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19 octobre : une manifestation pour rien ?

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Compte-rendu désabusé de la manifestation tourangelle contre les ordonnances Travail du 19 octobre 2017. « C’est le genre de journée où l’on comprend mieux le discours de cette collègue qui ne fait plus grève ».

C’est peu dire qu’on n’était pas nombreux et nombreuses dans la rue ce jeudi. « 500 clampins » admettait rageusement le copain qui tenait le micro de la sono Solidaires, apparemment dépité du recul de la mobilisation face aux ordonnances Travail. Il aurait bien voulu qu’elle soit générale, la mobilisation. Même, il a parlé de grève générale. Mais à la sortie de cette manif’, cette perspective semblait bien lointaine.

Il tenait bien son rôle, pourtant, ce copain au micro. Les slogans qu’il balançait en rythme avec une camarade étaient offensifs, et il ne mâchait pas ses mots pour décrire Macron, Pénicaud et leur clique. J’ai pas pu m’empêcher de penser que ces mots, ils auraient été mieux prononcés à l’occasion d’un meeting ou d’une réunion publique, un moment collectif où on aurait pris le temps d’échanger collectivement sur les enjeux, et où se serait donné la force de partir en grève ensemble. Il y un siècle, les réunions d’ouvrières tourangelles pouvaient mobiliser 500 à 2 000 personnes : sûr que ça motive davantage.

Là, le boulot d’information a été fait à minima. Plusieurs copains ont débarqué dans la manif un peu par hasard, expliquant qu’ils avaient découvert son existence le matin même. Pas d’affiches dans les rues, pas de distributions publiques de tracts [1], et il n’y avait aucune info sur mon lieu de travail.

C’était mal barré, avec une date de mobilisation annoncée le vendredi après-midi pour le jeudi suivant. Quels syndicats ont eu le temps de se réunir, de discuter collectivement des modalités d’action, etc. ? Dans un premier temps, en Indre-et-Loire, seuls la CGT et Solidaires étaient signataires de la déclaration unitaire appelant à la grève. La FSU a signé sur le tard, sans pour autant mobiliser : le contraste entre leur présence de ce jeudi et celle du mardi précédent était flagrant. Même au sein de Solidaires, c’était pas l’union sacrée : le syndicat SUD Rail de Tours a relayé un communiqué annonçant que la fédération n’appellerait pas à la grève ce jeudi 19, partant d’un constat simple : « L’empilement des journées de grèves séparées constitue une difficulté supplémentaire pour inscrire dans la durée le mouvement reconductible lorsqu’il démarre ».

« L’impression de gaspiller ses forces »

C’est le genre de journée où l’on a l’impression de gaspiller ses forces, d’épuiser l’énergie des unes et des autres. Où l’on est bien content de ne pas avoir convaincu un collègue de faire grève, parce que vu la gueule que ça avait, c’était pas la peine, c’était un coup à le dégoûter. Tiens, je dois même avouer que j’ai déconseillé à une copine de débrayer, vu les difficultés financières dont elle faisait état. « Garde tes sous pour une autre fois », je lui ai répondu. C’est le genre de journée où l’on comprend mieux le discours de cette autre collègue qui ne fait plus grève, qui ne vient plus aux manifestations, parce qu’elle est découragée par toutes ces défaites successives.

Il faudra bien, à un moment, que le mouvement social local se pose la question de ses moyens et de ses ambitions. Comment on mobilise, par quels biais, pourquoi ? Comment on s’organise au sein des syndicats, des unions locales et départementales, de collectifs, pour porter une mobilisation qui a de la gueule, et qui donne de l’énergie et du courage aux gens ? Si c’est pour se compter trois fois moins nombreux que la semaine précédente, en défilant gentiment derrière la camionnette de police qui cache la banderole de tête, c’est peut être pas la peine.

Il paraît qu’une nouvelle journée de grève et de manifestation est prévue mi-novembre. Espérons que cette fois-ci, la mobilisation sera à la hauteur des enjeux. Et qu’on saura s’en donner les moyens.

Max



Notes

[1Peut-être que ça a été fait par certain-es militant-es, mais j’en ai eu aucun écho.

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