-bergers ! Patrons engraissés d’autres patrons !
Patrons ! le soleil est derrière vous.
Mais nous, nous le portons en nous
tout-à-fait apprivoisé,
dans chaque dent brisée dans chaque bras cassé
et notre ombre porte sur le monde
couleur de patrons.

Mardi 21 novembre

C’est dans une petite salle, et pourtant vide comme jetée contre l’écho.
Nous sommes une dizaine à délibérer.
Cependant, il faut bien que nous soyons d’accord.
L’échafaudage, le marquage. A contre vent.
Dans la salle, tout en délibérant, les voix se chevauchent, s’effritent.
Quand le bois cesse d’être un refuge,
Le feu pétrit les heures
sous la terre ou sur la terre.

Mercredi 22 novembre

Le chef a dit non
Même par grande fatigue

Il faut un mur

Parce que les coups
il y en a

A donner son corps
A je ne sais quelle paroi
Frotter gratter gratter frotter

Et se confondre jusqu’aux ongles

Jeudi 23 novembre

Peut-être est-il plus facile de chanter. Peut-être.
Peut-être est-il plus facile de jouer au football.
Ne donne-t-pas aux choses la difficulté qu’elles se donnent ?



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