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Une candidate FN sur la scène du Temps Machine

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Il est maintenant connu que la salle de spectacle Le Temps Machine, labellisée « Scène de Musiques Actuelles-SMAC » (SMAC), peut-être louée par des entreprises pour l’organisation d’évènements privés. Après la Caisse d’Epargne et les petits-déjeuners du groupement d’investisseurs BNI, c’est bien Véronique Péan, candidate FN aux législatives et cheffe de file du parti en Indre-et-Loire, qui était sur scène lundi dernier.

Ce lundi 22 mai en effet, le Temps Machine a pris du galon… Véronique Péan, candidate Front National dans la quatrième circonscription d’Indre-et-Loire, est sur la scène de la célèbre salle de concert, invitée avec d’autres candidats par la FFB 37 (Fédération Française du Bâtiment). Ce syndicat patronal, adhérent du MEDEF, est un vrai lobby pour qui il est tout naturel de se rapprocher autant que possible des dirigeants politiques [1] pour faire valoir les intérêts de la profession et s’assurer entre autre que l’urbanisation galopante continue de bon train.

Les sujets abordés sont variés, et Véro ne manque pas de mettre l’accent sur ses positions sur le travail détaché et la « clause Molière », qui veut réserver les chantiers de construction aux travailleurs maîtrisant l’usage de la langue française. En creux, l’argument est toujours le même : les travailleurs étrangers sont responsable du chômage. Rien n’a changé depuis l’époque où les affiches du vieux Le Pen déclaraient que « « 1 million de chômeurs, c’est 1 million d’immigrés de trop ! » [2].

Notons au passage que la Fédération Française du Bâtiment est favorable à la clause Molière, comme indiqué dans ce communiqué, sous prétexte qu’elle garantirait « une concurrence sociale loyale » dans le cadre d’une prestation de travail détaché. Comme si le problème était la maîtrise de la langue, et non le contournement massif de la réglementation du travail par le patronat ! [3].

Bref, pour dérouler son discours contre les travailleurs étrangers et en défense du capitalisme français, la candidate du Front National a pu bénéficier de l’acoustique exceptionnelle du Temps Machine. Une chance rendue possible par la politique de location de salle développée par les nouveaux gestionnaires du lieu.

Rappelons que la gestion du Temps Machine est confiée à l’Asso, la grosse structure culturelle locale connue pour gérer le colossal festival Terres Du Son. L’association a récupéré la délégation de service public en 2015, suite à un nouvel appel d’offres de l’agglomération. Parmi les arguments leur ayant permis de décrocher la timbale, il y avait la promesse d’ouvrir davantage les lieux aux acteurs économiques locaux, en louant les salles pour des soirées d’entreprise ou des événements comme celui de la FFB. L’Asso joue d’ailleurs sur plusieurs tableaux, proposant aux mécènes du festival Terres du Son de bénéficier de facilités pour organiser des soirées d’entreprise au Temps Machine. Sur le site du festival, on peut ainsi lire que les mécènes peuvent se voir offrir :

« un accompagnement personnel et personnalisé pour vos projets d’opérations de relation publiques (afterworks, soirées au temps machine ou au sein de votre entreprise »

Pourtant, le cadre légal des structures labellisées « Scène de Musiques Actuelles-SMAC » prévoit, au titre des moyens financiers :

Pour le fonctionnement général de la structure et la mise en œuvre de son projet artistique et culturel, la structure bénéficie d’un soutien financier de l’Etat et des collectivités territoriales partenaires. Ce soutien doit contribuer à asseoir le modèle économique de la structure, de façon à assurer la pérennité du projet d’intérêt général qu’elle porte.

En acceptant, dans le cadre du renouvellement de l’appel d’offres du Temps Machine, une révision à la baisse du montant de la subvention des collectivités locales, les dirigeants de l’Asso ont ouvert en grand les portes de sa salle au privé : banquiers, investisseurs, et patrons du bâtiment s’y sentent maintenant chez eux, suffisamment pour lancer leurs propres invitations, y compris à Véronique Péan qui peut y défendre le programme du Front National. L’intérêt général et la Culture se portent bien.

Illustration : Concert de Little Big, Le Temps Machine le 06.03.2016 par M. Hillairaud | CC BY-NC-ND 2.0



Notes

[2Au sujet du programme économique du Front National, lire « Duplicité économique du Front National », Le Monde Diplomatique, mai 2017.

[3Les illustrations les plus éclatantes de ces abus restent les scandales tel que celui du terminal méthanier de Dunkerque piloté par EDF qui employait grâce à des intermédiaires des ouvriers roumains payés moins du SMIC pour 55h semaine, ou encore l’affaire du chantier de l’EPR de Flamanville, le plus grand chantier de Bouygues, où le préjudice s’élève à plus de 2,5 millions d’euros pour l’URSSAF. Il ne s’agit ici que des gros scandales, ce qui laisser présager du reste des pratiques…

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