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Réponse du foyer Albert Thomas au maire de Tours

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Lors du dernier conseil municipal de la ville de Tours, le maire, M. Babary, s’est félicité de la manière dont son administration pouvait gérer les situations du bar associatif La Barque et du foyer Albert Thomas. Un discours qui fleurait bon le mépris et l’auto-satisfaction. Réponse commune des résidents et du comité de soutien au foyer.

Tours le 9 février 2017
 
Monsieur le Maire,
 
Vos propos lors du conseil municipal du 6 février 2017 soulignent encore une fois votre méconnaissance et votre mépris vis-à-vis des résidents, des habitants et des nombreuses associations locales qui se sont mobilisées jusqu’à présent.
 
Vous y avez déclaré : « Est-ce qu’on a été brutaux dans le traitement de Albert Thomas ? Les gens… les 36 [résidents] ils y sont toujours que je sache ? Alors qu’on n’a plus d’interlocuteurs en face de nous. Qui signe le bail en ce moment ? Qui paye l’assurance ? Pourquoi toujours des reproches à la ville ? »
 
Nous sommes ravis de vous apprendre que 20 résidents et non 36 sont toujours au foyer en attente de propositions de relogements promis par la DDCS.
 
L’interlocuteur dont vous reniez l’existence reste la DDCS et les services de l’Etat qui sont responsables du logement des demandeurs d’asile lorsque l’association mandatée en charge de l’accueil a été liquidée, et ce par manque de contrôle des fonds alloués malgré les alertes des salariés.
 
Aussi, la ville en tant que propriétaire des murs, est en partie responsable de l’hébergement d’une partie des résidents dans le cadre de l’hébergement d’urgence et de la loi DALO.
 
Point de mérites particuliers donc, ni pour ce bail que vous évoquez ni pour l’assurance, cela restant la responsabilité des pouvoirs publics dont vous faites partie (malgré le fait que vous renvoyiez encore une fois implicitement, avec l’élégance qui vous est propre, la responsabilité aux services de l’Etat sans les nommer).
 
Vous poursuivez : « Je les ai reçu ici les deux qui sont les leaders, et ils ont été extrêmement satisfaits de la façon dont nous prenons les choses. »
 
Les représentants élus des résidents (et non « leaders ») ont sollicité plusieurs fois vos services depuis le 23 décembre afin d’obtenir un entretien. Sans réponse, ils se sont rendus à deux reprises devant la mairie mais les portes ont été fermées et cadenassées à leur arrivée.
 
Lors de cette seconde requête (réitérée avant déplacement), vous n’avez toujours pas daigné recevoir les résidents qui n’ont pu s’adresser, devant la mairie, qu’au chef de la sécurité qui se déclarait incompétent sur la question.
 
Les résidents et leurs représentants n’ont donc pas été satisfaits, comme vous l’avancez, face à l’ignorance que vous leur aviez témoignée durant des semaines. La rencontre que vous évoquez date du 20 janvier 2017 soit près d’un mois après la première demande d’entretien.
 
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du rapport de force alors en cours, les locaux restant occupés malgré vos diverses injonctions à aller vivre provisoirement dans un gymnase sans perspectives pérennes, en plein hiver.
 
Enfin, les nombreux habitants et associations de divers horizons s’indignent une nouvelle fois que vous instrumentalisiez la solidarité lors d’un conseil municipal.
 
Vous dites en effet : « J’ai reçu les représentants… des résidents… pas de ceux qui se prétendent être leurs défenseurs et qui se servent de ces pauvres hères pour leurs fins personnelles. »
 
Dès les premiers jours de mobilisation des résidents, les habitants et associations se sont mobilisés afin de les accompagner au mieux, suivant leurs désirs et réflexions communes, et ce, tant face à l’ignorance renvoyée par la mairie et la DDCS que face aux besoins premiers qui n’étaient plus assurés par les services responsables.
Vous avez déjà renié bassement avec mépris cette solidarité lors de vos vœux au Sanitas le 10 janvier 2017.
 
La situation du foyer Albert Thomas, de ses résidents et des services sociaux sur Tours relève d’un intérêt général (qui vous dépasse apparemment) qui a donné lieu à diverses initiatives spontanées à travers la ville et ses environs.
 
A quelques jours de la mobilisation nationale contre le délit de solidarité, vous faites de nouveau preuve d’un déni de solidarité et instrumentalisez celle-ci à des fins de divisions populistes.
 
Qualifier avec larmoiement les résidents de « pauvres hères » pour discréditer l’action des habitants et associations solidaires met encore une fois clairement à jour la bassesse de vos techniques de communication.
 
Cela ne met que davantage en exergue votre mépris à l’égard des plus démunis et des citoyens qui se mobilisent.
 
Vous ne trompez personne malgré vos discours, vos actes suffisent à y voir clair.
 
Entêtement pour un décret anti-mendicité jugé anticonstitutionnel par la Cour Suprême, gentrification progressive du centre ville, de la rue Colbert au Sanitas par de vastes projets urbanistiques… autant de reflets de cette idéologie de l’attractivité et du rayonnement tant louée, véritable veau d’or aux travers insidieux et lourds de conséquences sur la vie de notre cité.
 
La situation du foyer Albert Thomas, de ses salariés et de ses résidents restera notre préoccupation première. Notre travail sur ces bases participe à mettre en lumière l’effritement du travail social à Tours et de la notion même de solidarité, mais aussi la part de responsabilité du désengagement des pouvoirs publics.
 
Vos mots ne trompent personne, nous resterons vigilants au-delà de votre mandat tant cela vous dépasse largement.

L’identité du repreneur du foyer Albert Thomas suite à l’appel d’offre de la DDCS devait être rendue public le 9 février. Malgré les appels des résidents et des ex-salariés, la DDCS n’a pas souhaité communiquer à ce sujet, répondant que « nous n’étions pas à quelques jours près ».

Cela laisse résidents et habitants dans un flou total, étouffant toute contestation préalable si le projet retenu conduit à la fermeture du foyer [1] et ignore dans leur totalité les revendications avancées depuis bientôt 2 mois.



Notes

[1Fermeture par ailleurs planifiée dans le projet de l’Entraide Ouvrière ; celle-ci prévoyant entre autres la fermeture de la structure 9 mois sur 12, hors période d’urgence hivernale, ainsi qu’une restructuration globale de l’accueil d’urgence à Tours.