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1917-1918 : les ouvrières tourangelles en grève

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Pendant la Première guerre mondiale, c’est moins par patriotisme que par nécessité que les femmes sont entrées dans les ateliers et ont lutté pour leurs conditions de travail. Retour sur les grèves des ouvrières tourangelles, en particulier celles de l’habillement en 1917-1918.

Avec la Grande Guerre, les usines françaises développent leurs activités. Conséquence directe de ce développement : le nombre d’ouvriers passe de 50 000 en 1914 à 1,7 millions en 1918. Parmi ces nouvelles mains, 420 000 femmes. 420 000 ouvrières parmi 3,2 millions de femmes qui travailleront durant la guerre [1].

En Indre-et-Loire, la Poudrerie du Ripault emploiera jusqu’à 1 270 femmes sur les 6 000 ouvriers qu’elle comptera au plus fort de la guerre ; l’usine de finissage de coton-poudre de La Haye-Descartes, en mars 1916, emploie 391 ouvriers dont 124 femmes ; à l’atelier de construction de Saint-Pierre-des-Corps, sur les 1 920 ouvriers inscrits à l’effectif fin 1916, on compte pas moins de 300 femmes.

Dès mai 1917, un an avant que les grandes grèves démarrent chez Renault à Paris et n’affectent toutes les grandes usines parisiennes et le bassin industriel de la Loire, à Tours comme dans beaucoup de villes qui assurent le ravitaillement du front, les ouvrières manifestent leur mécontentement face aux conditions de travail qu’on leur impose. Loin du geste pacifique de 1918 (« la grève jusqu’à la paix »), ces mouvements souvent spontanés relèvent de ce qui a été appelé aussi les grèves « de femmes » (« midinettes », « cousettes », ou encore « munitionnettes »). Tours, base logistique de l’Intendance militaire, connut ainsi plusieurs mouvements de grève entre 1917 et 1918.

Les prémisses de la grève de mars 1918

En mai 1917, dix-sept ouvrières travaillant pour l’Intendance [2] à la confection de pantalons de toile pour l’armée se mettent en grève. Payées à la pièce, elles gagnent à peine de quoi vivre en raison des tarifs imposés par l’entreprise. Rapidement, les autorités donnent satisfaction aux revendications des piqueuses à la machine, qui reprennent le travail le 4 juin. Le préfet d’Indre-et-Loire informe les autorités militaires que les tarifs payés pour les pantalons et les sacs de couchage sont insuffisants [3] .

Quelques jours plus tard, ce sont 35 ouvrières de l’habillement, dont près de 25 sont employées par l’Intendance, qui se mettent grève du 5 au 17 juin. Elles demandent elles aussi une hausse de salaire, et le passage à la « semaine anglaise » — qui consiste dans l’arrêt du travail le samedi à midi [4]. Au bout des douze jours de grève, elles obtiennent une augmentation de 33 centimes et une indemnité d’1 franc par jour. Pour 9 des 10 ouvrières qui ne travaillaient pas pour l’Intendance, c’est le chômage à la fin du mouvement.

Depuis fin 1915, la gestion du ravitaillement des populations civiles est confiée aux municipalités. Cette année-là, le journal Le Petit Parisien se fend d’un reportage à Tours sur la cherté de la vie. En 1917, les conditions de vie dans la ville sont bien détériorées : le pain, le lait, le sucre et les pommes de terre sont taxés à 43 centimes le kilo.

En juillet 1917, une réunion à la Bourse du Travail réunit environ 500 ouvrières. A la suite de cette réunion, une trésorière est désignée dans chaque atelier, pour percevoir des cotisations en vue de la formation d’un syndicat [5] : le Syndicat Général des ouvrières au magasin Régional des services de l’Intendance. Au début du mois d’août, à l’initiative des Mme Herpin et de Mme Cruchon, toutes deux au Bureau du syndicat, le journal La Dépêche publie deux communiqués invitant les ouvrières travaillant pour les services de l’Intendance à se rendre à une nouvelle réunion à la Bourse du Travail, en vue d’une augmentation des tarifs.

