Comment meurt la forêt pour que croisse la métropole

Dans le Loiret, les opérations de déboisement visant à construire un nouveau pont se poursuivent. Récit d’une guerre éclair menée par des engins de chantier et des gendarmes pour massacrer une forêt de cinq hectares.

En trois jours, un petit groupe d’hommes déterminés avec 3 conducteurs d’engins, 3 bûcherons à la main et 50 gendarmes peuvent décimer 5 hectares d’une forêt centenaire abritant plus de 130 espèces d’oiseaux. Nul besoin de franchir l’Atlantique jusqu’à l’Amazonie meurtrie pour se figurer ce qu’est une coupe rase et la création d’une avenue haussmannienne au cœur d’une forêt dense. Là-bas, le feu est le préalable à la mise en culture des terres par l’agro-industrie ; ici, c’est l’alliance d’un petit groupe d’écologues, de géomètres, d’urbanistes et de gendarmes qui rendent possible l’utopie de quelques aménageurs-bétonneurs. Sous toutes les latitudes, le problème central reste celui du feu, celui qui brûle dans nos foyers et moteurs et qui métamorphose tout au dehors : paysages, habitats, infrastructures, air. Ce spectacle foudroyant des machines et de leur efficacité macabre signe le triomphe de la combustion thermique sur tous les continents. Que peut la patiente sève qui nourrit le végétal en eau et minéraux face à cette cocaïne industrielle qu’est le pétrole ?

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Ce bois balafré sur 70 mètres de large et près d’un kilomètre de long apparaît comme l’allégorie du devenir-carcasse de la nature en ce siècle. Des restes de restes, des fragments de vivants souffrants logés dans les intervalles d’un damier mondial de béton et de goudron ; des écosystèmes démembrés dont on calcule la valeur précise en « services rendus » pour oublier leur état déplorable ; alors que la mesure continue et obsessionnelle de leur capacité à absorber notre carbone excédentaire trahit le fait que tout ce qui est non-humain continue à être traité en domestique. De ce grand corps à la renverse, au pouls carbonique désormais élevé au prestige de la cotation continue, il ne reste bientôt plus que des indicateurs annonçant impeccablement la mort à chaque biopsie. Montagnes dépecées pour aspirer les terres rares, fleuves contaminés par les jus de nos distillations industrielles, collines arasées en vue d’accélérer les flux, bois fauchés par la tempête usinière : on rabote, on grignote, on menotte. Adieu la rugosité et le divers du monde, place à l’enchevêtrement ininterrompu des constructions et des infrastructures de la grande banlieue planétaire !

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