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Nous sommes en « guerre » !

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Nous sommes donc en guerre, l’assemblée versaillaise le confirme, l’urgence actuelle c’est l’état d’urgence, sans aucune réflexion politique. Tout se joue et se déclare sur l’émotion. Le gouvernement porte son action sur les conséquences, et refuse d’analyser les causes, et bien sûr d’y remédier.

« Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus.
Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous payerez six cents maîtres d’école. »

Victor Hugo, le roman de Claude Gueux 1834

Fermez les livres !
Dès samedi commence le deuil national, les musées sont fermés, la médiathèque de Tours aussi. La trop grande fréquentation de l’établissement par des hordes de terroristes lettrés a conduit à la plus grande fermeté, mais pour atténuer le deuil national, la grande roue, le manège, le MacDo sont ouverts, ainsi que l’ensemble des commerces : pendant le deuil, le business continue.
Comprenne qui pourra.

Les gazettes et émissions du week-end nous rappellent que nous sommes en guerre, pas moins. Dès lundi, la politique se fait versaillaise et le chef de l’État annonce devant le Congrès des mesures incontournables et collégiales. En effet, pour faire bonne mesure, les propositions de la Droite et du Parti socialiste sont toutes retenues.

Ainsi, la déchéance nationale devient une mesure redoutable. Fini de rire, Messieurs les terroristes, l’État va vous ôter la nationalité française. Ça frémit sous les gilets pare-balles, les barbus enfouraillés flageolent sous le coup de boutoir du législateur acharné. « Par la barbe du prophète, je perd ma nationalité, et dans la foulée ma carte IKEA familly et mon pass Navigo. »
A tous les coups, l’État islamique va fondre par vagues. Bien vu.

L’autre mesure qui va faire exploser la nébuleuse terroriste consiste à doter la police française d’une présomption permanente de légitime défense. On imagine la trouille que cette mesure flanque aux p’tits gars de Daech.
D’un autre coté, cette disposition pourra permettre de réviser l’histoire. On peut ainsi imaginer les titres des journaux en février 1962 : « Métro Charonne, la police, en état de légitime défense, repousse une attaque qui aurait pu mal tourner ; les assaillants ont été maîtrisés. »

Cet état d’urgence, c’est vraiment du bel ouvrage : restriction de déplacements, interdiction de manifestations, autorisation et simplification des arrestations et des perquisitions, réquisitions et couvre feux pour ne rien oublier.
Le terroriste qui n’a pas la carte grise de sa kalachnikov, il va pas rire longtemps.

La valse des chaussures à clous

François Hollande n’oublie rien, il va recruter 10 000 policiers dans les deux ans à venir, avec le matos et les bagnoles nécessaires. Dans l’immédiat, 3 000 bidasses vont aller rejoindre ceux qui dans les gares et les aéroports n’ont pas vu les fusils d’assaut leur passer derrière les miches, pas plus qu’ils n’ont pu contrôler les terroristes qui voyageaient sans billets. Du lourd quoi.

Côté Vigipirate, ça va augmenter ! De combien ? Mystère, on ne sait toujours pas combien coûte ce plan, en effectifs ou en euros. Les chiffres que l’on peut trouver sont variables et de la plus grande fantaisie.
Quelle est son efficacité ? Qu’est-ce qu’ont pu attraper les dispositif militaires dans les gares, à part des angines et des ampoules aux pieds ? Secret Défense.

Aucune analyse politique sur la diplomatie française. Depuis deux quinquennats, l’orientation de la politique étrangère a été plus qu’infléchie. Intégration de l’OTAN, relations diplomatiques douteuses avec les monarchies barbares et les despotes, intensification des conflits et des frappes en Syrie, au Mali, alignement de la diplomatie sur l’export de l’armement, intensification du suivisme américain... La France a plus le soucis de son placement mondial en matière de vente d’armes, elle se situe aujourd’hui à la deuxième place. A quel prix ?

La complaisance commerciale envers l’Arabie Saoudite est un choix politique lourd de conséquences. Le 13 octobre, Manuel Valls annonçait fièrement que cette relation rapportait dix milliard d’euros de contrats, ignorant ou feignant d’ignorer que ce merveilleux client est un des banquier de l’intégrisme.

On peut penser qu’un retour sur investissement, un mois après, a été réglé vendredi 13 novembre dans les rues de Paris, et que ce style de service après vente risque de rester ouvert.
La mémoire manque à Hollande. En 1990, son mentor François Mitterrand déclara son soutien à Bush père par ces mots : « Les armes vont parler ». Depuis l’engagement militaire au Proche-Orient, le suivisme américain participe jour après jour à la fabrication d’un ennemi. Un quart de siècle meurtrier comme boussole politique étrangère ! Aujourd’hui, l’idéal de jeunes gens est de se faire sauter et d’emmener le plus d’innocents dans leur enfer. Quand ouvre t-on un vrai débat ?

Le parti au pouvoir a décidé de bombarder Raqqa à hauteur de 16 bombes larguées, même tarif pour les barbus enfouraillés, les femmes et les enfants.
Rendez-vous dans 25 ans.

En ce moment se tient à Villepinte le salon MILIPOL, où les exposants dans un espace commercial approprié offre leurs catalogues de drones, de flingues, de grenades et autres gadgets meurtriers.

L’urgence était de fermer les médiathèques ce samedi, mais il n’y a pas d’urgence à fermer le comptoir des dealers de mort.
Pendant les meurtres, MILIPOL reste ouvert.
Une affiche sobre sur le site de l’officine signale que les mesures de sécurité du salon du flingue sont renforcées.
Les terroristes seront donc refoulés à l’entrée et ne pourront pas faire d’emplette.
Tout va bien dans le meilleur des mondes, on est rassurés.

Michel ANCE
http://piquetdegreve.blogspot.fr/