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Réunion des midinettes pendant la grève de mai 1917, Paris

Victor Poubeau [6], secrétaire de la Bourse du Travail pour la question des placements, peut alors parler dans les colonnes du journal Le Réveil Socialiste de « poussée syndicale à Tours » :

« Conscientes de leur droit, elles ont mis debout un syndicat qui réunit déjà plus de 500 employés (...) [elles] demand[e]nt des salaires un peu plus élevés et l’application des instructions ministérielles concernant les exigences de la vie actuelle »

Et le secrétaire de la Bourse du Travail de conclure :

« Que tous les travailleurs prennent conscience de leurs droits et de leurs devoirs envers leurs camarades de misères. Que tous, hommes ou femmes, s’organisent, se préparent et s’entraînent pour les luttes futures. » [7]

A l’automne 1917, c’est l’envolée : le lait passe de 30 centimes à 50 centimes le litre, la douzaine de choux de 3 à 6 francs. Dans le même temps, on instaure des journées sans viande, on rationne le sucre à 1 livre par mois, le pain est rationné à partir d’août. L’éclairage public n’est pas en reste et il n’est pas rare, pour les ménages, de subir plusieurs coupures d’électricité et de gaz dans la journée. Les plus à plaindre restent peut-être les cygnes du jardin botanique, qui finiront par être rôtis par la population.

Une nouvelle grève éclate le 26 septembre 1917. Les ouvrières réclament des augmentations de salaire. Ce jour-là :

« 40 ou 50 femmes, débauchées de l’atelier militaire du quai de la Poissonnerie, sont venues à 11 heures, manifester sur la place Velpeau, espérant entraîner dans leur mouvement de grève, les ouvrières du magasin régional (…). »

Le même jour, un deuxième rapport de police signale :

« Un commencement de grève a eu lieu à la Maison Leffressine, quai de la Poissonnerie, où l’autorité militaire occupe 250 femmes à la réparation d’effets. Ce matin vers 10 heures, une certaine effervescence a régné dans le personnel, et l’autorité militaire a renvoyé tout le monde. Ce soir il y a 45 grévistes : 33 mécaniciennes et 12 manutentionnaires  ».

Le soir même, une réunion est organisée à la bourse du travail, à laquelle assistent 350 femmes.

«  Ils ont décidé qu’une délégation se rendrait auprès de l’Intendant général, lui soumettrait les revendications et exigerait une réforme pour vendredi [soit deux jours après la réunion] ou samedi au plus tard, et que si cette réforme ne leur donnait pas satisfaction, tous les ateliers seraient en grève le lundi matin »

En attendant, les ouvrières de la Maison Leffressine reprennent le travail.

Le samedi suivant, ce sont les ouvrières travaillant à domicile qui sont invitées à la Bourse du Travail, où une réunion se tient en présence de Chasle [8]. Dans le rapport établi par le sous-inspecteur Chef de la Sûreté Nicolas, on apprend que l’Intendance annoncé l’affichage des nouveaux prix le lundi dans les ateliers.

Pourtant, dans un rapport du 29 septembre, on apprend que les ouvrières du quai de la Poissonnerie ont « consenti à attendre 15 jours pour la réponse aux revendications présentées [9]  ».

Le 23 novembre 1917, une nouvelle réunion des ouvrières travaillant pour l’Intendance a lieu salle du Manège. Environ 500 femmes et 50 hommes sont rassemblées :

« Le but de cette réunion a été de réclamer l’application de la semaine anglaise avec solde payée, qui n’est pas appliquée à Tours, tandis qu’elle est appliquée dans beaucoup d’autres villes. Elles demandent également une indemnité de vie chère pour les enfants, 0,30F pour le premier et 0,15 pour les autres jusqu’au 1er janvier ».

D’après le rapport de police, la réunion était « présidée par un nommé Dumas, ouvrier de l’habillement à Paris, délégué croit-on de la Confédération du Travail » [10].

Cette année-là, la presse bourgeoise ne dit rien de tous ces troubles. Et pourtant : cinq grèves sont recensées à Tours en 1917, soit 862 grévistes et pas loin de 5 381 jours de grèves cumulés. Outre les grèves de femmes préalablement citées, il faut noter les mouvements des ouvriers en imprimerie, des ouvriers en chaussure et des charpentiers-menuisiers en décembre. Cette année 1917 voit le nombre de conflits sociaux augmenter en France, principalement dans le secteur de l’habillement : on compte 161 grèves dans tout le pays pour cette corporation, avec 57 184 grévistes recensés.

La grande grève des ouvrières de l’habillement militaire

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Confection pour l’armée, atelier de couture à la machine, 1917

Entre janvier et mars 1918, la logistique américaine s’installe à Tours. La ville, qui comptait 73 000 habitants en 1913, en compte désormais près de 100 000. Une partie des ouvrières qui dépendaient de la logistique militaire française passe sous commandement américain.

