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Donation Cligman : les leçons d’un échec

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Il y a un an, mairie et médias s’extasiaient sur « l’incroyable » don de l’industriel Léon Cligman au Musée des Beaux-Arts de Tours. Aujourd’hui, chacun se renvoie la responsabilité de l’échec. Quelles leçons en tirer ? Communiqué de l’AQUAVIT, association pour la qualité de la vie dans l’agglomération tourangelle.

Dès le départ, nous avons émis des réserves sur la faisabilité de l’agrandissement du Musée des Beaux-Arts (« aile Cligman »), compte-tenu de l’importance des enjeux patrimoniaux et des multiples protections administratives dont bénéficie le lieu. D’autres que nous, y compris au conseil municipal, se sont également interrogés. En dépit de ces critiques et des incertitudes initiales concernant la valeur réelle du legs, l’AQUAVIT a tout fait pour que cette opération réussisse. Nous avons notamment préconisé d’autres choix d’emplacements, tant à proximité du musée que sur d’autres sites.

La façon dont le dossier a été traité invite à réfléchir sur les motifs profonds de cet échec. Des maladresses, méconnaissances du dossier, manques de souplesse, improvisations : « aile Cligman » du musée avérée infaisable puis château de Tours, impossible compte-tenu de la présence des expositions du Jeu de Paume, palais du Gouverneur obligeant la Société Archéologique de Touraine à déménager. Continuellement les choix précipités et irréfléchis ont jeté le discrédit sur la capacité de nos élus à concrétiser l’opération.

Dès le départ, fin juin 2016, la municipalité de Tours a cédé trop facilement à des pressions au plus haut niveau de l’Etat, où le donataire a de puissants appuis. Toute la machine administrative était actionnée pour que l’opération soit imposée à tous dans des délais exceptionnellement raccourcis. Le permis de construire était même déposé avec toutes les autorisations ad hoc : accord de la DRAC, DREAL, Architecte des Bâtiments de France… Dès septembre, les deux commissions réglementaires locales, formées d’élus locaux et représentants de l’administration, étaient convoquées en urgence, elles n’ont pas pris leur responsabilité. On a même cherché à prendre de vitesse la Commission Nationale des Secteurs Sauvegardés afin d’échapper à son probable veto. Tout a été fait, une fois encore, pour mettre la population tourangelle devant le fait accompli. C’est donc le problème du mode de gouvernance local qui est posé, avec des pratiques d’un autre temps, cumul des mandats et fonctions, activation de réseaux, affairisme. Que représente l’intérêt général dans les choix retenus ?

Cet exemple est révélateur. Sur d’autres dossiers, plus importants encore, des dysfonctionnements comparables s’accumulent et remettent en cause la crédibilité de nos élus : révision du PLU, tramway, gestion du risque d’inondation, aménagement du Haut de la rue Nationale… Il n’y a plus de démocratie à Tours, tout y est administré de façon opaque par une poignée de décideurs ne sachant pas résister à certaines pressions et usant de méthodes jetant le discrédit sur tout le système décisionnel.