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Le CCC-OD, un îlot culturel bunkerisé

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Il fallait être en haut de la rue Nationale, le vendredi 10 mars à Tours, pour comprendre que le Centre de création contemporaine Olivier Debré (CCCOD) est au cœur d’un îlot. Un îlot qui ce jour-là s’est transformé en bunker. Description d’une inauguration privée.

Un centre d’art cerné

Des policiers habillés en Robocop en faction tout autour du musée, qui tournaient sans relâche, arme à la main, regardant régulièrement dans le tréfonds des poubelles art déco opaques de la ville. Une place de la Résistance vidée de ses voitures à grands coups de dépanneuses, direction la fourrière (une manne pour les finances de la ville quand la plèbe oublie de lire les petits panneaux d’interdiction), et remplie de seize fourgons de CRS. Des barrières en fer, des blocs de ciment, des policiers en civil, la BAC, les renseignements généraux, deux portiques électroniques de détections d’armes, des agents de circulation, bref, l’ensemble des corps de l’armée et de la police au service de la culture. Comme pour la foire expo des métiers de l’armée, sauf que là c’était pour des artistes norvégiens.

Une sélection à l’entrée

Le dress code des invités était clair : élégance. Costumes pour les hommes, noirs de préférence — pas les hommes, les costumes —, robes ou tailleurs pour les femmes, avec des couleurs dans le foulard, et quelques bijoux, un léger soupçon de maquillage. Il fallait montrer patte blanche, un carton d’invitation dûment signé des autorités, une vérification des papiers (sauf pour les figures les plus médiatisées localement), un passage sous le portique, une palpation légère par un officier assermenté, et enfin l’entrée dans le Saint des saints : le centre de création contemporaine. Autant dire qu’il était savoureux de voir les badauds se promener, trainant leurs vêtements éculés de chômeurs ou d’étudiants (vendredi à 15h, il est bien entendu que les gens intégrés sont au travail), et voir se glisser parfois au sein d’eux un pingouin endimanché…

Une visite éclair

Toute sirène hurlante est apparu le convoi présidentiel, encadré de motards, la circulation des autochtones arrêtée, entravée, pour laisser librement circuler notre président, une reine acclamée par son groupe de supporter transeuropéen, et notre ministre de la Santé, qui devait quand même se demander pourquoi on l’emmenait au chevet d’un centre de création contemporaine flambant neuf.

Je ne suis pas entrée dans le Saint des saints, les portes me seront ouvertes quand le tapis rouge sera rangé, les petits fours en trop jetés, les services de sécurité rentrés à la capitale. Je pourrai alors entrer dans ce lieu.

C’est normal, je ne suis rien.



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