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Sans Canal Fixe : chronique de la naissance d’une utopie télévisuelle (épisode 7)

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Épisode 7 : Les ateliers de programmation ou le « voir ensemble ».

Voir ensemble. Le collectif a depuis sa création toujours eu la volonté de montrer, de faire voir et d’accompagner. Pas de projection sans une présentation des films au préalable, sans une remise en contexte. Pas de projection sans une discussion collective après. En 2010, SCF pousse plus loin l’idée de collectif et ouvre son atelier de programmation.

Voir ensemble, faire ensemble

Le collectif Sans Canal Fixe s’est construit avec des spectateurs, des cinéphiles, des cinéphages, des réalisateurs, des journalistes, des monteurs, des « metteurs en sons ». Venus de multiples horizons, ses membres ont pour point commun une culture documentaire et le goût du « faire ensemble. » [1] L’idée du groupe qui regarde, qui s’enrichit, qui raconte, qui filme, qui monte, et diffuse, est l’essence même de l’association.

C’est sur les bases de cette idée de collectif que vont être inventés les ateliers de programmation. Le collectif part d’un présupposé : tel l’écrivain, qui avant de passer à l’acte de création, lit, lit et lit, le cinéaste est un spectateur qui a regardé, regardé, regardé.
Le premier pas tient donc de l’éducation au regard, aux images et plus spécifiquement au genre documentaire.
En un peu plus dix ans d’existence, Sans Canal Fixe a notamment accumulé une longue pratique de la programmation : choisir un film, c’est le mettre en partage, et pour son auteur, la possibilité de rencontrer ce « collectif » que sont les regards et sensibilités de celles et ceux qui reçoivent cette proposition. D’où l’idée d’élargir la pratique de la programmation à des non-initiés.

Une définition du spectateur

Un atelier de programmation, c’est voir ensemble, car le cinéma est avant tout une pratique collective. Le film se partage ensemble, dans les salles obscures. Et après le film, on discute, on échange nos points de vue de spectateurs, on réfléchit à ce qui nous touche, nous ébranle, nous agace. On se met d’accord sur une certaine idée du cinéma, celle d’un art qui bouscule et interroge.
Regarder ensemble. Décider ensemble des films que l’on veut partager avec d’autres. Établir une programmation cohérente, qu’on a envie de défendre. Promouvoir en quelque sorte un cinéma.

Les participants à cet atelier de programmation proposé par SCF ne sont pas dans une démarche de réalisation, contrairement aux membres permanents du collectif. A travers ce projet, c’est bien la question de la diffusion qui se pose : établir une programmation de films et mettre en place dans l’agglomération une série de diffusions publiques de ces films. Le cinéma documentaire nous regarde tous, il n’est absolument pas un geste destiné à une avant-garde œuvrant dans sa tour d’ivoire.

Une rencontre autour du documentaire

Le projet d’atelier de programmation participatif est né de la rencontre entre Emmanuel Chicon, programmateur pour « Visions du réel », le festival international de cinéma documentaire de Nyon [2], et de réalisateurs issus de SCF et de Cent soleils [3].

Nous sommes à l’automne 2009, et les protagonistes sont inscrits à une formation portant sur la réalisation sonore. Ce séminaire de quelques jours développe l’idée que l’ouïe est le premier sens, celui qui prédomine sur l’ensemble des autres. On sent la pulsation du monde avant même d’avoir ouvert les yeux dessus. Lors de cette formation, Emmanuel fait donc la rencontre des réalisateurs des deux structures œuvrant pour le documentaire, et se prend à désirer travailler en dehors de son champ professionnel. En rencontrant ces collectifs qui érigent l’ « amateurisme » comme commencement à tout acte créatif, Emmanuel prend conscience qu’il a envie de partager son goût du documentaire avec des personnes qui ne soient pas des professionnels du cinéma. Son intention est d’interroger la frontière entre la réalité et la fiction. Il a envie de faire découvrir des documentaires qui ne soient pas purement des actes militants [4]. Mais plutôt des films qui créent des espaces de lutte, qui revendiquent un geste cinématographique.

