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Courrier des lecteurs de la NR : « Il faut dire que certaines femmes s’habillent de façon… »

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Stupeur à la lecture de La Nouvelle République du 27 février. Dans sa rubrique « à chaud », le journal publie la réaction d’un lecteur qui explique que si les femmes se font agresser, c’est à cause de leur manière de s’habiller.

Ce commentaire de lecteur est lié à un article publié quelques jours auparavant dans le quotidien local, à propos d’une action menée par le Planning Familial d’Indre-et-Loire contre le harcèlement de rue. Dans cet article, il était rappelé que 97 % des femmes interrogées à l’occasion d’une enquête sur le harcèlement de rue dans l’agglomération tourangelle [1] avaient été victimes de ce type d’agression, et ce « quels que soient leur âge, leur profession, leur allure ».

Trois jours plus tard, la NR a décidé de publier la réaction d’un lecteur qui explique :

« Sans vouloir minimiser l’attitude des harceleurs, il faut dire que certaines filles/femmes s’habillent de façon… Alors, je sais vous allez me dire qu’il s’agit de « liberté individuelle ». Mais je vous répondrai : c’est comme écouter de la musique trop fort, c’est fait pour empiéter sur le territoire du voisin. Alors, ne vous étonnez pas que la liberté ne soit plus individuelle… »

Malgré ses précautions, l’auteur fait exactement ce qu’il se défend de faire : il minimise la responsabilité des harceleurs, en faisant porter la responsabilité de leurs actes sur les choix vestimentaires des femmes. Et utilise ensuite une comparaison (le voisin qui cause un tapage) pour expliquer qu’au fond, ce sont les femmes s’habillant « de façon... » qui perturbent les hommes. Les pauvres n’auraient donc d’autre choix que de harceler ces femmes, qui ne méritent même plus de jouir de leurs droits, puisque l’auteur leur enlève leur liberté individuelle.

Apparemment, La Nouvelle République ne mesure toujours pas sa responsabilité à relayer des propos pareils, et ce malgré sa condamnation en appel pour le harcèlement sexuel d’une salariée. A quand la publication en deuxième page du journal de la réaction raciste d’un-e lecteur-ice après un article sur la discrimination à l’embauche ? On peut supposer que, dans un tel cas, la rédaction y réfléchirait à deux fois.



Notes

[1Le harcèlement de rue dans l’agglomération tourangelle. Enquête réalisée par Justine Do, volontaire en service civique : http://www.indre-et-loire.gouv.fr/content/download/15870/114779/file/RESULTATS%20ENQUETE%20-%20RAPPORT%202016.pdf