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10 et 20 km de Tours : les généreuses subventions des élus à La Nouvelle République

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Des doutes subsistent sur la tenue effective des courses organisées par La Nouvelle République cette année. Mais quoi qu’il arrive, les organisateurs pourront se consoler en pensant au soutien sans faille apporté par les collectivités locales, qui subventionnent largement l’événement.

Un marathon, deux courses de 10 et 20 kilomètres, des courses pour les jeunes… L’événement organisé chaque année par le « Comité d’organisation des 20 km de Tours » réunit des milliers de participants, coureurs professionnels ou amateurs. Derrière ce « comité d’organisation », on trouve le groupe La Nouvelle République : l’association est domiciliée dans les locaux du journal, avenue de Grammont, et son président Bernard Coupez est également directeur des grands évènements à La Nouvelle République.

Comme de nombreuses entreprises du même secteur, La Nouvelle République a investi le domaine des manifestations sportives. A l’image du « Critérium du Dauphiné Libéré », course cycliste lancée par le quotidien régional grenoblois en 1947, la perspective est essentiellement publicitaire : il s’agit d’apparaître dans l’espace public, et de renforcer sa place d’institution locale.

Cette stratégie du groupe La Nouvelle République est, sans grande surprise, accompagnée par les collectivités locales : la mairie de Tours et le conseil départemental d’Indre-et-Loire figurent en bonne place parmi les partenaires de l’événement, la ville étant carrément le « premier partenaire institutionnel » de la course. Le personnel politique local et le principal média du territoire ont tout intérêt à entretenir des relations cordiales.

Plus de 100 000 € d’argent public pour la course de La NR

Le conseil départemental a donc voté, le 13 juillet 2016, une subvention de 40 000 euros au Comité d’organisation des 20 km de Tours, et a approuvé les termes d’une convention conclue entre les organisateurs de la course et le président du Conseil départemental, Jean-Gérard Paumier. A la lecture de cette convention, disponible sur le site du conseil départemental, on apprend que l’aide apportée à la course ne se limite pas au versement d’une somme de 40 000 euros. La convention prévoit également l’achat par le département de diverses « prestations de communication » auprès des organisateurs, pour un montant de 22 530 euros : des médailles, sacs à dos et vestes portant la marque du Conseil départemental et distribués à l’occasion de la course.

« L’Organisateur s’engage à faire apparaître sur tous les documents qu’il édite (affiches, programmes, billets d’entrée...) le logo du Département, dans le respect de la charte graphique en vigueur. »

Une partie de la convention porte aussi sur des efforts de communication réciproque. Le département s’engage donc à mettre à la disposition des organisateurs le réseau d’affichage départemental du 3 au 13 septembre, ce qui permettra au logo de La Nouvelle République d’apparaître partout. En échange, les organisateurs s’engagent à faire apparaître partout le logo du Département, à disposer sur le parcours deux arches aux couleurs du Département, à citer le département comme partenaire, etc. Ils s’engagent également à ce que le départ des courses réservées aux jeunes soit donné par le président du conseil départemental ou son représentant [1], ainsi qu’à remettre aux élus des invitations pour un « cocktail déjeunatoire » – cocktail apparemment distinct de la paella géante proposée aux coureurs en partenariat avec le groupe Sodexo.

Moins transparente, la mairie de Tours ne met pas à disposition les termes de la convention qui la lie au Comité d’organisation de la course [2]. Mais pour l’édition 2015, la ville avait versé une subvention de 50 000 euros [3]. Les autres collectivités locales (agglomération et région) semblent également y aller de leur petit coup de pouce, puisqu’elles apparaissent aussi parmi les partenaires. Ces largesses consenties au premier journal local par les élu-s participent du climat de copinage qui règne entre l’institution médiatique et les institutions politiques.

Mais la participation des collectivités à l’organisation de la course peut aussi s’expliquer par le succès qu’elle rencontre. Car la course de La Nouvelle République est à la fois un « succès sportif » et une « réussite populaire ». C’est ce qu’on pouvait lire dans les colonnes du journal au lendemain de l’édition 2015 :

« Succès sportif, réussite populaire, l’événement de l’année a encore franchi une étape. Mais où s’arrêteront les 10, 20 km et le marathon de Tours ? (…) Encore mieux que l’an passé, toujours plus haut, toujours plus fort, toujours plus impressionnant. (…) Le spectacle est souvent ébouriffant. (…) Une chose est certaine, [les organisateurs] font tout pour que cette grande manifestation sportive et populaire ait de la gueule. C’est réussi. »

La course organisée par La NR est un succès, c’est La NR qui l’affirme. Et les organisateurs sont formidables. Grâce à la course, « Tours, l’Indre-et-Loire et la région Centre-Val de Loire sont en train de se forger une sacrée image en France ». Dans le même temps, le groupe La Nouvelle République assoit son pouvoir local.

Pas de remboursement en cas d’annulation

Malgré le succès de l’édition 2015, il n’est pas certain que les courses prévues le 18 septembre 2016 aient lieu. Le préfet a émis des réserves, compte tenu du caractère de la manifestation et de la difficulté à sécuriser le parcours, alors que le risque d’attentat est jugé élevé. Les organisateurs ont d’ailleurs lancé un appel pour que des particuliers se mettent à disposition afin de sécuriser les multiples intersections présentes sur le parcours. Et le journal prévient :

« Si les Tourangeaux souhaitent que la grande fête populaire se déroule, il ne leur reste plus qu’à donner un peu de leur temps. »

Autrement dit, il serait égoïste de refuser de se mobiliser pour pallier le manque d’effectifs des forces de l’ordre et le manque de moyens des organisateurs. Et il semble tout naturel aux autorités de confier la sécurité et le maintien de l’ordre à des bénévoles dont les véhicules personnels doivent empêcher qu’une voiture folle vienne perturber la course [4].

Alors que la question du maintien ou non de l’événement risque d’animer les prochaines semaines, un article du règlement de la course apparaît comme particulièrement intéressant :

« en cas de force majeure, de catastrophe naturelle, d’arrêté préfectoral ou de toute autre circonstance, le Comité d’Organisation (...) se réserve le droit de modifier le déroulé de l’épreuve ou de l’annuler sans que les concurrents puissent prétendre à un quelconque remboursement ou dédommagement de quelque nature que ce soit. »

A bon entendeur.



Notes

[1Les courses des jeunes ont finalement été annulées.

[2Si vous avez ce document, n’hésitez pas à l’adresser à contact[at]larotative.info.

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