Le 14 mars 1918, le commissaire Poirier adresse un nouveau rapport au maire [11], signalant « qu’un mouvement existe dans le personnel des ouvrières de l’habillement militaire ». La veille, « 500 femmes se sont réunies à la Bourse du travail  », provenant du Magasin régional, des ateliers de la rue Jehan Foucquet et de la rue Giraudeau, ou femmes travaillant à domicile.

Ces femmes réclament le rappel à la date du 1er juin de l’application du salaire minimum basé à 4 francs, et le versement d’une indemnité de vie chère de 1,50 franc [12]. Leurs revendications sont remises aux employeurs, avec demande de réponse pour le mercredi.

« Un certain nombre, du Magasin régional, voulaient se mettre en grève, mais la majorité n’a pas adhéré, pour le moment. Il a été décidé que mercredi prochain il y aurait une grande réunion, salle du Manège, au cours de laquelle on prendrait une décision. »

Le 20 mars à 20h, 2 000 femmes sont réunies salle du Manège, réclamant l’indemnité de vie chère qui leur avait été promise depuis le 1er janvier. Les ouvrières votent la grève pour le lendemain matin. Le secrétaire de la Bourse du travail obtient du maire de Tours que la salle du Manège puisse être utilisée pour y faire un « contrôle des grévistes » — ce qui consiste à dénombrer, parmi les personnes présentes, lesquelles sont effectivement en grève et lesquelles sont venues soutenir les grévistes ou simplement s’informer.

Ainsi, le 21 mars, on obtient les comptages suivants :

  • au Magasin Régional, situé place Velpeau, 230 ouvrières en grève sur 318 ;
  • au centre de tannage de la rue Mirabeau, 162 ouvrières en grève sur 164 ;
  • aux ateliers de la rue Victor Hugo, 275 grévistes, soit la presque totalité des ouvrières ;
  • aux établissement Defressines, quai de la Poissonnerie [13], 287 grévistes (144 ont rapidement repris le travail, apparemment après que deux agents de police en tenue se soient pointés, envoyés par le commissaire Poirier).

Comme en juin 1917, les ouvrières réclament le passage à la semaine anglaise. Le 21 mars à 13 heures, un piquet de grève quai de la Poisssonerie réunit 600 personnes. Le maintien de l’ordre est assuré par des agents de police, aidés par des soldats américains. Place Velpeau, environ 80 ouvrières sont réunies.

A 14 heures, une nouvelle réunion salle du Manège réunit 1 000 ouvrières. Vers 16h, une délégation se rend au Grand Commandement, où le général commandant le 9ème Corps d’armée répond qu’il ne voit pas d’inconvénient à l’acceptation des revendications, mais qu’il doit en référer à Paris. Le soir, 2 000 personnes sont réunies à nouveau salle du Manège. La grève est reconduite pour le lendemain. Une augmentation de 1,50 franc par jour aurait été accordée, mais les grévistes réclament que la mesure s’applique rétroactivement à compter du 1er janvier 1918.

Bien évidemment, pas un mot dans la presse bourgeoise. Dans la chronique locale de cette journée, La Touraine Républicaine se contente de gloser sur le vol d’une bicyclette dans le centre de Tours.

Le 23 mars au matin, au troisième jour de grève, « à l’entrée de chaque atelier se trouvait un petit groupe de grévistes pour exercer un contrôle des ouvrières qui travaillaient ». Une délégation, comprenant Poubeau et quatre ouvrières, se rend à Paris auprès du Ministère de la Guerre.

Le 24 mars au soir, 1 200 grévistes [14] assistent à une nouvelle réunion salle du Manège. La délégation qui s’était rendue au ministère annonce que les revendications sont acceptées. Il est décidé de reprendre le travail le lundi 25 au matin. Dans le rapport établi le 25 mars par le Chef de la Sûreté, on peut lire : « Ce matin, la rentrée normale s’est faite dans tous les établissements militaires  ».

Dans un rapport établi le lendemain par le commissaire Poirier, on apprend également que :

« les dames employées de bureau dans les dépôts et bureaux militaires ont obtenu satisfaction [15]. Elles n’ont pas cessé le travail un seul instant  ».

Ce mouvement de grève des ouvrières tourangelles représente pas moins de 2 900 jours de grèves cumulés.

