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Ne me parlez plus d’attractivité

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Nos élus locaux sont obsédés par la question de « l’attractivité ». Tout est mis en œuvre pour attirer cadres, touristes et capitaux dans nos villes : projets urbanistiques, labels à la con, campagnes publicitaires. Le journal Le Postillon a enquêté sur cette lutte pour l’attractivité à Grenoble. Extraits.

« Si cette « unité de production » [de compteurs Linky] s’est installée dans la banlieue de Grenoble, ce n’est donc pas parce qu’elle était réclamée par les habitants. C’est à cause d’un gros travail de lobbying de la part d’une structure largement méconnue, l’AEPI : agence d’études et de promotion de l’Isère. »

« L’AEPI organise donc là-bas, près de San Francisco, quelques petites réjouissances pour persuader les Américains qu’ils ont des bonnes affaires à réaliser dans la cuvette : « L’agence tisse des liens étroits qui facilitent la rencontre entre entrepreneurs isérois et leaders high-tech californiens tout en développant l’attractivité de Grenoble vis-à-vis des industriels et investisseurs étrangers. (...) » (Le Figaro, 9/04/2014).

Ce genre de petites sauteries s’organise également chez nous. Grenoble est la « première ville d’Europe occidentale » à avoir un « American corner », qui est « un lieu culturel situé à l’extérieur des États-Unis ». C’est un fait peu connu, mais la communauté américaine de Grenoble est la deuxième plus importante de France et la deuxième communauté étrangère la plus importante dans le bassin grenoblois, derrière les Italiens (voir encart). Et pourtant on ne parle (presque) jamais de cette communauté, en tous cas beaucoup moins que de celle des Italiens ou des Maghrébins. On n’entend jamais causer de tous les efforts faits pour les attirer, de ces millions d’euros dépensés dans des voyages en avion, des stands, des soirées mondaines foireuses. »

« S’arrêter quelques minutes sur leur raisonnement permet de saisir toute son ineptie - et la folie de l’économie mondialisée. Car le « modèle pour la croissance française » n’est pas exportable. Reposant sur des investisseurs étrangers et sur une importation massive de cadres high-tech, le « modèle grenoblois » peut à peine être reproduit dans quelques technopoles. Imagine-t-on les capitaux américains investir dans chaque région de France, les cadres high-tech se multiplier et se répartir dans tout le pays ? Le revers du modèle, c’est de délaisser des territoires entiers, ceux qui ne peuvent pas muter en Silicon Valley, ceux qui n’ont pas d’agence promotionnelle assez puissante pour aller draguer les requins de l’investissement. Dans la guerre économique comme dans toute guerre, il y a plus de perdants que de vainqueurs. Angers et « une dizaine d’autres villes » étaient en concurrence avec Grenoble, et n’ont finalement pas eu l’« unité de fabrication » des compteurs Linky. Faut-il s’en réjouir ? À quoi bon vouloir faire partir des winners, si tant d’autres sont laissés pour compte ? Voilà une question que j’aurais aimé leur poser, aux gens de l’AEPI. »

L’intégralité de l’article est à lire sur le site du Postillon.

Illustration : vue de Grenoble, par Laurent Espitallier.



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