Construire le projet

En 2010, Emmanuel lance l’idée d’un atelier ouvert à tous, et pour sa mise en place va s’appuyer sur quelques principes fondateurs :

  • Il faut un thème fédérateur pour relier les films entre eux. L’idée est de proposer une programmation annuelle cohérente, qui tisse des liens permanents entre les différentes propositions.
  • Il faut un espace de visionnage accueillant, où l’on se sente bien, invité à rester après, et où les films peuvent circuler librement (en format DVD) entre les membres. On peut ainsi rater une séance mais voir quand même ce que les autres ont vu.
  • Il faut une proposition riche de sa part : des formes de narrations diverses, des images qui ne sont pas communes, mais toujours actuelles et contemporaines. Les films choisis par Emmanuel pour être offerts aux regards des participants à l’atelier sont des narrations fragmentaires, mais qui parlent toutes d’ici et de maintenant, et toutes réalisées par des cinéastes d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas dans le patrimoine et la transmission d’une culture documentaire. Nous sommes de plein pied dans le présent de la création documentaire actuelle.

La mise en place

L’idée de départ est de constituer un groupe de personnes volontaires, et pas forcément dépendantes d’un réseau de cinéphilie. Il s’agit donc d’élargir le terrain en allant plus loin que le réseau de fidèles spectateurs du réseau de Contre feux (voir épisode 6), ou de SCF, ou même du cinéma art et essais des Studio. Une diffusion de tracts est donc organisée dans certains lieux culturels ou sociaux tourangeaux — comme le Centre de vie du Sanitas —, accompagnée de la projection d’un premier film (Changement de situation de Jeanne Delafosse et Camille Plagnet), avec une réunion de présentation du projet d’atelier au café comptoir Les Colettes, suivie d’une deuxième réunion. S’y retrouvent une dizaine de personnes motivées par le projet, principalement des militants de gauche.

Les rendez-vous sont fixés. Tous les 15 jours, le groupe se retrouvera à l’Instant Ciné [5]. Ils visionnent des films, sélectionnés par Emmanuel, débattent ensemble, et choisissent les films qu’ils montreront aux diffusions mensuelles. Cette année-là, SCF prend en charge la diffusion d’une mensuelle sur deux, l’atelier s’occupe de l’autre. Le thème retenu sera « habiter ».

L’aventure continue

Ce premier atelier fondateur sera suivi d’autres expériences. Les groupes changent, les lieux aussi, les thèmes. En 2011, les portraits seront à l’honneur. Depuis 2014, l’atelier de programmation s’est délocalisé, pour rejoindre Ambillou. Ce nouvel atelier, intitulé Ambidoc, se tient depuis septembre 2015. Les participants de l’atelier, accompagnés par Clémence Ancelin, cinéaste membre de Sans Canal Fixe et habitante d’Ambillou, se retrouvent une fois par mois avec un objectif : regarder des films ensemble. Les participants de l’atelier organisent et présentent également 3 projections publiques dans l’année à Ambillou.

KD


P.-S.

Tous les épisodes de cette série sont à retrouver en cliquant ici.


Notes

[1D’ailleurs, cette année, le thème des diffusions mensuelles de l’association , intitulées « je, tu, ils, elles », est celui des films co-réalisés, ceux fait à plusieurs mains. Une programmation mensuelle sur ce thème est organisée au cinéma les Studio, au café comptoir les Colettes et à la Médiathèque de La Riche.

[3http://centsoleils.org/WordPress/ (voir également ce collectif dans l’épisode 4, pour le film « Un jour en France »)

[4Ce sont ces films qui ont le plus de rayonnement public, ceux que l’on retrouve exploités dans les cinémas. C’est l’exemple des films de Michaël Moore, ou encore « Demain » de M.Laurent.

[5Café et loueur de vidéos, rue Bernard Palissy. Ce lieu n’existe plus.

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