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Magasin d’habillement, stockage des uniformes après confection, 1917

Les suites de la grève

Le 5 avril 1918, un rapport de police signale un nouveau mouvement revendicatif parmi les ouvrières des maîtres-tailleurs de Tours. Au nombre de 150, elles avaient pris part au mouvement des ouvrières de l’habillement, mais sans que les promesses qui leur avaient été faites soient tenues par l’autorité militaire. Pour le commissaire Poirier, « une grève est à craindre  », qui pourrait aussi entraîner les employées de la boulangerie de la Manutention militaire – elles non plus n’ont pas obtenu d’indemnité de vie chère (on parle alors d’une augmentation des prix de 180 %, où la pièce de 5 francs de l’époque ne valait plus que 2 francs). Leurs revendications sont les suivantes :

  • rappel à la date du 1er juin de l’application du salaire minimum basé à 4 francs ;
  • indemnité pour charge de famille ;
  • application d’un nouveau tarif pour les ouvrières à domicile ;
  • établissement d’une nouvelle échelle des traitements avec à la base le minimum de 4 francs.

Comme le rappelle Le Réveil Socialiste : « Qui promet, s’engage ».

Le lendemain 6 avril, des ouvrières de l’atelier Defressine sortent de la Bourse du Travail en criant qu’elles ne reprendraient pas le travail l’après-midi, « parce qu’on ne voulait pas les payer et leur donner la semaine anglaise ». Certaines parlent de faire grève. 37 des ouvrières de l’atelier ne se présentent pas au travail l’après-midi, s’accordant d’elles-mêmes la semaine anglaise. Elles sont imitées par 13 ouvrières du maître-tailleur du quartier Lassalle, qui imposent à leur patron la semaine anglaise. Le 8 avril, toutes ces femmes ont repris le travail : l’Autorité militaire leur accordera la semaine anglaise à partir du samedi suivant.

D’autres mouvements de grève éclateront, notamment du 24 juillet au 3 août 1918. Le 2 août 1918, 1 500 personnes, « la plupart des femmes et une centaine d’hommes employés de chemin de fer » sont réunies salle du Manège. Ce coup-ci, ce sont les ouvrières travaillant pour l’Intendance américaine qui font grève. Elles ont réclamé 3 francs d’augmentation par jour, mais n’ont obtenu que 1,50 franc ; et elles rejettent le travail aux pièces. Les autorités tentent de briser la grève en embarquant chaque matin les ouvrières non-grévistes pour qu’elles travaillent dans des ateliers à Saint-Pierre-des-Corps ; au cours du meeting du 2 août, une ouvrière suggère de crever les pneus des camions américains.

Place Velpeau, le 3 août, des carreaux de l’annexe du magasin général sont brisés, une manifestation s’organise, et la police procède à plusieurs interpellations pour « résistance aux agents », « injures et menaces », « entrave à la liberté du travail  » et « voies de fait ». Le soir, une nouvelle réunion mobilise entre 1 200 et 1 500 personnes, essentiellement des femmes. La grève durera jusqu’au 8 août, mais les autorités américaines ne céderont pas. Au contraire, elles menacent de licencier une partie des grévistes.

L’Union libérale, journal local comme il faut, se contentera dans ses pages d’actualités locales de causer de la fête de l’ail et du basilic. Pourtant, un rapport du préfet parle quand même d’un mouvement ayant connu pour la seule journée du 3 août pas moins de 3 700 grévistes sur 3 900 possibles !

Quelques années plus tard, en mars 1920, le préfet d’Indre-et-Loire écrira pourtant au Ministre de l’Intérieur de l’époque :

« L’état d’esprit du monde ouvrier ici, n’est pas mauvais, au fond. La population de Touraine subit l’influence du climat : elle est "tempérée". Sa mentalité n’est pas révolutionnaire — au sens propre du mot impliquant l’idée d’émeute. Elle serait plutôt fermement évolutionniste. Elle est calme, pondérée, mais disciplinée. »

L’année 1918 reste une grosse année en termes de grève. A Tours, en plus des ouvrières de l’habillement, on note des mouvements de grève chez les ouvriers du bâtiment et les cheminots. Cette année-là, les autorités recensent pas moins de 112 grèves en France pour ce qui concerne l’habillement, mobilisant 48 141 grévistes.

En juin 1919, lorsque les autorités américaines licencieront les ouvrières qui ont travaillé pour elles, les femmes de Tours devront encore manifester pour obtenir le paiement de leur indemnité de licenciement.


P.-S.

SOURCES : Archives Municipales : carton 283, série 7F — Archives Départementales : 1M341, 1M360, 4M795, 10M45-46 ; les journaux d’époque 2024PERU, 2019PERU, 2043PERC, 2029PERU


Notes

[1Ce chiffre comprend notamment 100 000 infirmières ou volontaires de la Croix-Rouge, mais aussi un nombre important de directrices d’établissements hospitaliers n’ayant pas le droit d’exercer en tant que médecins...

