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« Nouvelle Ecologie » : le FN se met au vert et s’invite à la bibliothèque de Tours

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Le 15 octobre prochain, le collectif « Nouvelle Écologie » organise à la bibliothèque municipale de Tours une conférence intitulée : « Transition énergétique, indépendance nationale ». Derrière ce collectif, c’est le Front National qui est à la manœuvre.

Ces dernières années, le Front National a multiplié les « collectifs thématiques ». Comme l’expliquait un responsable FN lors du lancement du collectif Racine (consacré à l’éducation) en Indre-et-Loire, il s’agit de « préparer le programme présidentiel de Marine Le Pen pour 2017 ». Les domaines investis sont les suivants :

« la faune (Belaud-Argos), l’éducation (Racine), l’enseignement supérieur (Marianne), la francophonie et la mer (COMEF), la culture (CLIC), les jeunes actifs (Audace), les TPE-PME-PMI (Croissance Bleu Marine), des banlieues (Banlieues patriotes), de la santé (Usagers de la santé) et de la ruralité (Vivre dans nos campagnes) »

Le fonctionnement de ces collectifs ? Quelques conférences, comme celle annoncée le 15 octobre à la bibliothèque centrale de Tours [1], et beaucoup de communiqués de presse. Pour en savoir plus sur le concept « d’écologie patriote », on peut donc lire leurs revues et leurs différents argumentaires.

Verdir la croissance et dénoncer « l’arnaque au réchauffement climatique »

L’écologie patriote, ce n’est pas « rêvasser en vert » mais « faire de l’écologie de manière pragmatique, désidéologisée ». Ainsi, s’il se prononce contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le collectif Nouvelle Ecologie n’est pas pour autant contre la construction de nouveaux aéroports ou centres commerciaux, à condition qu’ils soient pensés « à l’échelle de l’homme » [2].

L’objectif de ce collectif n’est pas de proposer une transformation du système pour tenir compte des enjeux de réchauffement climatique, de pollution, de surconsommation, etc. C’est exprimé très clairement : il s’agit de « verdir la croissance » en « dirig[eant] les acteurs privés sur la bonne voie », comme l’explique le président du collectif dans le deuxième numéro de sa revue, L’Ecologie nouvelle. Au fil des textes, on sent une haine farouche vis-à-vis d’Europe-Ecologie-Les Verts et de « son monopole insolent sur l’écologie ».

Au niveau national, le collectif Nouvelle Ecologie annonçait réunir 500 membres dans sa revue de septembre 2016 [3]. Pourtant, cette même revue n’a été tirée qu’a 150 exemplaires... En Indre-et-Loire, la section compterait une quinzaine de membres, dont Gilles Godefroy, conseiller municipal à Tours, et Jean-Pierre Sanchez, conseiller municipal à Joué-lès-Tours.

D’ailleurs, Godefroy n’hésite pas à investir ces questions au sein du conseil municipal de Tours. Lors de la séance du 12 septembre 2016, il s’inquiétait par exemple des rejets atmosphérique de la société de chauffage du quartier des Rives du Cher. Mais cette nouvelle orientation semblerait plus crédible s’il ne se lâchait pas par ailleurs sur « l’arnaque au réchauffement climatique » : lors du conseil municipal du 6 juillet 2015, il avait conclu une intervention sur ce thème en déclarant :

« Tout le monde veut sauver la planète, c’est un peu fatigant quand même. »

Lors des élections municipales de 2014, Godefroy expliquait aussi à La Nouvelle République :

« Nous voulons relancer le petit commerce qui a beaucoup souffert avec le tram, et remettre la voiture dans la ville, augmenter les places de parkings, nous sommes contre les pistes cyclables. »

Une démarche écologique pro-bagnole, ça c’est novateur !

« Jean-Marie Le Pen considérait l’écologie comme un passe-temps de “bobo” »

Ce n’est pas la première fois que le FN se saisit de la question écologique. Dans une interview donné au magazine Les Inrockuptibles, le chercheur Stéphane François expliquait en 2014 :

« L’écologie apparaît dans des programmes du FN au début des années 1990, dans une optique identitaire, sous l’impulsion de Bruno Megret. Pour celui-ci, il s’agissait de donner une direction nouvelle au FN, en montrant qu’il était soucieux de préserver l’environnement. (...) Toutefois, l’écologie était comprise dans un sens identitaire, car pour les responsables frontistes être écologiste, c’est vouloir préserver le milieu nécessaire à la survie de l’épanouissement des espèces vivantes. De ce fait, dans cette optique, les véritables écologistes sont ceux qui prennent en compte l’immigration comme un facteur déterminant de déséquilibre culturels et/ou ethnique.

A la suite de la scission mégrétiste, la thématique est mise de côté. Ainsi en 2010 Jean-Marie Le Pen considérait l’écologie comme un passe-temps de “bobo”. Le programme du FN de 2012 était quasiment silencieux sur cette question, contrairement à d’autres tendances de l’extrême droite, qui s’intéressent à l’écologie depuis la fin des années 1980. Dans ce programme, le parti frontiste ne défendait qu’une forme de protection de la faune et de la flore, ainsi qu’une défense des paysages. Ceci ne fait pas un discours écologiste, loin de là. De fait, l’écologie ne faisait pas partie des thèmes de ce parti, le FN étant surtout connu pour son silence sur ces thématiques, malgré la présence durant un temps de Laurent Ozon, vieux routier de l’extrême droite identitaire et écologiste de longue date, au sein des instances dirigeantes de ce parti. » [4]

Apparemment, le FN a décidé de mettre les bouchées doubles sur cette thématique pour son programme présidentiel de 2017. La conférence annoncée le 15 octobre à la bibliothèque municipale de Tours entre dans ce cadre.



Notes

[1Le visuel annonçant la conférence est visible en cliquant ici. La salle en question dépend de la mairie pour la location.

[2Cf le volet de leur site consacré à l’aménagement du territoire.

[3Apparemment, le collectif n’hésite pas à gonfler les chiffres auprès des médias : dans un article d’Info-Tours daté de juillet 2016, on pouvait lire que le collectif comptait 600 adhérents. Chiffre repris également par TVTours.

[4Cité sur le site Fragments sur les temps présents.