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Fukuchinon : ça casse rien

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900 manifestants, 500 CRS à la manifestation anti-nucléaire de Fukuchinon qui s’est déroulée à Chinon le 12 avril. Le centre-ville ayant été interdit, le défilé a fait docilement un aller-retour sur les bords de la Vienne.

Un hélicoptère, une brigade fluviale, une dizaine de civils (discrets comme du bleu dans une fondue au comté), plusieurs compagnies de gendarmes mobiles et de CRS, des policiers municipaux, des barrages routiers ayant pour but de relever les identités de toute personne se trouvant dans un véhicule, lui même fouillé systématiquement (en tout cas jusqu’à midi), des agent-e-s chargés de filmer et photographier tou-te-s les manifestants... oh et puis merde, arrivés à ce niveau, à quoi bon continuer de compter ?

Les responsables chargés de prévenir tout débordement à FukuChiNON auront mis le paquet. Les contribuables, qui avaient été encouragés à se terrer chez eux, n’auront certainement pas accès au détail des comptes, mais la facture devrait être salée. La journée a pourtant été bon enfant, comme le voulaient les organisateurs. Même les clowns — chargés du maintien du désordre public — se gardaient bien de provoquer pacifiquement les CRS.

Les boulangeries et autres petits commerces du cœur de Chinon auraient sans doute bien voulu vendre quelques joyeusetés de plus en ce jour d’affluence exceptionnelle, mais ils n’ont pas fait recette. En effet, le centre de la ville était interdit à toute personne apparentée de près ou de loin au village alternatif, installé en bord de Vienne, et organisé pour assurer toute la logistique autour de la manif.

Les participants au rassemblement contre le nucléaire en général et contre la vétusté de la centrale de Chinon en particulier n’étaient pas seulement venus pour donner des coups de pieds dans la fourmilière. Entre les stands présentant les nombreuses alternatives à l’atome, les échoppes où l’on pouvait échanger sur des pratiques diverses et variées et les pupitres chargés d’explications sur l’habitat écolo et pas cher, il y avait de quoi construire l’avenir et pas seulement cracher dans la soupe.

L’événement a rassemblé un public panaché, multi-générationnel et curieux. Environ 900 personnes qui ont pu, dès 11 heures, assister aux conférences et débats organisés, se sustenter à la cafétéria bio, se faire masser à prix libre et aller faire le caca de la peur aux toilettes sèches, avant de manifester docilement sur les bords de la Vienne, faisant un aller-retour entre la rue Descartes et le quai Danton.

Évidemment, et à l’immense déception des manifestants auxquels le préfet avait assuré la venue par cars entiers de blacks blocs venus de Belgique et de Hollande, pas l’ombre d’un « casseur » à des lieues à la ronde. Pas une capuche, pas un foulard, à peine trois tenues de liquidateur rappelant l’horreur du travail exécuté par les nettoyeurs des différents sites contaminés, dont Tchernobyl et Fukushima tiennent le haut du pavé. Sur l’air bien connu de « On vous aura prévenus », La Nouvelle République s’était fait l’écho des rumeurs émeutières, et aura sans doute dissuadé d’autres potentiels manifestant-e-s, contribuant ainsi à faire de cette mobilisation un ersatz de ce que pourrait ou devrait être un tel événement.

Cette prédiction a fait l’objet d’un curieux commentaire le matin même sur France Info, par Marc Erens, l’un des organisateurs de la manifestation :

« On a eu une réunion avec le préfet, avec le colonel de gendarmerie du département, et ils craignent des débordements, des venues de casseurs... (…) Peut-être que les gendarmes sont beaucoup mieux renseignés que nous, c’est leur rôle (sic). Ils vont faire venir des compagnies de CRS, bien sûr. Alors ce qu’on leur demande, c’est qu’ils restent discrets, de façon à ne pas provoquer non plus, euh... des gens qui pourraient... euh... être à... à la limite, quoi, hein ? »

Quelques heures plus tard, le même organisateur a progressé dans sa connaissance du rôle de la police. Il s’est étranglé sur France Bleu en dénonçant la ville coupée en deux par les CRS, les voitures et les soutes de cars fouillées : « Ils ont mis la psychose à Chinon ! »

Le maire de Chinon, Jean-Marc Dupont, justifie quant à lui le déploiement policier au nom de la tranquillité de sa ville : « Il n’y a rien d’autre que le fait de pouvoir anticiper un débordement ».

Après son interview, il a rejoint à la terrasse d’un café quelques amis. Goguenard, il leur a lancé : « Du jamais vu : 500 manifestants selon les organisateurs, 900 selon la police ! » Sa cour s’esclaffe. Puis il ajoute : « Les manifestants sont tous des ex-soixante-huitards. Ils sont plus proches du déambulateur que du cocktail molotov. » La tablée a rit longtemps des bons mots de leur Dupont de maire, et le plus vieux, se sentant sans doute concerné par les déambulateurs, a insisté pour payer la tournée...



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