36 000 expulsions par an : l’objectif d’Etat qui brise des vies

Comme tout le monde s’y attendait, Davit Kandelaki — retenu 21 jours au Centre de Rétention Administrative du Mesnil Amelot — a été expulsé vendredi 31 octobre. RESF37 revient sur les aspects bien concrets des objectifs pour le moins abstraits du Ministère de l’Intérieur.

La dernière fois que nous avons pu échanger quelques mots avec Monsieur Davit Kandelaki, c’était le vendredi 31 octobre vers 18 heures. Il était dans la voiture de police qui l’emmenait à l’aéroport de Roissy, non loin du Centre de rétention administrative où il était enfermé depuis 3 semaines. Il a été embarqué de force dans l’avion Paris-Tbilissi de 20 h 10.

D’après des informations communiquées le 1er novembre, il serait bien en Géorgie, le pays qu’il a fui pour se mettre à l’abri du harcèlement des mafias et pour épargner à sa femme, d’origine arménienne, les discriminations inspirées par l’idéologie nationaliste particulièrement intolérante qui domine dans ce pays.
 
Pour sa femme et ses enfants, les angoisses redoublent. Pendant les 21 jours de son enfermement, ils gardaient espoir, imaginant qu’en France, parmi la chaîne des autorités administratives interpelées par le RESF et ses sympathisants, du Préfet au Président, en passant par le Ministre de l’Intérieur et Matignon, il s’en trouverait bien une pour faire primer le sens de l’humain et le droit de vivre en famille sur les impératifs de la politique d’expulsion des étrangers.

Force est de constater que les multiples fax, courriels et appels téléphoniques répétés auprès des décideurs n’ont pas constitué une pression suffisante pour faire libérer Davit Kandelaki. Nous assistons à un durcissement manifeste de la politique migratoire du gouvernement, d’une façon visible par les rafles organisées à Calais et dans les quartiers populaires des grandes villes, ou d’une façon plus discrète et dispersée, s’agissant des restrictions de séjour pour les étrangers malades, des soupçons de fraude pour les mineurs isolés, des conditions d’accueil des demandeurs d’asile indignes, etc.

Cette xénophobie d’Etat est renforcée par la coordination des politiques de l’Union européenne : chasse aux migrants par Frontex, et contrôles à grande échelle expérimentés en ce mois d’octobre par l’opération « Mos Majorum ».

On nous présente ces politiques comme des objectifs abstraits, à travers des chiffres dont le pouvoir se glorifie. Nous la dénonçons d’autant plus que nous en connaissons les effets humains, souvent insoutenables comme les naufrages en Méditerranée, ou quotidiennement terribles quand elles signifient la séparation des familles, définitive parfois. Tout ça pour que les frontières, leur surveillance et leur maintien, restent la raison d’être des Etats, l’occasion de l’affirmation de leur pouvoir, contre les aspirations des peuples et des personnes à vivre où ils et elles le veulent.
 
Le Réseau Education Sans Frontières d’Indre-et-Loire réaffirme son soutien à Davit Kandelaki et à sa famille, et exprime sa solidarité avec toutes celles et tous ceux qui ont décidé de vivre parmi nous, et qui doivent en avoir le Droit.