Hollande, « les journalistes de la France d’en bas » et les hippopotames

Dans un communiqué, le Club de la Presse Val de Loire regrette que certains journalistes locaux n’aient pas été accrédités à l’occasion de la visite de François Hollande en Indre-et-Loire et dans le Loir-et-Cher.

Le 11 septembre, François Hollande, accompagné d’une poignée de ministres, s’est rendu à Monts, à Contres pour visiter l’usine Saint-Michel, et à Saint-Aignan-sur-Cher pour célébrer le 35ème anniversaire du zoo de Beauval.

A l’occasion de cette tournée de première importance, et en particulier lors du passage à Contres et à Beauval, « seul un journaliste de la Nouvelle République a pu suivre [le Président] », les autres journalistes locaux étant « refoulés ».

D’après Laurent Garofalo, président du Club de la Presse (et dirigeant d’une agence de communication basée à Bourges...) :

« Lors des visites du Président en province, les journalistes locaux sont désormais tenus à l’écart. Seule la presse nationale et un, voire deux journalistes issus d’un organe de la PQR sont autorisés à approcher le Président. Tous les journalistes des médias locaux (radios, hebdos, gratuits, Internet…) et les indépendants restent sur la touche ».

On pourrait crier à la censure, et alerter Reporter Sans Frontières pour qu’il intègre ces faits dans son Classement mondial de la liberté de la presse. Mais l’esprit du communiqué est un peu différent :

« Lorsque le Président se déplace en région, il ne devrait pas avoir peur de s’adresser "aux régions" et le meilleur vecteur de communication, c’est sans doute ces journalistes de la France d’en bas, tant méprisés par le service de communication de l’Elysée. »

En fait, ces journalistes locaux seraient ravis de rapporter fidèlement la parole présidentielle dans leurs hebdos, gratuits et sur leurs sites Internet bardés d’encarts publicitaires. Ils veulent juste obtenir un peu de reconnaissance, quelques minutes « d’accès » auprès du prince, histoire d’éclairer un quotidien occupé par les concours de Miss ou par les interviews complaisantes des élus ou patrons locaux. Approcher un ministre, voire le président, c’est autre chose qu’un entretien avec le chef du MEDEF local !

Ces journalistes ne font pas de l’information, mais de la communication. Ils sont dévoués, remettent rarement en cause la parole des puissants, et sont passés maîtres dans l’art de décrire le vide. Une visite au zoo, c’est pile dans leurs cordes. Pourquoi, donc, les mettre sur la touche ? Ce n’est pas eux qui auraient mis un grain de sable dans l’opération de communication présidentielle. On comprendrait presque la peine de Garofalo.

Déjeuner de presse au zoo de Vincennes, 1936

Faut dire aussi qu’elle avait l’air passionnante cette visite. Si l’on en croit les images disponibles sur le site de l’Élysée, Hollande a pris des airs inspirés devant la chaîne de fabrication des madeleines Saint-Michel. Et il a prononcé au zoo de Beauval un discours qui restera dans les annales de l’éloquence politique :

« Je pense que c’est l’un des plus beaux parcs animaliers d’Europe, et peut-être même du monde. (...) Le parc animalier de Beauval, c’est aussi le témoignage de la vitalité économique de ce qu’on appelle nos territoires ruraux. (..) Il faudrait d’ailleurs que j’ai une mention spéciale pour celui ou celle qui vous a offert les deux premiers oiseaux. Car sans ce cadeau (...) il n’y aurait pas aujourd’hui le parc de Beauval. (...) Il y a un million de visiteurs qui viennent à Beauval, c’est-à-dire plus qu’à Chambord. Vous avez réussi, Françoise Delord, à faire mieux que François 1er. (Applaudissements).

Rodolphe, Delphine, Sophie vous accompagnent et c’est ainsi que nous avons ici à Beauval non seulement des oiseaux de toutes sortes mais des gorilles, des pandas (...), et depuis 2012 ils sont ces pandas parmi les vedettes de votre parc zoologique (...) [1]. Il est possible de faire rayonner la France dans le monde tout en chavirant de bonheur un grand nombre de visiteurs, les plus jeunes comme les plus anciens. (...) Vous avez annoncé, et j’y suis sensible, de nouveaux investissements (...). J’ai bien entendu votre message sur la fiscalité (...). Je peux les comprendre, car il vous faut dégager de la marge financière si vous voulez continuer à proposer, pour demain, 2016, c’est tout près, les cétacés qui devront être présentés, et également les hippopotames.

(...) Puis ensuite, je suis allé visiter une entreprise pas loin d’ici, qui fait en sorte de fabriquer des madeleines — et pas seulement des madeleines — Saint-Michel, et vous connaissez bien ces produits. Ils ne servent pas à la consommation ici des animaux, j’ai bien compris que la pomme était l’outil indispensable si l’on voulait pouvoir séduire les animaux présentés. Mais ces galettes, ces madeleines, ces produits qui sont fabriqués avec du lait, avec des œufs qui viennent de la France, nous devons absolument aussi démontrer que nous pouvons être les meilleurs — et nous le sommes — dans l’industrie agroalimentaire. C’est une filière d’excellence là aussi, qui nous permet de dégager près de 10 milliards d’excédents. »

On arrête là, mais ça vous donne une idée de la nullité de l’exercice. C’est bien la peine de pleurnicher parce qu’on n’a pas pu suivre Hollande dans sa découverte de la fabrication de madeleines « avec des œufs qui viennent de la France ».

Notes

[1Là y a un souci dans l’enregistrement du discours, une musique se lance et on n’entend plus rien. Bravo au professionnalisme de l’équipe présidentielle, infoutue de réaliser une captation sonore correcte.


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