[2L’Intendance était le service de l’armée de terre chargé de l’administration générale de l’armée, et plus précisément de l’administration financière et de tout ce qui concernait la logistique de l’homme (vêtements, outillages...).

[3Les tableaux statistiques du Ministère parlent quant à eux de 23 ouvrières grévistes sur les 23 employées, pour une grève qui dure du 31 mai au 2 juin. Est indiqué : « Promesse a été faîte de donner satisfaction à bref délai ».

[4La conquête de la semaine anglaise avait été mise à l’ordre du jour par le congrès de la CGT de 1912. Cette revendication est notamment reprise par les couturières parisiennes, surnommées « les midinettes », qui font grève en mai 1917.

[5Nous savons, par ailleurs, que quelques mois plus tôt les ouvrières couturières modistes, lingères, ont elles-aussi monté un syndicat à la Bourse du Travail ; suivi peu de temps après par la création d’un syndicat patronal chez Brunet, histoire de contrecarrer les initiatives futures du syndicat des ouvrières. Notons également que peu de temps après, les ouvrières de l’habillement, hors Intendance, vont elles aussi se réunir en syndicat à la Bourse du Travail de Tours. Il y a donc, en 1917, une forte poussée des revendications à l’arrière, revendications qui s’accompagnent à Tours d’un renouveau du syndicalisme.

[6Ébéniste de métier, il fut membre du Parti socialiste SFIO et milita à la Ligue des droits de l’Homme. Secrétaire général de la Bourse du Travail de Tours entre 1917 à 1923 après avoir été délégué à la question des placements, il fit parti durant les sept années suivante de la commission administrative de la Fédération socialiste SFIO.

[7Ce qui fera dire au préfet lors d’une communication secrète au Ministère de l’Intérieur : « Je crois cependant devoir vous informer de l’action des dirigeants de la Bourse du Travail qui s’efforcent d’obtenir l’adhésion des ouvriers et ouvrières travaillant pour la défense nationale aux différents syndicats professionnels rattachés à la Confédération Générale du Travail. ».

[8Ouvrier plâtrier, militant syndicaliste, représentant de divers syndicats du Bâtiment de Tours, Chinon et Thouars au 11ème Congrès de la C.G.T. Il est secrétaire de la Bourse de Travail de Tours de décembre 1911 jusqu’en 1917, et porte-parole des pacifistes à Tours durant la Première Guerre mondiale.

[9Un article paru dans la presse socialiste de l’époque nous donne des pistes quant à cette attente. Ainsi, on sait qu’une délégation composée d’ouvrières et conduite par Ferdinand Morin, député de Tours, et par Victor Poubeau, a été reçue « favorablement » par René Besnard, le sous-secrétaire d’État de l’époque. Celui-ci aurait alors donné l’assurance d’« heureuses réformes » dans les quinze jours. Deux semaines plus tard, il n’y aura toujours rien.

[10Il s’agit vraisemblablement du même Dumas qui se positionnera le mois suivant, à la Conférence confédérale de la CGT de Clermont-Ferrand, dans la majorité sortante aux côtés de Jouhaux, c’est-à-dire pour l’Union Sacrée. En 1918, ce même Dumas se fera le représentant syndical des ouvriers de l’habillement d’Agen et de Rennes, le représentant des tailleurs d’Alger et d’Aurillac, et le représentant du syndicat de fabriquant de parapluie de la Seine au 13e Congrès de la CGT à Paris.

[11Rappelons ici que le maire de Tours est, à ce moment là, le jeune Chautemps, âgé de 32 ans). Letellier est mort en janvier 1917 ; son successeur, Lemaître, décède en novembre 1917 à l’âge de 75 ans.

[12Il s’agit là de l’application de la loi du 4 août 1917 qui augmente l’allocation militaire principale à 1,50 franc par jour avec une majoration de 0,75 cts par enfant et pour les ascendants à charge. Sont concernées toutes les familles de mobilisés dont le soutien est appelé ou rappelé sous les drapeaux (père, mère, grands-parents et collatéraux unis par un lien de droit avec le mobilisé), mais aussi les victimes civiles tuées à la guerre ou prisonnières. Cela reste inférieur au salaire d’une ouvrière agricole.

[13Actuel Quai du Pont Neuf, jouxtant l’actuelle faculté des Tanneurs

[14Les chiffres officiels du Ministère parlent de 1 300 grévistes sur 1 300 possibles.

[15Les informations tirées du Ministère donnent comme obtenus : 1,8 franc d’indemnités journalières contre la vie chère et un rappel au 1er janvier.